ACTE II, SCENE III. agi
L'amante d'Abailard , au cloître condamnée , Fut moins tendre que moi , fut moins infortunée. De votre jeune cœur l'amour est ignoré.
Lorsque je vis d'Ëlmance, un sentiment sacré Pénétra tout à coup dans mon ame' enflammée; Je rencontrât ses yeux; j'aimai, je fîis aimée. Mon père apprit bientôt et rejeta ses vœux; Dans sa fille il voyait s'éteindre un nom fameux; L'orgueil s'en indignait : mes soins et ma constance N'ont pii de cet orgueil vaincre la résistance; Ma mère au désespoir, s'approchant du tombeau, De mon secret hymen alluma le flambeau.
Elle avait, sans succès, sollicité mon père; D'Elmance m'adorait; j'aimais, elle était mère; Elle unit nos deux mains à ses derniers momens. Et de son lit de mort entendit nos sermens.
Que vous deviez chérir cette mère sensible !
HÉLOÏSB.
Je perdis tout en elle; et mon père inflexible
Devint seul désormais arbitre de mes jours.
Le ciel devait alors en terminer le cours !
Je quittai sur ses pas cette belle Provence ;
Son dessein même était d'abandonner la France,
Et , loin de mon amant , d'aller chez les Germains
Me chercher un époux parmi des souverains.
A lui tout défvoiler je fus enfin contrainte;
Dans les murs de Cambrai je surmontai ma crainte;
29a FENELON.
De mon cruel tyran j'embrassai les genoux; Je bégayai les noms et d'amant et d'époux; Tavouai par degrés qu'au sein de ma patrie Une mère à d'Elmance avait donné ma vie; Que d'un secret hymen, formé devant ses yeux, Je portais dans mon sein le gage précieux.
Le ciel ne voudra pas que mon père m'opprime^ Lui disais-je en pleurant; pardonnez-moi mon crime, Si pourtant t^'en >est un d'oser avoir un oœur; A me déshériter bornez votre rigueur; Faites-moi reconnaître aux lieux de ma naissance; Reprenez tous vos biens, je ne veux que d'Elmance.
AMÉLIE
A vos larmes sans doute il n'a pu résister?
HELOÎSE.
Mes larmes, mes aveux n'ont fait que l'irriter.
Dans ^ cloître aussitôt par lui-même entraînée.
De monstres inhumains je fus environnée.
Loin des yeux d'un époux , l'enfant de notre amour,
Ma fille, un mois après, naquit dans leur séjour.
Bientôt leur piété , saintement inhumaine ,
Prétendit me lier d'une étemelle chaîne :
Je maudis leurs sermens, je détestai leurs vœux;
De l'amour, de l'hymen je réclamai les nceuds;
Plutôt que d'achever un affreux sacrifice ,
Je menaçai de fuir, de demander justice.
Voilà pour quel forfait des feinmes en fureur
Me plongèrent vivante en ces lieux pleins d'horreur!