‹ Œuvres, revues, corrigées et mises en ordreChapitre 84 sur 233 · ACTE V, SCENE III. i · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE III. i

d'amboise.

D'un inutile espoir vous vous flattez, Madame.

AZÉMIRE

Qu'entends-je ?

d'amboise.

II a fallu forcer sa volonté:

Il osait de son Dieu braver l'autorité.

< <Juoi, Seigneur, à me fuir vous consentez encore?

Vous me quittez!

d'amboise.

Qu'il parte, ou qu'il se déshonore:

Choisissez.

AZÉMIRE

Malheureuse! ah! tout m'est enlevé.

d'ambojse.

Pour les plus grands destins Turenne est réservé. Faut-il que mon ami, foulant aux pieds la gloire. Perde en de vains soupirs sa vie et sa mémoire ? Et comment pouvez*vous reprocher à son cœur D'oublier des sermens qu'a démentis l'honneur? Il n'a pas dû choisir le tems de votre absence: Partir en vous trompant ! cet excès de prudence Est d'un amant perfide , et non d'un chevalier Que l'oubli du devoir peut seul humilier. Contemplez d'un œil ferme un départ nécessaire. Eh ! s'il ne s'agissait que d'un guerrier vulgaire , Exempt de repentir, ignorant la vertu, Mon zèle, en un seul jour tant de fois combattu,

j36 AZÉMIRE.

Pourrait labandonner aux vengeances célestes, Et d'un courage éteint ne plus chercher les restes. C'est un héros : je dois lui rendre son destin ; C'est mon ami, Madame; et j'ai promis enfin. L'Amitié contre vous lui servira d'égide. Excusez ce discours peut-être un peu rigide. Vous cherchez dans ses yeux un langage plus doux; Vous m'écoutez à peine; eh! que prétendez- vous? Dans un projiet honteux votre âme est afFermie : 11 vous aime et ne peut vous consacrer sa vie. Entre vous deux, Madame, est-ril quelque lien? Vous êtes musulmane, et Turenne est chrétien,

Oui, de tant de motifs je conçois l'importance; Son silence a déjà prononcé ma sentence. Turenne, je croyais, et pouvais-je en douter? Que jamais votre amour n'oserait me .quitter: Jusqu'au dernier moment je me suis abusée. Allez : mon espérance est enfin épuisée; Allez : votre bonheur n'est plus auprès de moi; Je reçois vos adieux, je vous rends votre foi. Remplissez d'un héros la noble destinée; Et moi, reine ^ans gloire, amante infortunée. Je traînerai le cour$ de mes longues douleurs. N'irrite? point le Ciel ^ qui condamne vos pleurs. Avant que loin d'ici vous cherchiez la victoire. Sur ces remparts s^nglans craignez une autre gloire : Craignez que sous vos coups tout mon sang répandu...

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