I. — La notion de température et la mesure des températures
Températures absolues.
Grandeurs primordiales et grandeurs dérivées, — Une grandeur n'existe pas en dehors de l'instrument qui la mesure. Le premier in:$trument de mesure, c'est notre corps. Mais il ne nous permet de mesurer que certaines grandeurs, les grandeurs primordiales. Nous le complétons par des instruments artificiels (appareils de mesure) destinés à évaluer les grandeurs dérivées^ en remplaçantdes sensations pard'autres, principalement et presque
a TilERXODYNAMIV^t'E GÉNÉRALE.
excliisivcment par des sensations visuelles. Parmi nos sens, en effet, (ienx au plus se prélent à des mesures, Touïe un peu, la vue éminemment. La vue est très précise, mais seulement dans Testimalion des longueurs, qui revient à rapprécialion de Pénalité de deux longueurs, par la coïncidence de deux traits. Eu outre, nos mesures visuelles nous semblent invariables. Deux lon<»ueurs qui nous ont une (bis paru égales, nous paraitiont toujours telles^ si elles sont restées inaltérées, tandis que nos sensations de chaleur sont très variables : ainsi, après que nous aurons jugé deux corps également chauds, nous pourrons, par l'cfTel d\in malaise, ne plus les trouver tels. C'est pourquoi nous substituons aux grandeurs primordiales des grandeurs dérivées dont la mesure est lina- Icment ramenée par nos instruments à décider de la coïncidence de deux trails : on va voir que la température est, dans une portion de son échelle, une grandeur primordiale; la quantité de chaleur est, au contraire, une grandeur dérivée.
Echelle physiologique des températures» — Soient une série de vases contenant des quantités égales d'eau, prélevées dans un ré>ervoir entouré de glace fondante. Plongeant la main successivement dans ces dilTérenles masses d'eau, nous jugerons qu'aucune d'elles n'est plus froide ni moins froide que les autres. Versons dans le premier vase une goutte d'eau bouillante ; dans le deuxième, deux gouttes ; dans le troisième, trois, et ainsi de suite. Plongeons encore la main dans ces vases : le deuxième, le troisième ne nous paraîtront pas plus chauds que le premier. Supposons que le (piatrième soit ju^é plus chaud ; nous dirons (ju'il est à une lernpénilure plus élevée que le premier : leur dilTérence, qui est la moindre dillerence perceptible pour nous, est \\\\ degré naturel de température. En continuant Texpérience, on constitue une échelle psychophysique qui se trouve être sensiblement invariable pour le même sujet, et aussi d'un sujet à un autre sujet. Là est la vraie mesure des températures, dans l'appréciation fournie par notre tact. Si on lui substitue les indications d'un instrument artificiel, il n'y aura d'intérêt que dans la relation entre cette mesure psychophvsique et celle qu'on lira sur l'appareil.
De fait, l'échelle naturelle des températures n'est pas assez étendue : quand les corps sont chauds au point de nous brûler.