‹ Œuvres, revues, corrigées et mises en ordre (volume 2)Chapitre 193 sur 259 · ACTE IV, SCENE IL · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE IL

HIÊLOÏSE.

Vous gémissez! vous me glacez d'effroi.

ISAURE

Apprenez...

HiLOÏSE.

Dieu! votre cœur soupire!

ISAURE

Ne craignez rien pour elle.

HÉLOÎSE.

Achevez ; je respire.

ISAURE

L'orage se prépare, et va fondre sur nous.

HÉLOÎSE.

D'où naît cette frayeur, et que redoutez- vous?

ISAURE

L'abbesse a vu de loin votre chère Amélie S'enfuir avec horreur loin de ce cloître impie.

HELOÏSE

Est-il vrai? mon enfant n'est donc plus en ces lieux?

ISAURE

Elle en est déjà loin.

HELOÏSE

Soyez bénis , ô cieux !

Pour la première fois vous m'avez exaucée.

Quoi ! ma tendre Amélie... Elle n'est point blessée ?

ISAURE

Non, non; tous les dangers ont respecté ses jours;

3i8 FÉNÉLON.

Une invisible main lui prêtait son secours.

S'arrachant de vos bras , votre fille éploree Quitte ce sombre abîme, éperdue, égarée, Traverse le jardin , vole , et sans balancer Sur le mur aussitôt je la vois s'élancer.

L'éclair est moins rapide, et d'un faible treillage Ses mains, ses pieds à peine agitaient le feuillage. Monter, franchir le mur fut pour elle un instant; Je la cherche des yeux, je l'appelle en tremblant; Je ne la voyais point, et déjà, dans la rue.

Sa voix me répondait quand je suis accourue.

Le ciel, a-t-elle dit, vient de me conserver; Va rassurer ma mère, et je cours la sauver.

HIÊLOÏSE.

O ma fille! o mon sang! tu me rendras la vie!

ISAURE

Des femmes de ce lieu craignez la troupe impie : Elles vont vous punir; sans doute leurs fureurs S'efforceront encor d'augmenter vos malheurs.

HIÊLOÏSE.

Les augmenter! l'enfer n'oserait y prétendre!

ISAURE

Dans ce noir souterrain je les entends descendre.

HjéLOÏSE.

Ma fille est loin d'ici ; je ne sens plus d'effroi.

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