SCÈNE PREMIERE
ANNE DE BOULEN, «euie.
J-j'espérance me quitte au fond de cet abîme: La tombe des vivans a repris sa victime.
Prison, séjour d'eflfroi, toi qui vis si long-temps De Lancastre-et d'York les caprices sanglans, Souvent tu renfermas dans tes murs redoutables D'illustres innocens et de fameux coupables; Mais jamais une épouse , une reine , avant moi , Implorant, redoutant son époux et son roi.
De cette longue mort l'amertume est affreuse. Tai vécu sur le trône: étais-je plus heureuse? Non ; le bandeau royal n'essuyait point mes pleurs ; Des ennuis fastueux, de pompeuses douleurs:
Voilà ce que m'offrait ma grandeur importune; Et, captive en tout lieu, j'ai changé d'infortune. Au sein d'une autre cour, j'ignorais les chagrins; Mes jours coulaient plus purs sous des cieux plus sereins. Oh ! qui me les rendra , ces temps de mon enfance ?
Je ne te verrai plus, doux climat de la France! Pour cette île orageuse où j'ai puisé le jour, Devais-je abandonner ton aimable séjour?