ELEGIE ANGLAISE DE GRAY
THAStlITE r.K VERS FBAIfCAIS.
Il existe déjà dans la langue française plusieurs traductions en vers de cette élégie célèbre; mais celles qui ont été publiées semblent plutôt des paraphrases que des traductions. Nous avons de plus quelques morceaux de poésie dont elle a évidemment donné l'idée ; il en est même qui , sans égaler l'ouvrage du poète anglais pour la plénitude des pensées et l'énergique précision du style, sont du moins fort remarquables par l'élégance et l'harmonie.
En donnant au public cette version nouvelle, composée il y a plusieurs années, je fais imprimer les vers anglais à côté des vers français. On pourra voir d'un coup d'œil ce que j'ai cru de-»
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voir supprimer, changer, ajouter; on jugera si j'ai su garder un juste mlieu entre une imitation infidèle et une traduction servile. J'ai craint pour l'élégie entière la monotonie des stances; j'ai conservé seulement dans l'épitaphe ces formes de poésie qui m'ont paru lui convenir. J'ai travaillé cette pièce avec soin; mais, en quelque genre que ce soit, je n'ai jamais donné mes écrits que comme des essais susceptibles d'un perfectionnement graduel. Je serai disposé dans tous les tems à mettre à profit l'opinion des connaisseurs, et même ce que pourront offrir de judicieux les critiques amères des censeurs de profession.
Voltaire, à son retour de Londres, où l'avaient contraint à se réfugier les premières persécutions qu'il eût essuyées en France, fit connaître à sa patrie la philosophie et la littérature des Anglais. Il puisa dans leurs poètes des beautés fortes , qu'il sut encore embellir. Durant les dernières annéea de ce grand homme, aujourd'hui si ridiculement harcelé, M. Dncis a mérité des succès mémorables , en transportant sur ta scène française les créations vigoureuses du poète tragique de l'Angleterre. Plus récemment, dans la traduction du Paradis perdu^ ^ ouvrage tantôt sublime et tantôt
1. Voyez, au tome III des Œuvres posthumes^ le Tableau de ta littérature , cbap. VII, p. a64-
bizarre d'un génie non moins étonnant que Sha^ kespeare , on a souvent retrouvé tout le talent de M. Delille; on le cherchait dans V Homme des champs ef dans le poëme de la Pitié^,
Le même M. Delille a traduit autrefois, avec beaucoup de bonheur, la belle Épitre de Pope au docteur Arbuthnot. Un autre chef-d'œuvre de Pope, rhéroïde d'Héloïse, avait déjà fondé la réputation de M. Colardeau* M. Boisjolin mérite d'être cité après ces talens célèbres ; et sa traduction de la Forêt de fVindsor^ est un des morceaux les plus purs qui aient paru depuis long-tems.
Quand il devient difficile d'oser penser soimême, on peut encore traduire. Indépendamment de \ élégie de Gray, le meilleur ouvrage que nous ayons en ce genre , au moins dans les langues modernes, quelques autres pièces de ce poète sont dignes d'une version élégante et soignée : par exemple, son Hymne à V Adversité; ses deux Odes pindariquçs , l'une sur les progrès de la poésie^ l'autre intitulée le Barde; mais plus encore, à mon avis, son Ode charmante sur le collège d'Éton. JJOde plus fameuse que Dryden a composée sur la Musique ^ VEmma de Prior,
1. Voyez, au torae III des OEuvres posthumes y le Tableau de la littérature, cliap. VIII, p. 27a.