ACTE 1, SCÈNE IL
Bientôt le voile auguste ornera votre tête :
Déjà l'époux sacré vous attend aux autels ; Fénélon recevra vos sermens immortels.
AMÉLIE
Fénélon ! par vos soins j'appris dès mon enfance A chérir ses vertus et sa douce éloquence ; Zélé sans amertume, austère sans rigueur, Il ne sait point , dit-on , tyranniser un cœur.
l'abbesse.
Le vôtre, mon enfant, se donnera sans peine:
Élevée en ces lieux, vous aimez votre chaîne; Et le ciel est content de ces vœux épurés , Saints comme le ciel même à qui vous les offrez. Il est des nœuds moins doux ^ des sermens plus pénibles; Nous voyons trop souvent, dans ces cloîtres paisibles, Un cœur qui, dans le monde, épris de mille erreurs. Des folles passions a senti les fureurs , Recueillir ses débris dispersés par l'orage.
Et chercher parmi nous un port en son naufrage. Vainement il aspire à la tranquillité; Au pied du sanctuaire il se sent agité; Du Dieu qu'elle a cherché l'épouse criminelle , Étendant loin du cloître un regard infidèle.
Vers les plaisirs du monde a des retours secrets. Et tient long-temps à lui , du moins par les regrets. Mais jusqu'ici votre âme, encor neuve et docile, A respiré l'air pur qui règne en cet asile ; Le souffle empoisonné d'un monde séducteur
Jamais de vos désirs n'altéra la candeur.
AMiÉLIE.
Ah ! que votre bonté m'écoute , et me pardonne.
l'abbesse.
Qu'est-ce donc ? qu'avez-vous ?
AMELIE.
Mon nouveau sort m'étonne.
l'abbesse.
Comment!
AMELIE.
C'est pour jamais que je vais m'engager?
l'abbesse.
Sans doute.
AMELIE.
Pour jamais ! je tremble d'y songer.
l'abbesse.
Qui? vous?
AMÉLIE
De mes devoirs la sainteté m'accable.
Mon cœur prêt à franchir un pas si redoutable, Un peu de temps encor voudrait s'y préparer : Exaucez-le^ madame, et daignez différer.
l'abbesse.
Différer, dites-vous?
Oui , je vous en supplie.
Puis-je à cette tiédeur reconnaître Amélie?