ACTE I, SCENE II
Quel est-il ? Contentez notre âme impatiente.
LE aOI DE NAYAR&S.
L effroi , je lavoûnii.
L AMIRAL
D OÙ vous vient cet effroi ?
LE ROI DE NAVARRE
Hier, nous commencions, d'Alençon, Guise et moi, Ces jeux , qui sembleraient réservés à l'enfance , Où , toujours agité par lavide espérance , Un oisif courtisan, consumant son loisir, Perd ses biens et le tems sans trouver le plaisir; Trois fois j'ai repoussé le trouble qui me presse : Apprenez, dussiez-vous condamner ma faiblesse. Ce que j'ai vu sans doute, ou ce que j'ai cixi voir, Ce que moi-même enfin je n'ai pu concevoir. Ce qui s'ofifre sans cesse à mon âme éperdue : Trois fois les dés sanglans ont effrayé ma vue! C'est peu : dans les momens consacrés au repos , Je me suis retracé des malheurs, des complots, Le poison terminant les jours de votre frère , Et peut-être au cercueil précipitant ma mère ; Nos succès, nos revers, et les champs odieux Où Condé , ce grand homme , expira sous nos yeux ; D'un carnage éternel nos régions fumantes , Et des princes Lorrains les intrigues sanglantes ; Vos amis et les miens victimes des traités, Au milieu de la paix proscrits, persécutés, Dans les murs de Vassy massacrés sans défense , Accusant leur trépas inutile à la France. Excusez, Chancelier, des mouvemens confus. Par ma fiaiible raison vainement combattus.
3oo CHARLES IX.
Il est de ces instans où lame anéantie
D*un sinistre avenir parait être avertie ;
£t peut-être en effet ces secrètes terreurs
De désastres prochains sont les avant-coureurs.
On voit pendant la nuit, dans les vapeurs d'un songe,
La vérité parfois se mêler au mensonge.
T^E CHANCELIER
Sur des signes trompeurs cessez d*être alarmé :
Aux regards des mortels lavenir est fermé y
Sire; et, quand le Ciel même, à qui tout est possible,
Nous daignerait ouvrir cet abyme invisible,
Parmi tant de mensonge et tant d'obscurité
Quel œil distinguerait lauguste Vérité ?
Vous ne prétendez pas imiter, je l'espère.
Ces rois qui, sur le trône, élèves du vulgaire ,
Font régner tout l'amas des superstitions ;
Enfans qui du sommeil gardent les passions ,
Et qui , sur les projets qu'un songe leur inspiré ,
Bisquent à leur réveil le destin d'un empire.
LE ROI DE NAVARRE
Je les blâme avec vous; et vous devez juger Que des pressentimens ne pourront me changer. Vous connaissez mon cœur : il est sans défiance.
l'amiral.
Moi , qui des courtisans ai quelque expérience ,
Je crains que l'avenir ne ressemble au passé :
Par un assassinat la paix a commencé.
Nos cruels ennemis ont un pouvoir suprême :
Je crains, je l'avoûrai, mais bien plus que vous-même:
Non pas quelques instans, mais la nuit, mais le jour,
Mais durant mon sommeil, mais au sein de la cour.