‹ Œuvres, revues, corrigées et mises en ordre (volume 2)Chapitre 121 sur 259 · ACTE I, SCÈNE IV. i8i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV. i8i

Clier au peuple romain, craint de la tyrannie, Cette voix, ces accens, que vous n^entendrez plus, Ces foudres d'éloquence et ces mâles vertus.

Cet œil où respirait son ame ardente et fière , Tout est là , citoyens , tout n'est plus que poussière. Honorez de vos pleurs ce sacré monument.

Et déposons sur lui notre commun serment.

FULVIUS

Aux destins de Gracchus les vrais Romains s'unissent : Prononce le serment, tous nos cœurs applaudissent.

GRACCHUS

O mon frère! en ces lieux que ton cœur a chéris,

Sous le toit paternel, et devant ces débris

Aussi saints que les Dieux adorés dans nos temples,

Nous jurons* d'imiter tes généreux exemples,

De servir, de défendre avec fidélité

Les intérêts du peuple et de la liberté.

Si nos cœurs se rendaient coupables d'inconstance,

Puissions-nous obtenir pour notre récompense

Le trépas, le remords abreuvé de poisons.

Et l'opprobre éternel qui suit les trahisons !

CORNIÉLIE.

Généreux citoyens , que le ciel vous seconde !

Allez , et préparez la liberté du monde.

Toi, mon fils, mon soutien, mon unique trésor,

* Caïns , en prononçant ces mots , étend la main yers l'urne de Tibérius; FolTios et le peuple font le même mouvement.

i82 GAIUS GRACCHUS.

Par qui Tibérius semble exister encor.

Du fond de l'urne sainte et chère à la patrie, Dis-moi, n'entends-tu pas une voix qui te crie: « Mon frère me survit; je suis mort égorgé ; ce Dix ans sont écoulés : je ne suis point vengé! » Écoute , mon cher fils , et le ciel et ta mère ; Sois docile à la voix de ton malheureux frère; Sois sensible à ses cris qui te sont adressés; l'hais payer au sénat les pleurs que j'ai versés; Prends, reçois ce poignard des mains de Comélie; Sans remords, sans délai, frappe la tyrannie; Cours, vole, en répandant le sang des inhumains. Venger ton frère, toi, ta mère, et les Romains.

GRACCHUS

Donnez; je prends ce fer, je le prends pour défendre Un sang que le sénat peut songer à répandre, Ou pour me délivrer des tyrans et du jour.

Si notre liberté succombait sans retour.

Modérez toutefois l'ardeur qui vous emporte ; Contre les sénateurs votre haine est bien forte; Rome sait à quel point mon cœur doit les haïr, Mais c'est avec la loi que je veux les punir; D'un autre châtiment la violence extrême Est indigne de moi , d'un frère , et de vous-même. Votre fils ne doit point imiter le sénat.

Et venger un héros par un assassinat.

CORNÉLIE

Ah! les patriciens seroii^t moins magnanimes;

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