‹ Œuvres, revues, corrigées et mises en ordre (volume 2)Chapitre 221 sur 259 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

ÏIMOLÉON, TIMOPHANE, DÉMARISTE, ANTICLÈS, ORTAGORAS, conjurés, LE CHŒUR.

LE CHOEUR

Réjouis-toi , belle Corinthe :

Salut, foyers sacrés, vénérables remparts,

Séjour des lois , temple des arts !

Ton nom, chéri des Dieux, glace les rois de crainte. Vois flotter dans tes murs nos drapeaux triomphans: Nous revolons vers toi, cité libre et puissante;

A leur mère, long-temps absente, Neptune protecteur ramène tes enfans.

TIMOLÉON

Voici le toit paisible où j'ai reçu la vie.

Qu'il est doux de rentrer au sein de sa patrie.

De revoir, d'embrasser tous ceux qu'on doit chérir,

Lorsque devant leurs yeux on n'a point à rougir!

Mère, dont les vertus égalent la tendresse.

Premier-né de mon père, et toi, dont la sagesse

Dans l'amour de nos lois m'a toujours affermi ,

Respectable vieillard, mon guide et mon ami,

Au sein des immortels la victoire repose:

Ils ont de leur Olympe aœueilli notre cause;

L'égide protectrice a marché devant moi :

364 TIMOLÉON

Les destins de Corinthe ont triomphé d'un roi. Nous n'avons cependant qu'ébranlé sa puissance. L'ombre du grand Dion demande encor vengeance; Elle doit l'obtenir; les chemins sont ouverts. J'ai conquis Agrigente et délivré les mers; C'était l'unique but de ma course guerrière; Un autre achèvera; j'ai rempli ma carrière.

Denys déconcerté tremble dans ses remparts :

Du despote vaincu voici les étendards.

Allez, braves guerriers; suspendez dans la place Ces garans immortels de votre heureuse audace ; Que leur aspect nourrisse au cœur de vos enËms L'amour de la patrie et l'horreur des tyrans !

DÉMARISTE.

Il est beau d'obtenir, de mériter l'estime:

Goûte bien, mon cher fils, cet hommage unanime

Dont l'éclat te poursuit jusque dans ces foyers

Où le front maternel attendait tes lauriers.

Tu rentres dans le sein de tes dieux domestiques :

Ton aspect réjouit ces Pénates antiques

Qui virent mes enfans respirer, sous mes yeux,

La douce égalité si chère à leurs aïeux.

Ces portiques sacrés où mûrit ta jeunesse ,

Ces murs religieux te rappelaient sans cesse :

Ta gloire, loin de toi, remplissait ce séjour.

Et notre liberté demandait ton retour.

ORTAGORAS.

O des bons citoyens la plus chère espérance !

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