SCÈNE V
TIMOLÉON, TIMOPHANE.
TIMOPHANE.
G mon frère !... A ce nom tu ne dois point frén^ir : Si tu chéris l'État, si tu veux l'afifennir, Écoutons tous les deux sa voix qui nous appelle : Il triomphe en Sicile; à Corinthe il chancelle; Tu vois les droits du peuple incertains et flottans; Les antiques pouvoirs sont usés par le temps ; Dans la place publique une fureur mutine , Sinistre avant-coureur de la guerre intestii^e, A divisé Corinthe en deux partis nombreux, Tous deux craints l'un de l'autre, et tous deux dangereux.
4o4 TIMOLÉON.
Portons au gouvernail une main protectrice; Je veux qu'avec son nom la royauté périsse.
Mais de l'État vieilli ranimons la langueur; Mais à l'autorité rendons plus de vigueur; Que, déployant au loin leur ombre tutélaire.
Les rameaux dispersés du pouvoir populaire, Sous un abri plus sûr désormais rassemblés, N'abaissent pas leurs fronts par les vents ébranlés; £t, de Lacédémone imitant la prudence, Entre deux magistrats partageons la puissance.
TIMOLÉOir.
Cet étrange discours est bien digne de toi ;
Fastueux et trompeur, c'est le discours d'un roi.
A te parler sans art Timoléon s'engage;
Alors qu'on veut séduire , on farde son langage.
Vainement toutefois tu penses te cacher;
On devine aisément où tu prétends marcher.
Tu veux, au nom des lois, au nom du peuple même,
Surprendre dans ses mains la puissance. suprême;
Et, croyant que l'orgueil me domine en secret,
Tu daignes avec moi partager un forfait!
TIMOPHANE.
Un forfait! moi?
TIMOLÉOir.
Plus d'un. J'ai de quoi te confondre.
TIMOPHANE, àpart.
Que dit-il ?
TIMOLÉON
A ton offre il faut d'abord répondre.