AMÉLIE, ISAURE
AMÉLIE
Chère Isaure, est-ce toi?
ISAURE
J'accours auprès de vous.
Hélas! qu'avez-vous fait? L'abbesse est en courroux. Sait-elle qu'à ses lois votre âme est infidèle?
AMÉLIE
J ai tout dit. J'ai fait plus : j'ai juré devant elle Que la triste Amélie , à la face des cieux , Ne prononcerait pas des sermens odieux.
ISAURE
Qu'a-t-elle répondu?
AMELIE.
Si je fais résistance, Je dois, m'a-t-eHe dit, éprouver sa vengeance.
ISAURE
Et que résolvez-vous?
De lui désobéir.
ISAURE
Ecoutez, Amélie, et vous allez frémir.
Ecoutez. Je vous parle avec pleine franchise : A des lois que je hais vous me voyez soumise.
iSa FÉNÉLON.
Les tiœuds que j'ai formés sont le choix du malheur, Le vœu de l'indigence, et non pas de mon cœur. Dans cet asile sombre où je fus entraînée, J'ai maudit quatorze ans ma dure destinée :
Sans cesse autour de moi je n'ai vu qu'un tombeau; Quand je fis mon serment vous étiez au berceau : Mes soins pour votre enfance, ô ma chère Amélie, Parfois m'ont fait sentir et supporter la vie : Ce temps est déjà loin; tout s'écoule, et je voi Que vous serez à plaindre, hélas! autant que moi. Ne le soyez pas plus; croyez-en mes alarmes:
Je pleure , et c'est sur vous que je répands des larmes; N'aggravez point les mau^ qui vous .sont préparés : Soumettez-vous, ma fille, en vain vous espérez. L'espérance, à votre âge, est prompte à nous séduire. Un exemple effrayant, dont je peux vous instruire, Un châtiment bien long... vous ouvrira les yeux; Il existait déjà quand je vins en ces lieux.
AMIÉLIK.
Comment!
ISAURE
Il dure encor.
AMÉLIE
Quel est
donc ce mystère?
Je ne vous
comprends pas.
ISAURE
J'aurais
» dû vous
le taire,
Mais enfin
mon devoir cède à votre intérêt;