SUR LA MORT DE MIRABEAU
Préjugés d'un âge imbécile; Fuyez, mensonges révérés, Que la frayeur de nos ancêtres, L'avarice et l'orgueil des prêtres , Avaient si long-tems consacrés!
Au fond de la nuit étemelle , 'Parmi les ombres descendu, Il voit la douleur solennelle Des citoyens qui l'ont perdu.
Paris et la patrie entière Vont, dans sa demeure dernière.
Déposer le grand Mirabeau.
Ses restes, que le peuple adore, Il les voit triompher encore Et des tyrans et du tombeau.
La France a-t-elle, avant notre âge, Honoré ces mortels divins Dont l'esprit est un héritage Recueilli par tous les humains?
Ils mouraient : leur cendre sacrée.
Par l'amitié seule entourée.
Marchait vers le funèbre lieu ; Tandis qu'une pompe insolente Accompagnait l'ombre sanglante D'un Louvois ou d'un Richelieu.
Du fanatisme étrange exemple !
Opprobre d'un siècle si beau!
A Sulpice on élève un temple ; Voltaire est presque sans tombeau!
Mort, il cherche encore un asile; Un ordre des tyrans exile Ses vains et précieux débris; Et, dans leur stupide colère, De sa dépouille tutélaire Ils ont déshérité Paris.
Des grands hommes de la patrie Nous verrons les mânes un jour, Famille imposante et chérie, Habiter un commun séjour. Tel , au milieu des sept coltines , S'élevait sous des mains divines Ce temple superbe et vanté (3ii, par la piété romaine, Dans les murs de la cité reine, On vit rOlympe transporté.
Ennemis de la tyrannie, Visitez ces augustes lieux; Vertu, raison, talens, génie, Voiltà vos patrons et vos dieux.
Souvent la nation nouvelle.