ACTE III, SCENE V. 4ii
TIMOPHAKE.
Comment ?
TIMOLEON.
Dénonce-toi , dénonce tes complices.
Tu frémis ! sous tes yeux qu'ils marchent aux supplices.
TIMOPHANE.
Ah!
TIMOLEON.
Tu n'as point frémi , tu n'as point hésité Lorsque tu conspirais contre la liberté.
TIMOPHANE.
Mais je suis enchaîné !
TIMOLEON.
Romps la chaîne du crime; Secoue autour de toi l'ascendant qui t'opprime : Que ce perfide ami , dont la séduction Caressait ton orgueil et ton ambition , Qui fit entrer le crime en ton âme flétrie, (Car tu n'étais point né pour trahir la patrie;) Que le vil Anticlès, ce prytane odieux , Meure comme un esclave en blasphémant les dieux !
TIMOPHANE.
Anticlès ! je lui dois...
TIMOLEON.
On ne doit rien au traître.
Mais il est mon ami.
TIMOLEON.
Mais le peuple est ton maître.
4i2 TIMOLÉON.
Je ne dis rien de toi ; tu sais braver la mort. Si des aveux sans feinte, un sincère remord , Un entier dévoûment, mes discours, nos services. Tes exploits, tes lauriers, tes nobles cicatrices. Devant la république et l'inflexible loi.
Ne peuvent arrêter le fer levé sur toi ; Si ton sang doit payer ta sacrilège audace.
Que la postérité prononce au moins ta grâce : Fais pleurer à Corinthe un si cher criminel ; Descends avec honneur au tombeau paternel ; Qu'au bien de tout l'Etat ton cœur te sacrifie : Péris vainqueur du crime, et répare ta vie.
TIMOPHANE.
Écoute ! il est trop vrai , ton frère a conspiré ;
On m'appelait au trône, et je l'ai désiré:
Pour un ambitieux l'égalité pesante
M'accablait chaque jour de sa voix imposante :
Toutefois mon projet long-temps s'est ralenti;
£t, même en le formant, je me suis repenti.
Mais ne présume pas qu'en victime docile
Toffre à mon adversaire un triomphe facile :
Je n'abandonnerai ni mes amis ni moi.
Et je romps les liens qui m'unissaient à toi.
L'un et l'autre aujourd'hui dépouillons la contrainte :
J'abandonne un moment les remparts de Corinthe ;
Je reviendrai terrible. Assemble tes soldats :
Je ne suis point Denys; ils ne me vaincront pas.
Un parti plus nombreux, plus puissant, plus fidèle.