‹ Œuvres, revues, corrigées et mises en ordre (volume 2)Chapitre 199 sur 259 · ACTE IV, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IV

FÉNÉLON

Levez-vous.

Quel objet!... vous, qu'ici mon aspect doit confondre, Elle a gémi quinze ans : qu'osez-vous lui répondre ?

l'abbessë.

Par les décrets du ciel son arrêt fut dicté.

FÉNJÉLON.

Ce ciel pardonne tout, hors l'inhumanité.

l'abbesse.

Dieu même prescrivait ces rigueurs légitimes.

FÉNÉLON

Toujours le ciel et Dieu quand on conunet des crimes! Ce Dieu vous a-t-il dit, je veux être vengé?

Pourquoi punissez-vous avant qu'il ait jugé?

Pourquoi vous armez-vous d'une rigueur impie Qu'accusent à la fois sa doctrine et sa vie ? Ah! puisque votre cœur est si. mal inspiré, Instruisez-vous du moins dans le livre sacré. Comment Dieu parle-t-il à la femme adultère ? Elle pleure à ses pieds; va-t-il, dans sa colère. Chercher pour la punir des teurmens inconnus? Il pardonne, et lui dit: aillez y ne péchez plus. Il fallait égaler sa sublime indulgence.

Ne songez désormais qu'à fléchir sa vengeance. Si des juges mortels j'invoquais le courroux , Vous sentiriez les-Jois s'appesantir sur vous. Je n'imiterai point votre rigueur sinistre, Par respect pour celui qui m'a fait son miniM^re.

3^8 FÉNÉLON

Vous , dont il a souffert les destins inouis ; Puisque vous me voyez, tous vos maux sont finis: Ce jour est le dernier de votre long supplice. Ah! c'est au nom de Dieu que l'humaine injustice Osa vous condamner à d'horribles revers ; Et c'est au nom de Dieu que je brise vos fers.

HiLOÏSE.

O pitié douce et tendre! 6 sagesse suprême!* Est-ce un homme, un pontife, ou rÉternel lui-même?

l'abbesse.

Mais son père, irrité par un cruel amour.

Dans ce cloître sacré l'enferma sans retour.

Il nous transmit le droit...

FIÉNÈLON.

. D'inventer des supplices?

De la voir expirer? d'y trouver des délices?

De jouir de ses pleurs et de son long trépas ? C'est le droit des bourreaux; ne le réclamez pas.

HiLOÏSE.

Que son langage est doux! que son ame est sublime!

FÉNÉLON

Sortez de ce tombeau, triste et noble victime;

Je n'ai qu'un seul regret, il fait couler mes pleurs;

C'est de venir si tard terminer vos malheurs.

AMÉLIE, Â sa mère.

Vous allez, loin d'ici, jouir de ma tendresse.

ISAURE

Je ne vous verrai plus. Vous partez : on me laisse !

Page 1