‹ Œuvres, revues, corrigées et mises en ordre (volume 2)Chapitre 82 sur 259 · ACTE lïl, SCENE III. i · texte numérisé non relu

ACTE lïl, SCENE III. i

Le peuple au Parlement les a tous rappelés.

LOUIS GA.LAS

Les juges , dites-vous , cette nuit rassemblés ! Sans doute ils ont déjà prononcé...

LE RELIGIEUX

Je l'ignore:

Parmi les citoyens rien ne transpire encore.

LOUIS CALAS

Que dit-on de l'arrêt qui doit être porté?

LE RELIGIEUX

Le sentiment public s'est trop manifesté :

De la prévention vous connaissez l'empire.

LOUIS CALAS

A perdre mes parens je vois que tout conspire.

LE RELIGIEUX

Du moins... sur Jean Calas les soupçons réunis...

LOUIS CALAS

Ah ! cruel , arrêtez ; vous parlez à son fils.

LE RELIGIEUX

Oui , je parle à ce fils : en sa douleur extrême Il lui faut un ami qui l'arrache à lui-même.

Eh quoi ! trembleriez -vous si je devais dicter L'arrêt qu'en ce moment on s'apprête à porter, Moi qui pensai toujours qu'un chrétien véritable Ne peut même ordonner le trépas d'un coupable, Que sur le sang humain l'homme n'a point de droits , Et que l'arrêt de mort est un crime des lois ? Me préserve le ciel de cette audace impie

ia4 JEAN CALAS.

D'accuser le mortel qui vous donna la vie!

Il eut pour vous un cœur sensible et paternel ;

Envers un^saitre fils serait-il criminel?

Un tel forfait , sans doute , a peu de vraisemblance :

Je ne puis garantir pourtant son innocence,

Je ne le connais point; des emplois différens.

Mes soins religieux, la foi de vos parens,

Et ce culte plus pur que j'ai rendu le vôtre,

Nous ont jusqu'à ce jour éloignés l'un de l'autre.

En vain nous résidipns au sein des mêmes lieux;

Votre père jamais ne s'offrit à mes yeux.

Ah! si des magistrats la voix impitoyable.

Au nom des lois, mon fils, le déclare coupable.

Cette religion que chérit votre cœur

Adoucira du moins le poids d'un tel malheur.

Des consolations source pure et féconde.

Seule elle calmera votre douleur profonde;

Elle vous cherchera : vous , ne la fuyez pas ;

Vous, avec abandon jetez-vous dans ses bras;

C'est pour tous les humains la mère la plus tendre.

Et son cœur en tout temps est prêt à nous entendre.

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