‹ Œuvres, revues, corrigées et mises en ordre (volume 2)Chapitre 109 sur 259 · II · texte numérisé non relu

II

i6a JEAN CALAS.

LE RELIGIEUX

J'ai VU périr votre victime.

CLÉRAG.

Jusqu'au dernier moment il a nié son crime!

LE RELIGIEUX

Avec tant de vertu puissé-je un jour mourir !

LA SALLE, à Glénic.

Ses tourmens sont finis ; commencez à souffrir.

LE RELIGIEtJX.

Il sortait de ces lieux suivi d'un peuple immense ;

Tout gardait à l'entour un lugubre silence ;

D'un pas ferme et tranquille il marchait près de moi,

Sans orgueil , sans colère , ainsi que sans effroi.

Ce vieillard, achevant sa dernière journée.

Présentait aux regards de la foule étonnée ,

Au lieu d'un front courbé sous le poids du remord,

Le front d'un innocent que Ton mène à la mort.

Il reconnaît de loin les apprêts d'un supplice

Que le crime peut même accuser d'injustice;

Il se trouble, il s'arrête, il détourne les yeux;

Puis , levant tout-à-^coup ses regards vers les cieux.

Tous ses traits ont brillé de ce grand caractère

D^un mortel détrompé des erreurs de la terre,

Et qui , par les humains déclaré criminel ,

Va se justifier aux pieds de l'Eternel.

Je ne vous peindrai point sa mort lente et terrible.

De l'art des meurtriers raffinement horrible,

Industrieux tourment par la rage inventé,

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