‹ Œuvres, tr (volume 2)Chapitre 141 sur 150 · est également certain que le Conseil une fois · texte numérisé non relu

est également certain que le Conseil une fois

établi, ses membres ne pourront être réduits à un nombre

moindre. Cela résulte en effet de la nature des passions

humaines, tous les hommes étant sensibles au plus haut

degré à l'amour de la gloire, et tous aussi espérant, quand ils ont un corps sain , pousser leur vie jusqu'à une longue vieillesse. Or, si nous faisons le calcul de ceux qui auront atteint réellement l'âge de cinquante ou soixante ans, et si nous tenons compte, en outre, du grand nombre de membres qui sont élus annuellement, nous verrons que parmi les citoyens qui portent les armes , il en est à peine un qui ne nourrisse un grand espoir de s'élever à la dignité de conseiller; et par causé* queait, toue défendront <le tourtes leurs. forces l'intégrité du Conseil. Car il faui; .remarquer que la corruption est aisée à prévenir,. quand elle ne s'insinue pas peu à peu. Qr ranime c'est une combinaison plus simple et moins sujette à exciter la jalousie, de faire élire un membre du Conseil dans chaque famille que de n'accorder ce droit qu'à un petitaambre de familles nu. d'exclure ceUenaion oelle-là, il s ensuit (par L'article 15 du chapitre précédent) que le nombre des conseillers ne pourra être diminué que sion vient à supprimer tout à coup untiers, un quart ou un cinquième de l'assemblée, mesure exorbitant et par conséquent fort éloignée de la pratique commune. Et il n'y a pas àcraindre non plus de retard ou da négligence dans l'élection; car en pareil cas, nous avons vu que le Conseil lui-même *élit à la place du Roi (article 16 du chapitre précédent )*

11. Le Roi donc, soit que la crainte de la multitude le fasse agir ou qu'il veuille s'attacher la plus grande partie de la multitude armée , soit que la générosité de son cœur le porte à veiller à l'intérêt public, confirmera toujours l'avis qui aura réuni le plus de suffrages,. c'estàrdire (par l'article 5 du précédent chapitre ) celui qui est le plus utile à la majeure partie de l'État; Quand des avis ditférents lui seront soumis, il s'efforcera de les mettre d'accord, ai La chose est possible, afin de se concilier tous les citoyens ; c'est vers ce but qu'il tendra- île toutes ses forces, afin qu'on fasse l'épreuve, dans la paix comme dans la guerre, de tout ce qu'où a gagné à con-

centrer les forces de tous dans les mains d'un seul. Ainsi donc le Roi s'appartiendra d'autant plus à luimôme et sera d'autant plus roi qu'il veillera mieux au salut commun.

12. Le Roi ne peut, en effet, à lui seul, contenir tous les citoyens par la crainte ; sa puissance, comme nous l'avons dit , s'appuie sur le nombre des soldats , et plus encore sur leur courage et leur fidélité, vertus qui ne se démentent jamais cliez les hommes, tant quç le besoin, honnête ou honteux , les tient réunis. D'où il arrive que les rois ont coutume d'exciter plus souvent les soldats que de les contenir, et de dissimuler plutôt leurs vices que leurs vertus; et on les voit la plupart du temps, pour opprimer les grands , rechercher les gens oisifs et perdus de débauche , les distinguer , les combler d'argent et de faveurs, leur prendre les mains, leur jeter des baisers, en un mot, faire les dernières bassesses en vue de la domination. Afin donc que les citoyens soient les premiers objets de l'attention du Roi et qu'ils s'appartiennent à eux-mêmes autant que l'exige la condition soeiale et l'équité, il est nécessaire que l'armée soit composée des seuls citoyens et que ceux-ci fassent partie des Conseils. C'est se mettre sous le joug, c'est semer les germes d'une guerre éternelle que de souffrir que l'on engage des soldats étrangers pour qui la guerre est une affaire de commerce et qui tirent leur plus grande importance de la discorde et des séditions.

13. Que les conseillers du Roi ne doivent pas être élus à vie,, mais pour trois, quatre ou cinq ans au plus, c'est ce qui est évident, tant par l'article 10 que par l'article ^ du présent chapitre. Si, en effet, ils. étaient élus à vie, outre que la plus grande partie des citoyens pourrait à pewe espérer cet honneur, d'où résulterait une grande inégalité, et par suite l'envie, les rumeurs continuelles etfinalemaat des séditions dont les rois ne manqueraient pas de profiter, dans l'intérêt de leur domination, il arriverait en outre que les conseillers, ne craignant plus

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leurs successeurs , prendraient de grandes licences en toutes choses, et cela sans aucune opposition du Roi. Car, plus ils se sentiraient odieux aux citoyens, plus ils seraient disposés à se serrer autour du Roi, et à se faire ses flatteurs. A ce compte un intervalle de cinq années paraît encore trop long, cet espace de temps pouvant suffire pour corrompre par des présents ou des faveurs la plus grande partie du Conseil, si nombreux qu'il soit, et par conséquent le mieux sera de renvoyer chaque année deux membres de chaque famille pour être remplacés par deux membres nouveaux (je suppose qu'on a pris dans chaque famille cinq conseillers), excepté Tannée où le jurisconsulte d'une famille se retirera et fera place à un nouvel élu.

. 14. Il semble qu'aucun roi ne puisse se promettre autant de sécurité qu'en aura le Roi de notre État. Car outre que les rois sont exposés à périr aussitôt que leur armée ne les défend plus, il est certain que leur plus grand péril vient toujours de ceux qui leur tiennent de plus près. A mesure donc que les conseillers seront moins nombreux , et partant plus puissants , le Roi courra un plus grand risque qu'ils ne lui ravissent le pouvoir pour le transférer à un autre. Rien n'effraya plus le roi Davîd que de voir que son conseiller Achitophal avait embrassé le parti d'Absalon \ Ajoutez à cela que lorsque l'autorité a été concentrée tout entière dans les mains d'un seul homme, il est beaucoup plus facile -de la transporter en d'autres mains. C'est ainsi que deux simples soldats entreprirent de faire un empereur, et ils le firent 2. Je ne. parle pas des artifices' et des ruses que les conseillers ne manquent pas d'employer dans la crainte de devenir un objet d'envie pour le souverain naturellement jaloux des hommes trop en évidence; et quiconque a lu l'histoire ne peut ignorer que la plupart du temps ce qui a perdu les conseillers des rois, c'est un

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