‹ Œuvres, revues, corrigées et mises en ordreChapitre 15 sur 233 · A M. DE MENNEVAL · texte numérisé non relu

A M. DE MENNEVAL

Monsieur,

Aurez'vous encore la bonté de vous souvenir de moi ? Pouvezvous et voulez-vous me rendre le service de mettre sous les yeux de Sa Majesté Impériale la lettre que je prends la liberté de lui adresser? Ma situation est bien critique, et le résultat de cette démarche important pour moi. Veuillez» Monsieur, me faire un mot de réponse, et me croire avec les sentimens les plus distingués d'estime , de considération et de reconnaissance ,

Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

M. J. CHÉNIER. Paris, ce aa mai 1806.

A L'ÉDITEUR. xxxiii

Bien de plus facile à expliquer que ces faits. En abattant le Directoire, en reprenant le pouvoir à des mains inhabiles pour le transférer à des mains vigoureuses, Ghénier n'avait pas cru ruiner la République, mais la consolider. Il avait cru ne donner qu'un tuteur à la liberté, qu'il croyait nécessaire de sauver pour sauver la France. Napoléon, qui, au contraire, croyait que, pour sauver la France, il fallait sacrifier la liberté, s'en fit l'oppresseur. De là leurs divisions; de là cette violence avec laquelle Chénier attaqua les systèmes du Consul dans le Tribunat, et l'impatience avec laquelle Napoléon supporta les attaques de Chénier; de là les censures amères mêlées à nos chants de victoire par Chénier, qui blâmait dans le Consul et dans FEmpereur le génie militaire qu'antérieurement il avait tant vanté dans le général et dans le citoyen. A ces causes se joignait sans doute le secret dépit d'avoir été joué; et, certes, il y avait lieu à rancune; mais n'était-ce pas sur Fouché, dolifahricatory qu'en devaient tomber les effets?

Renégat de la révolution , si ce ministre poursuivait dans Chénier uù homme re^té fidèle à cette cause, un autre ministre, quoiqu'il y fût penégat aussi, n'en crut; pas moins devoir venir au secours d'un obstiné, qui, n'ayant pas su sacrifier ses opinions à sa fortune, n'avait pas fait d'économies. Pour parer aux premiers embarras, Chénier avait imaginé de faire imprimer le plus mafgnifiquement possible Fépître qui faisait sa gloire ef ses malheurs. L'expédient était dang^eux. : le ministre qui avait dénoncé la première édition de cette épître pouvait provoquer'la suppression de la seconde* Détour^

OEovrrs anciennes. I. ^

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