ACTE I, SCÈNE IV. a
C'est moi qui tous les jours, à l'aurore naissante,
Lui porte en ce cachot de tristes alimens ,
Qui de ses jours flétris prolongent les tourmens.
AMELIE.
Des femmes ont osé...! mais apprends-moi son crime.
ISAURE
Je l'ignore.
AMELIE.
Quel est le nom de la victime ?
ISAURE
Hélas! je ne sais. rien que ses revers affreux.
AMÉLIE
Plutôt que de former d'abominables nœuds,
Près d'elle, en ce tombeau... Que son sort m'intéresse!
Si votre ame pour moi ressent quelque tendresse...
ISAURE
En doutez-vous?
AMELIE.
Je veux la voir, et lui parler.
ISAURE
Vous, ma fille!
A l'instant.
ISAURE
Vous me faites trembler.
Vous voulez...
AMELIE.
Compatir à sa douleur mortelle,
a86 FÉNÉLON.
Peut-être l'adoucir, m'affliger avec elle.
Recueillir ses sanglots, entendre ses malheurs, Et de ses yeux mourans essuyer quelques pleurs.
ISAURB.
Moi! je vous conduirais...!
AMÉLIE
C'est trop vous en défendre.
ISAURE
Mais vous ne songez pas qu'on pourraitnous surprendre.
AMÉLIE
Je vous suivrai de loin, lentement, pas à pas; Les yeux de nos tyrans ne nous surprendront pas. Vers la victime enfin mon âme est entraînée:
A soulager ses maux je me sens destinée.
Venez.
ISAURE
Vous l'exigez?
J'embrasse vos genoux.
ISAURE
Suivez-moi, mon enfant: ciel, prends pitié de nous!