‹ Œuvres, revues, corrigées et mises en ordre (volume 3)Chapitre 15 sur 147 · ÉPITRE A LE SUEUR · texte numérisé non relu

ÉPITRE A LE SUEUR

Partout de l'injustice on voit de grands exemples : Partout ces demi-dieux qui méritaient des teftiples N'obtenant que la haine et souvent le mépris ; Voltaire à soixante ans, loin des murs de Paris, Fuyant avec la gloire, et cherchant un asile; Les cités se fermant devant l'auteur d'Emile ; liO vainqueur de Térence à peine enseveli ; Corneille vieillissant presque mis en oubli; lIBlton chez les Anglais mourant sans renommée; La muse des Toscans à Ferrare opprimée; £t les inquisiteurs, au fond d'une prison.

Près du vieux Galilée enfermant la raison ; £t la faim consumant l'Apelle de la France', Quand Mignard et Coypel vivaient dans l'opulence. Ami, l'ignores-tu ? Si l'un de tes aïeux Par ses doctes travaux sut enchanter nos yeux. Ce peintre ,^ dont l'Europe admire encor les veilles V Voit un fer sacrilège insulter se& merveilles ^. '

Nobles en&ns des arts! accourez, vengez-vous; ' • Punissez un. rival qui vous éclipse tous; Déchirez, mutilez ces vivantes images ; N'épargnez aucun trait; vos coups sont des hbfâmagëc^ Mais bien, plutôt brisez vos stériles pincôioix:''^ Quand vous auriez détruit ses éloquens tableaux, ^

a. On sait que Le Sueur avait enriéhi )é |^tit' ddHfé deè Ohlai^ treax de peintures sublimes , que des envieux mutilèrent. '

OEuvres anciennes. III. 4

5o ÉPITRE

D'un si lâche dépit l'éclatante mémoire Eût seule éternisé votre honte et sa gloire.

Notre âge est moins brillant, mais plus sage et plus doux. Tu vaincriELS l'ignorance et tes rivaux jaloux. L'aimable vérité sort enfin du nuage; Un jour set'ein s'élève, et dissipe l'orage.

Ceux qui t'Ont méconnu, contraints de s'éclairer, Rougissent de leur Êiute, et vont la réparer. C'est un si beau devoir! Eh! quelle âme insensible, Au charme le plus pur quelle âme inaccessible, Méprisant les lalens^ pères du doux loisir, A gêner leur essor peut mettre son plaisir ?

Heureux inûtaCeur des chants de l'Aùsonie, Chaque jour remplis-toi de son divin génie ; Et, montant. chaque jour de succès en succès, I)'un nouveau Pergolèse ' étonne les Français. Mais laisse autour de toi gronder quelque pn^aaes. D'un cagotisme obscur imbéciles organes.

Ces pompes, ces accords, ces chants harmonieux. Plaisent au Rqî des rois, au Dieu des autres dieux. Des étern/$ls ;CQiicerts c'est la mortelle image,; Des arts qu'il :à créés il accepte l'hommage;

I. Le Stahat Mater de Pergolèse est regarde universellement comme un chef-d'œuvre. Il finissait le dernier verset de cet admiy9JI^<& mprc^U'f quapd |la mort vint le frapper à l'âge de trentetrois ans.

A LE SUEUR. 5i

Offrande noble et sainte ! encens digne du ciel !

Ce ciel a tressailli quand le Roi d'Israël

Offrait au Dieu jaloux un glorieux cantique,

Agitait devant lui sa lyre prophétique,

Et, poussant dans les airs ses accens généreux,

Contre le Philistin conduisait les Hébreux ;

Ou lorsque , dans les jours de jeûne et de prière ,

Pâles, couverts de cendre, au fond. du sanctuaire.

De l'antique Lévi les enfans éplorés

G>mme eux faisaient gémir les instrumens sacrés.

Habitans du vallon ^ secondez la nature.

De ce jeune arbrisseau dirigez la culture.

Faudra-il que son front, déjà triste et penché. Au niveau des sillons se courbe desséché?

Portez-lui le tribut de ces ondes fertiles; Faible et timide encore, à ses rameaux fragiles, Habitans du vallon , prêtez un sûr appui.

Du doux éclat des fleurs il se pare aujourd'hui : De plus beaux tems viendront , qui seront votre ouvrage ; Je veux un jour vous voir, assis sous son ombrage. Quand l'ardent Sirius enflammera les cieux.

Goûter avec transport ses fruits délicieux.

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