JEAN CALAS, LE RELIGIEUX
LE RELIGIEUX
Vieillard, pardonnez-moi.
JEAN GALAS
Je ne vous comprends point. Vous pardonner! pourquoi ?
LE RELIGIEUX
Vous goûtiez un repos que j'ai troublé peut-être.
JEAN GALAS
Non. Mais vous me plaignez, et vous êtes un prêtre!
LE RELIGIEUX
Ne vous étonnez point : je suis un homme aussi.
JEAN GALAS
Que voulez-vous de moi ? qui vous amène ici ?
LE RELIGIEUX
Mon devoir le plus saint. Dieu notre commun père^ L'ordre des magistrats, et vos malheurs, mon frère; De la religion les bienfaisans secours:
Puissent-ils consoler le dernier de vos jours !
JEAN CALAS
Des secours ! Que du moins votre zèle s'explique. Je ne suis point nourri dans la foi catholique.
LE RELIGIEUX
Je le sais.
JEAN GALAS
S'il s'agit des secours généreux
i36 JEAN CALAS,
Que le livre sacré présente aux malheureux, Si vous venez m'ofFrir la pitié, l'espérance, J'accepte vos bienfaits avec reconnaissance; Mais sachez que la mort me fermera les yeux Dans le sein de la loi qu'observaient mes aïeux. C'est jpar des actions et non par des prières Que DiAi laisse fléchir ses jugemens sévères; Et, si je connais bien ce Dieu mon seul appui. Les cultes différens sont égaux devant lui.
LE RELIGIEUX
Ah ! la foi des humains ne saurait se contraindre. Si vous vous abusez, c'est à moi de vous plaindre; Mais, si, dans votre erreur voyant la vérité. Vous croyez avec zèle , avec simplicité , Je n'outragerai point l'étemelle justice Jusqu'à penser jamais que le ciel vous punisse; Et je dois à mon frère annoncer la pitié D'un Dieu que les mortels ont tant calomnié.
Cependant... pardonnez à ce langage austère Que prescrit la rigueur de mon saint ministère;
Concevez le chagrin que mon ame en ressent... Le crime ne dort pas; je vous crois innocent: Mais vous me convaincrez, et je veux vous entendre. Ouvrez-moi votre cœur : je dois , j'ose y prétendre. Ce cœur à des forfaits s'est-il abandonné ?
Et seriez-vous enfin justement condamné?
JEAN CALAS
Lorsque j'aurai parlé, que votre voix prononce.