On m'objectera qu'à Rome aussi les tribuns du
peuple étaient perpétuels. Il est vrai, mais ils n'étaient
pas capables de mettre obstaele à la puissance d'un Sci-
pion ; et en outre ils étaient obligés de porter d'abord
les mesures qu'ils jugeaient favorables devant le Sénat
lui-même, qui souvent se jouait d'eux, en faisant agréer
au peuple l'homme qui inspirait le moins de craintes aux
sénateurs eux-mêmes. Ajoutez à cela que la puissance
des tribuns était protégée contre les patriciens par la
faveur du peuple, et que ees tribuns avaient plutôt l'air
d'exciter une. sédition que de convoquer une assemblée,
toutes les fois qu'ils appelaient le peuple au forum.Voilà
des inconvénients qui n'existent pas dans l'État que nous
avons décrit aux deux chapitres précédents.
4. Au reste,' ce pouvoir des syndics se bornera simplement à conserver la forme du gouvernement, c'està-dire à réprimer toute infraction aux lois et à empêcher que personne puisse commettre aucune faute à son avantage. Mais il ne pourra jamais réprimer le progrès des vices sur lesquels les lois n'ont aueune action, de ces vices, par exemple, dans lesquels tombent les hommes de trop de loisir et qui amènent souvent la ruine d'un empare. En effpt, quand règne la paix, les hommes dépouillent toute crainte ; ils deviennent insensiblement, de féroces et de barbares qu'ils étaient, humains et civils ; -d'humains, ils deviennent mous et paresseux, et chacun met alors son ambition à surpasser les autres, non pas en vertu, mais en faste et en mollesse. Ils en viennent ainsi à dédaigner les mœurs de leur pays, à imiter les mœurs des nations étrangères, et, pour tout dire, ils se préparent à être esclaves.
5. Pour éviter ces maux, beaucoup de législateurs se sont efforcés d'établir des lois somptuaires; mais c'est en vain. On se fait un jeu de violer toutes les lois qu'il
est possible d'enfreindre sans faire injustice à personn^^ en particulier, et qui ont pour effet d'exciter les désir-^^ et les passions des hommes, loin de les réprimer; ca:^3 iious recherchons toujours ce qui nous est défendu, e i n'aimons que ce qu'on nous refuse Mine manque jamai^^ d'hommes oisifs qui savent éluder les lois établies contres certaines choses qu'il est impossible de défendre absolu, ment, comme les festins, les jeux, les ornements, et autre=^=s
usages du même genre dont tout le mal est dans an excè s
qui ne peut se mesurer que d'après la condition de cha-
cun, et qui n'est pas susceptible dès lors d'être déter "• miné par une loi universelle.
6. Je conclus donc à ce que tous ces vices, commun -s aux époques de paix dont nous venons de parler, soient — t
réprimés, non pas directement, mais par des voies dé
tournées, c'est-à-dire par rétablissement de principes d -^^
gouvernement tels, que la plupart des citoyens, s'ils n e
s'appliquent pas à vivre selon les règles de la sagess=-e (ce qui est impossible ) , se laissent du moins conduii=~"«
par les passions qui peuvent être le plus utiles à la répi =>
blique. Ainsi on peut s'ingénier à inspirer aux riche ^s> sinon l'économie, au moins un certain amour de l'argen 1. Car il n'est pas douteux que si l'amour de l'argent, ce se^Mitiment universel et perpétuel, est excité par un désir c — 1'gloire, la plupart des citoyens ne s'étudient à augment^^*'r
honorablement leur fortune, afin d'échapper à une situ a*
tion honteuse et d'arriver aux honneurs. Et si nous rev nons maintenant aux conditions fondamentales desdeur" gouvernements aristocratiques que nous avons décrit aux deux chapitre précédents, on verra que ces princip — -cs y sont contenus. Car dans chacun d'eux le nombre d ^s gouvernants est assez considérable pour que le plus gran i" nombre des riches ait accès à la direction et aux ho-"^1" neurs de l'État.