ACTE II, SCÈNE III
Mon frère, avec tes traits, j'avais là son image, Et contre elle indigné je lui rendais hommage. A ton malheureux frère elle a parlé cent fois : Elle me parle encore.
TIMOLÉON
Eh bien ! entends sa voix.
Sois digne des mortels qui t'ont donné la vie ; Et si quelques pervers, organes de l'envie, Veulent d'une ombre injuste obscurcir ton éclat, Punis-les par ta gloire, en servant bien l'État. Mais, surtout, des flatteurs crains la langue homicide; Plus d'ami dangereux, de conseiller perfide; Rejette loin de toi ces vils séditieux.
Ministres complaisans du moindre ambitieux, Nés pour la servitude , et façonnés au crime. Foudroyés par la loi , qu'ils tombent dans l'abîme : Le regret de Corinthe, à leurs derniers instans, Sera d'avoir produit ces indigues enfans.
Mais toi, dont la patrie a vanté la vaillance, Qui peux lui consacrer une utile existence.
Fais refleurir ton nom qu'ils prétendaient flétrir; Rentre dans ta vertu qu'ils voulaient conquérir; Arrache de leurs mains ta probité captive; Et, reportant l'effroi dans leur âme craintive, A ces usurpateurs retirant ton appui , Rapproche-toi du peuple : on n'est grai^ qu'avec lui.
38o TIMOLEON.