ACTE II, SCÈNE II
On doit peut-être encor nous livrer au supplice; C'est le seul coup du moins qui manque à l'injustice: Mais nous pourrons subir et la honte et la mort, Tous les tourmens unis, excepté le remord.
GLERAC.
Ainsi donc votre fils fut sa propre victime,
Et vos mains, dites-vous, sont exemptes de crime?
JEAN CALAS
mon fils, tes parens t'auraient privé du jour!
Le tigre seul détruit les fruits de son amour.
Enfant dénaturé, c'est toi-même, peut-être.
Qui donneras la mort à ceux qui t'ont fait naître.
Tu voulus de ta vie éteindre le flambeau.
Si ma voix peut percer l'abîme du tombeau ,
Viens à ce tribunal justifier ton père,
Ton frère, ton ami, surtout ta tendre mère.
Celle qui t'a porté dans ses flancs douloureux.
Dont les soins t'élevaient pour un sort plus heureux ,
Et dont le lait, jadis aux jours de ton enfance.
Soutenait, conservait ta débile existence.
Toi, principe éternel d'amour et d'équité.
Dont l'image préside à ce lieu redouté.
Dieu, qui voulus naître homme, et terminer ta vie
Au milieu des tourmens et de l'ignominie;
Divin patron du juste à la mort condamné.
Dieu du pauvre, à tes pieds me voilà prosterné:
Nous attestons ici tes regards redoutables;
Tu vois des malheureux , mais non pas des coupables.
iio JEAN CALAS.
CLÉRAC
Vous, ô ciel!
JEAN CALAS
Je le jure.