‹ Œuvres, revues, corrigées et mises en ordre (volume 2)Chapitre 165 sur 259 · ACTE 1, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCÈNE IL

Bientôt le voile auguste ornera votre tête :

Déjà l'époux sacré vous attend aux autels ; Fénélon recevra vos sermens immortels.

AMÉLIE

Fénélon ! par vos soins j'appris dès mon enfance A chérir ses vertus et sa douce éloquence ; Zélé sans amertume, austère sans rigueur, Il ne sait point , dit-on , tyranniser un cœur.

l'abbesse.

Le vôtre, mon enfant, se donnera sans peine:

Élevée en ces lieux, vous aimez votre chaîne; Et le ciel est content de ces vœux épurés , Saints comme le ciel même à qui vous les offrez. Il est des nœuds moins doux ^ des sermens plus pénibles; Nous voyons trop souvent, dans ces cloîtres paisibles, Un cœur qui, dans le monde, épris de mille erreurs. Des folles passions a senti les fureurs , Recueillir ses débris dispersés par l'orage.

Et chercher parmi nous un port en son naufrage. Vainement il aspire à la tranquillité; Au pied du sanctuaire il se sent agité; Du Dieu qu'elle a cherché l'épouse criminelle , Étendant loin du cloître un regard infidèle.

Vers les plaisirs du monde a des retours secrets. Et tient long-temps à lui , du moins par les regrets. Mais jusqu'ici votre âme, encor neuve et docile, A respiré l'air pur qui règne en cet asile ; Le souffle empoisonné d'un monde séducteur

Jamais de vos désirs n'altéra la candeur.

AMiÉLIE.

Ah ! que votre bonté m'écoute , et me pardonne.

l'abbesse.

Qu'est-ce donc ? qu'avez-vous ?

AMELIE.

Mon nouveau sort m'étonne.

l'abbesse.

Comment!

AMELIE.

C'est pour jamais que je vais m'engager?

l'abbesse.

Sans doute.

AMELIE.

Pour jamais ! je tremble d'y songer.

l'abbesse.

Qui? vous?

AMÉLIE

De mes devoirs la sainteté m'accable.

Mon cœur prêt à franchir un pas si redoutable, Un peu de temps encor voudrait s'y préparer : Exaucez-le^ madame, et daignez différer.

l'abbesse.

Différer, dites-vous?

Oui , je vous en supplie.

Puis-je à cette tiédeur reconnaître Amélie?

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