‹ Œuvres, revues, corrigées et mises en ordre (volume 3)Chapitre 134 sur 147 · ALPIN · texte numérisé non relu

ALPIN

Ryno! c'est sur les morts que je répands des larmes; Alpin chante pour vous, habitans du tombeau!

Debout dans ta hauteur, et couvert de tes armes, Des enfans de la plaine aujourd'hui le plus beau , Tu triomphes; bientôt le voyageur sensible Doit s'asseoir et pleurer sur ton cercueil paisible : Comme le grand Morar tu tomberas un jour.

Tu ne verras plus tes collines; Et ton arc redouté dans les forêts voisines T'attendra vainement au fond de son séjour.

Morar! bel ornement des combats et des fêtes.

Le timide chevreuil fut moins léger que toi;

Le météore ardent , la fureur des tempêtes ,

Chez les enfans des monts répandaient moins d'effroi :

Ainsi que les torrens et la foudre lointaine

Ta voix grondait; l'éclair, dans le sein de la plaine.

Brillait moins que ton glaive au milieu des d)mbats;

Devant ton courage intrépide Les héros pâlissaient ; et ta lance homicide Comme un feu dévorant consumait les soldats.

Mais quel aimable front loin des champs du carnage ! Le soleil est moins pur en dissipant l'orage;

LES CHANTS DE SELMA. 4o5

Moins doux sont les rayons de l'astre de la nuit. Tu revenais vainqueur; et ton âme tranquille

Ressemblait au lac immobile, Lorsque des vents muets on n'entend plus le bruit. Un long crêpe a voilé tes collines désertes; Je mesure en trois pas le .lieu que tu remplis : Quatre pierres sans art et de mousse couvertes Sous leur enceinte étroite enferment tes débris; Un arbre qui n'a plus qu'upe feuille tremblante, Des gazons attristés la tige fi^missante, Indiquent ton cercueil au regard des chasseurs;

Ta mère a terminé sa vie ; La fille de Morglan, ton amante chérie, N'est plus : ta cendre éteinte appelle en vain ses pleurs.

Quel est donc ce vieillard qui s'avance avec peine ? L'âge a courbé son front couvert de cheveux blancs ; Ses yeux, rougis de pleurs, sont errans sur la plaine; Un bâton sert de guide à ses pas chancelans.

C'est ton père, ô Morar! Il a d'un fils unique Entendu célébrer la valeur héroïque; Comment peut-il encore ignorer son trépas?

Gémis, père infortuné! pleure; Mais ton fils, étendu dans sa sombre demeure. Est caché sous la tombe, et ne te répond pas. Morar! prête l'oreille à la voix paternelle:

Ah ! de l'astre du jour la splendeur éternelle

4o6 CHANTS IMITÉS D'OSSIAN.

Peut-elle pénétrer dans l'ombre du tombeau?

Des rayons du matin quand la douce lumièi*e

Doit-elle rouvrir ta paupière, £t de tes jours éteints rallumer le flambeau ? Adieu, jeune Gilerrier! ta main ferme et vaillante Ne dirigera plus d'inévitables traits; Adieu, Chef des héros! ton armure brillante Ne luira plus de loin dans l'ombre des forêts. Tu n'embelliras plus les champs de là victoire; Aucun fils de Morar ne rappelle sa gloire ; Mais Alpin désolé garde son souvenir :

Consacrés par mes chants funèbres, I^s exploits de Morar perceront les ténèbres; Son nom retentira dans les tems à venir.

Notre âme était ouverte à la mélancolie,

£n écoutant les chants d'Alpin ; Mais un profond soupir partit du cœur d'Armin :

Il revoit l'image chérie De son fils , moissonné dans la fleur de sa viie« Armin! lui dit Colinar, dissipe les douleurs

Dont je vois ton âme saisie ;

Des chants la douce mélodie

Attendrit et charme les cœurs.

C'est ainsi qu'on voit les vapeurs Monter du sein d'un lac, se grossir et s'étendre^

Et goutte à goutte se répandre

Dans le vallon silencieux :

Des larmes du matin les bosquets se remplissent;

Et les vapeurs s'évanouissent Dès que l'astre du jour reparaît dans les cieux.

Page 1