CHAPITRE VI
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1. Les hawtiws étant conduits par la passion plus que par la raison, comme on l'a dit plus haut, il s'ensuit que si une multitude vient à s'assembler naturellement et à ne former qu'une seule Ame, ce n'est point par l'inspiration de la raison , mais par l'effet de quelque passion commune, telle que l'espérance, la crainte ou le désir de se venger de quelque dommage ( ainsi qu'il a été expliqué à l'article 9 du chapitre m ). Or comme la crainte
de la solitude est inhérente à tous les hommes, parce que nul, dans la solitude, n'a de forces suffisantes pour se défendre, ni pour se procurer les choses indispensables à la vie, c'est une conséquence nécessaire que les hommes désirant naturellement 1- état de société, et U ne peut se faire qu'ils le brisent jamais entièrement.
2. Qu'arrive-t-il donc à la suite des' discordes et des séditions souvent excitées dans l'État? non pas que les citoyens détruisent la cité (comme cela se voit dans . d'autres associations), mais ils en changent la forme,. quand les dissensions ne peuvent sa tewin^ autrement, G'est pourquoi, lorsque j'aiiparlé des moyens requis pour ta conservation de l'État, j'ai vouli* parler de eeu* qui sont nécessaires pour conserver lai&wme de l'Étal sans suçon changement notafela>
â.6ila nature humaineéi&it ainsi faite que les- hommes désirassent par-dessus tout ce qui leur est par-dessus tout utile, il n'y aurait besoin d'aucun art pour établir la concorxle et la bonne foi. Mais comme les choses ne vont pas de la sorte, il faut constituer l'État de telle façon que tpus, gouvernants et gouvernés, fassent, bon gré, mal gré, ce qui importe au salut commun, c'eettâ-dicre que tous, soit spontanément, soit par force et par nécessité, soient forcés de vivre selon les Descriptions de laraison, et il en arrivera ainsi, qucmd les choses serontorganisées de telle façon que rien de ce» qui intéresse lesalufc commun ne soit exclusivement confié à la bonne foi d'aucun individu. Nul individu en effet nfast tellement vigilant qu'il ne lui arrive pas une fois d# sommeiller, et jamais homme ne posséda une àme assez puissante et assez entière pour ne se laisser' entamée et vaincre dans aucune occasion , dans eelles4to«rtout où il faut déployer une force d'âme extraordinaire* Et certes il y a de la sottise à exiger d'autrui ce que nul ne peut obtenir de soi et à demander à un homme qu'il songe aux autres plutôt qu'à lui-même, qu'il ne soit ni avare, ni envieux, ni ambitieux, etc., quand cet homme est justement exposé
tous les jours aux excitations les plus fortes de la passion.
4. D'un autre côté, l'expérience paraît enseigner qu'il importe à la paix et à la concorde que tout le pouvoir soit confié à un seul. Aucun gouvernement en effet n'est demeuré aussi longtemps que celui des Turcs sans aucun changement notable, et au contraire il n'y en a pas de plus changeants que les gouvernements populaires ou démocratiques, ni de plus souvent troublés par les séditions. Il est vrai; mais si l'on donne le nom de paix à l'esclavage, à la barbarie et à la solitude, rien alors de plus malheureux pour les hommes que la paix. Assurément les discordes entre parents et enfants sont plus nombreuses et plus acerbes qu'entre maîtres et esclaves; et cependant il n'est pas d'une bonne économie sociale que le droit paternel soit changé en droit de propriété et que les enfants soient traités en esclaves. C'est donc en vue de la servitude et non de la paix qu'il importe de concentrer tout le pouvoir aux mains d'un seul ; car la paix, comme il a été dit, ne consiste pas dans l'absence de la guerre, mais dans l'union des cœurs.
5. Et certes ceux qui croient qu'il est possible qu'un seul homme possède le droit suprême de l'Etat sont dans une étrange erreur. Le droit en effet se mesure à la puissance, comme nous l'avons montré au chapitre n. Or la puissance d'un seul homme est toujours insuffisante à soutenir un tel poids. D'où il arrive que celui que la multitude a élu roi se cherche à lui-même des gouverneurs, des conseillers, des amis, auxquels il confie son propre salut et le salut de tous, de telle sorte que le gouvernement qu'on croit être absolument monarchique est en réalité aristocratique , aristocratie non pas apparente, mais cachée et d'autant plus mauvaise. Ajoutezàcelaque leroi, s'il est enfant, malade ou accablé de vieillesse, n'est roi que d'une façon toute précaire. Les vrais maîtres du pouvoir souverain, ce sont ceux qui administrent les atïaires ou qui touchent de plus près au roi, et je ne parle pas du cas où le roi livré à la débauche gouverne toutes
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choses au gré de telles ou telles de ses maîtresses ou de quelque favori, a J'avais entendu raconter, ditOrsinès1, qu'autrefois en Asie les femmes avaient régné; mais ce qui est nouveau, c'est de voir régner un castrat. »
è. Il est certain d'ailleurs que quand l'État est mis en péril, c'est toujours le fait des citoyens plutôt que des ennemis extérieurs ; caries bons citoyens sont rares. D'où il suit que celui à qui on a déféré tout le droit de l'État craindra toujours les citoyens plus que les ennemis, et partant veillera par-dessus tout sur ses intérêts propres et sera moins occupé de prendre soin de ses sujets que de leur tendre des embûches, à ceux-là surtout qui sont illustres par leur sagesse où puissants par leur fortune.
7. Ajoutez que les rois craignent leurs fils plus qu'ils ne les aiment, et cette crainte est d'autant plus forte que les fils montrent plus de capacité pour les arts de la paix et pour ceux de la guerre et se rendent plus chers aux sujets parleurs vertus. Aussi les rois ne manquent-ils pas de leur faire donner une éducation qui ne leur laisse aucun sujet de crainte. En quoi ils sont fort bien servis parleurs familiers qui mettent tous leurs soins à préparer au roi un successeur ignorant qu'on puisse adroitement manier.
8. H suit de tout cela que le Roi est d'autant moins son maître et que la condition des sujets est d'autant plus misérable à mesure que le droit de l'État est transféré plus complètement à un même individu. C'est donc une chose nécessaire, si on veut établir convenablement le gouvernement monarchique, de lui donner des fondements assez solides pour que le monarque soit en sécurité et la multitude en paix, de telle sorte enfin que le monarque le plus occupé du salut de la multitude soit aussi celui qui est le plus son maître. Or, quelles sont ces conditions fondamentales dû gouvernement monarchique ? je vais d'abord les indiquer en peu de mots, pour les reprendre ensuite et les démontrer dans un ordre méthodique.