‹ Œuvres, tr (volume 2)Chapitre 73 sur 150 · Voje?le*Noéaêde Sptm*n,note · texte numérisé non relu

Voje?le*Noéaêde Sptm*n,note

S. Voyez les Notes de Spinoza, aote 0*

avaient reçues du secours externe de Dieu; qu'il me suffise, pour le prouver, de citer deux passages des livres saints. On lit dans la Genèse (chap. xiv, vers. 18, 19, 20) que Malkitsedek fut roi de Jérusalem et pontife du Dieu très-haut, qu'il bénit Abraham par le droit que lui donnait le pontificat {Nombres, chap vi, vers. 23), et enfin qu'Abraham, chéri de Dieu, paya à ce pontife de Dieu la dîme de tout son butin; par où l'on voit que Dieu, avant la fondation du peuple d'Israël, avait établi des rois et des pontifes dans la ville de Jérusalem, auxquels il avait donné des rites et des lois. Les donna-t-il d'une façon prophétique, c'est, je le répète, ce dont je ne suis pas certain. Je suis porté à croire cependant qu'Abraham , tant qu'il vécut dans cette contrée, observa religieusement les lois; car, bien qu'il ne paraisse pas que Dieu lui eiî ait donné de particulières , il est dit (Genèse , chap. xxvi, vers. 5) qu'il garda les préceptes, le culte, les institutions et les lois de Dieu ; ce qui doit sans doute s'entendre des préceptes, du culte, des institutions et des lois du roi Malkitsedek. Pour le second passage, qu'on lise les reproches que Malachias adresse aux Juifs (ch. i, vers. 10, 11) : « Qui d'entre vous ferme les portes (du temple) de peur que l'on ne mette en vain le feu sur mon autel? Je ne me complais pas en vous, etc.; car depuis le soleil levant jusqu'au couchant, mon nom est grand parmi les nations, et l'on m'offre partout des parfums et de pures oblations ; car mon nom est grand parmi les nations, dit le Dieu des armées. » Or, ces paroles ne pouvant s'expliquer qu'au présent, à moins qu'on ne veuille en torturer le sens, il s'ensuit que les Juifs n'étaient pas plus chers à Dieu en ce temps-là que les autres nations, que Dieu se manifestait à celles-ci par plus de miracles qu'aux Juifs, qui avaient déjà conquis une partie de leur royaume avant d'en avoir vu un seul, enfin qu'elles avaient des rites et des cérémonies qui les rendaient agréables à Dieu. Mais je ne veux point m'étendre davantage sur ce sujet; qu'il me suffise, pour le but que je me propose , d'avoir montré que l'ôlec-

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tion des Juifs ne concernait que les avantages temporels dn corps et la liberté , c'est-à-dire leur empire , les moyens qu'ils employèrent pour l'établir et les lois qui étaient nécessaires à cet établissement, puis d'avoir expliqué comment ces lois leur furent révélées ; enfin d'avoir prouvé que sur tout le reste et en tout ce qui touche à la véritable félicité de l'homme, les Juifs n'ont eu aucun avantage sur les autres peuples. Lors donc qu'il est dit . dans l'Écriture (Deutéron., chap. iv, vers. 7) qu'aucune nation n'a se3 dieux si près de soi que les Juifs , cela ne se doit entendre que de l'empire juif et des miracles si nombreux qui arrivèrent à cette époque, puisque, sous le rapport de l'entendement et de la vertu ou de la béatitude, nous venons de voir que Dieu est également propice à tous les hommes. Nous l'avons prouvé par la raison ; en voici la confirmation par l'Écriture (psaume cxlv, vers. 18) : a Dieu est près de tous ceux qui Vinvoquent, de tous ceux qui Vinvoquent en vérité. » Et dans un autre endroit du même psaume (vers. 9) : « Dieu est bon pour tous les hommes, et sa miséricorde éclate dans tous ses ouvrages. » Dans un autre psaume (xxxm, vers. 1) il est dit clairement que Dieu a donné à tous les hommes le même entendement : € Dieu qui forme leur cœur d'une même manière. » Or le cœur était chez les Hébreux, comme tout le monde le sait, le siège de l'âme et de l'entendement. n est évident, par Job (chap. xxvm, vers, 28), que Dieu a donné la même loi à tout le genre humain : savoir, la loi d'adorer Dieu et de s'abstenir des actions mauvaises, ou de faire le bien. C'est pourquoi Job, quoique gentil, fut particulièrement agréable à Dieu, parce qu'il surpassa les antres hommes en piété et en religion. L'histoire de Jonas (chap. nr, vers. 2) nous apprend encore fort clairement que ce n'est pas seulement aux Juifs, mais à tous les peuples, que Dieu est propice, et qu'il est miséricordieux, indulgent, plein de bonté pour tous les hommes, et se repent même du mal qu'il leur a fait. « J'avais résolu^ dit Jonas, de ni enfuir à Tharse, parce que je «mmû

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(par les parûtes 4e "Moïse, Emit, chap. *«rr, -vers. #) que vous êtes un Dieu propre, miséricordieux, etc.^ coatêquemment que vous pardonneriez aux Nînivite*. <3oatioons done (puisque Dieu eet également propice à tous les hommes et <jue les Hébreux n'ont été le peuple élu de Dieu que relativement à la société qaHs ont formée et ft leur empire) qu'un Jutf , considéré hors 4e ta société et de l'empire juif, n'avait aucun don qui lui fftt propre, et qu'il n'y avait entre lui et un «gentil aucune sorte de différence. Et puisqu'il est bien établi que Dieu est également bon et miséricordieux pour tous les hommes, et que la mission des prophètes fut moins 4e donner à leur patrie des lois particulières que d'enseigner aux hommes la véritable vertu, il s'ensuit que toute nation a eu ses prophètes, et que le don de prophétie ne fut point propre à la nation juive. C'est là un point également établi par toutes les histoires, tant sacrées que profanes. Car, bien que le Vieux Testament ne dise pas que les autres nations aient eu autant de prophètes que la nation juive, et qu'il ne parle même expressément nulle part d'aucun prophète gentil envoyé par Dieu aux nations étrangères, peu importe ; car les Hébreux ont seulement voulu écrire leur histoire, et non celle des autres nations. 11 suffit donc que nous trouvions dans le Vieux Testament que des hommes incirconcis, des gentils, ont prophétisé, tels que Noah, Chanoch, Abimélech, Bilham, etc., et que des prophètes hébreux ont été envoyés par Dieu, non-seulement à ceux de leur nation, mais aussi à beaucoup de nations étrangères. Ainsi Éaséchiel a prophétisé à toutes les nations alors connues, Hobadias aux seuls Iduméens, et Jonas a été surtout le prophète des Ninivites. Ce n'est pas seulement des Juifs, mais aussi des autres nations qu'Isaïe déplore et prédit les calamités et célèbre le rétablissement. « C'est pourquoi, dit-il (chap. xvi, vers. 9)5 mes latines feront voir la douleur que me cause Jahzer. » Dans le chap. xij, le môme prophète prédit d'abord les calamités des Égyptiens, puis

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leur rétablissement (voyez les vers. 19, 20, 21, 25). Il leur fait connaître qne Dieu leur enverra un sauveur qui les délivrera et se révélera à eux, qu'ils l'honoreront par des sacrifices et des présents ; enfin il appelle cette nation le peuple oV Egypte béni de Dieu> toutes choses qui nous paraissent très-dignes d'être remarquées. Enfin Jérémie n'est pas seulement le prophète des Hébreux, mais de toutes les nations (chap. V, vers. 5), parce qu'il déplore et prédit les calamités des nations étrangères, et prédit aussi leur délivrance. Il s'exprime ainsi (chap. xlvïii, v vers. 31) sur lés Moabites : c C'est pourquoi f élèverai ma voix à cause de Moab, et tout Moab excitera mes clameurs, i etc. ; et : « Mon cœur frémit comme un tambour à cause de Moab+ » Puis il prédit le rétablissement des Moabites et celui des Égyptiens, des Ammonites et des Hélamites. Il est donc hors de doute que les autres nations ont eu comme les Juifs leurs prophètes qui ont prophétisé pour elles et pour les Juifs, quoique l'Écriture ne fasse mention que d'un seul, Bilham, à qui fut révélé l'avenir des Juifs et des autres nations. H ne faudrait pas croire que Bilham n'eût prophétisé qu'en cette occasion que l'Écriture a marquée ; car il résulte du récit même de l'Écriture qu'il s'était distingué bien avant cette époque par le don de prophétie et autres qualités extraordinaires. Quand, en effet, Balak le fit venir, il lui dit (Nombres, chap. xxn, vers. 6) : « Je sais que celui que tu bénis est béni, et que celui que tu maudis est maudit, » Bilham avait donc cette même vertu dont parle la Genèse, et que Dieu avait donnée à Abraham (chap. xii, vers. 3). Il répondit, suivant l'usage des prophètes, aux envoyés de Balak, de rester auprès de lui jusqu'à ce que Dieu lui eût révélé sa volonté. Quand il prophétisait, c'est-à-dire' quand il interprétait la volonté de Dieu, voici ce qull disait ordinairement de lui-même : « La voix de celui qui entend la parole de Dieu, qui connaît la science (c'est-à-dire l'intelligence ou prescience) du Très-Haut, qui voit face à face le Tout-Puissant, qui tombe à terre% mais qui a les

yeux ouverts. » Après avoir béni les Hébreux selon sa coutume, par Tordre de Dieu, il commence de prophétiser aux autres nations et de prédire leur avenir. Ce qui prouve bien que Bilham a été prophète toute sa vie, ou du moins qu'il a très-souvent prophétisé; et il faut remarquer aussi qu'il possédait ces qualités morales où était la source de la certitude qu'avaient les prophètes de la vérité de leurs prédictions, je veux dire une âme uniquement portée à l'équité et au bien; car il ne bénissait pas et ne maudissait pas selon son caprice, comme Balak se l'imaginait, mais selon les ordres de Dieu. Aussi il répond à Balak. en ces termes : « Balak me donnerait assez d'argent et d'or pour remplir son palais, que je ne pourrais transgresser le commandement de Dieu et produire à mon gré du bien ou du mal. Ce que Dieu dira, je le dirai. » Que si Dieu s'irrita contre Bilham pendant son voyage, la même chose arriva à Moïse en allant en Egypte par ordre de Dieu (Exode, chap. iv, vers. 24); s'il prophétisait pour de l'argent, Shamuel en prenait aussi (Shamuel, liv. I, chap. ix, vers. 2, 8) ; enfin s'il eut quelques faiblesses (voyez sur ce point Épîtres de Pierre, épit. II, chap. il, vers. 15 et 16; et Jude, vers. 11), on peut lui appliquer ces paroles de l'Écriture (Ecclés., chap. vu, vers. 20) : « // n'est point d nomme si juste qu'il agisse toujours bien et ne pèche jamais. » Et certes il faut croire que ses discours avaient auprès de Dieu une grande autorité et que sa puissance de malédiction fut très-forte, puisque l'Écriture dit si souvent, en témoignage de la miséricorde de Dieu à l'égard des Israélites, que Dieu refusa d'écouter Bilham et changea sa malédiction en bénédiction (voy. Deutèron., ch. xxm, vers. 6; Jos., chap, xxiv, vers. 10; Néh., chap. xm, vers. 2). D'où il suit que Bilham devait être très-agréable à Dieu, Dieu n'étant nullement touché des discours et des malédictions dps impies. Ainsi donc, puisque Bilham a été un vrai prophète et que Josué l'appelle néanmoins (chap. xra, vers. 20) un devin, un augure, il faut bien que ce nom se

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prit en bonne part et que les hommes qu'on nommait chez les gentils devins on augures aient été de Trais prophètes, ceux que l'Écriture accuse et condamne ayant été de faux devins qui trompaient les gentils, exactement comme les faux prophètes trompaient les Juifs. C'est ce qui résulte d'ailleurs de plusieurs passages de l'Écriture. Nous sommes donc finalement amenés à cette conclusion, que le don de la prophétie n'était pas propre aux Juifs, mais commun à toutes les nations.

Les pharisiens soutiennent au contraire avec force que ce don de prophétie fut exclusivement réservé à leur nation ; et ils expliquent la connaissance de l'avenir qu'ont ene les autres nations par je ne sais quelle vertu diabolique (que n'invente pas l'esprit de superstition !). Leur principale prenve, tirée du Vieux Testament, c'est ce passage de Y Exode (chap. xxxni, vers. 16) où Moïse dit à Dieu : « Comment connaîtra-t-on que votre peuple et moi nous avons trouvé grâce devant vos yeux? Ne sera-ce pas quand vous marcherez avec nous, et que nous serons séparés, votre peuple et moi, de tous les autres peuples qui couvrent la surface de la terre? » C'est de là qu'ils veulent conclure que Moïse demanda à Dieu d'être présent à son peuple, de se manifester à lui par des révélations prophétiques, et de ne faire cette grâce à aucune autre nation. Mais ne serait-il pas étrange que Moïse eût envié aux nations la présence de Dieu et qu'il eût osé adresser à Dieu une semblable prière ? Voici l'explication véritable : Moïse, voyant l'opiniâtreté de son peuple et l'esprit de révolte qui l'animait, jugea que son entreprise ne réussirait pas sans de très-grands miracles et des marques particulières du secours externe de Dieu, et même que les Juifs, privés d'un tel secours, ne pouvaient échapper aune perte certaine. Il implora doncle secours de Dieu afin que les Juifs ne pussent pas douter que c'est à Dieu qu'ils devaientlenr conservation. < Seigneur, dit-il (chap. xxxiv, vers. 9), si foi trouvé grâce devant vos yeux, que le Seigneur morcto

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ou milieu de nous; un esprit d'aveugle obstination mime «e peuple, » etc« L'aveugle obstination des Juife fut doue là raistfn qui le détermina à invoquer le secours externe de Dieu; et c'est ce qu'on voit plus clairement encore dans le passage suivant; Dieu répond (vers. 20) : « Voici que je forme avec vous une alliance, et /accomplirai devant votre peuple des merveille* qui n ont jamais été faites sur toute la terre ni parmi toutes les nations. » Il ne s'agit donc pour Moïse, ainsi que je l'ai déjà expliqué, que de la seule élection des Juifs, et il ne demande pas autre chose à Dieu. Gependaut je trouve dans l'épltre de Paul aux Romains un autre texte qui fait sur moi quelque impression; car Paul (chap. ni, vers* 2) y semble exprimer une doctrine opposée à la mienne :• c Quelle est, dit-il, la supériorité du Juifî quelle est V utilité de la circoncision? elles sont grandes de toute* façons? et avant tout en ee que les paroles de Lieu leur ont été commises. » Mais si nous examinons de près le dessein de Paul en ee passage, nous n'y trouverons rien de contraire à notre doctrine ; tout au contrairey il y a parfait accord, puisqu'il dit au même cliap. (vers. 29) que Dieu est le Dieu des Juifs et des gentils ; et au chap. n, vers, 25, 26, il s'exprime ainsi : « Si le circoncis transgresse la loi, la circoncision deviendra prépuce ; et si V incirconcis garde les préceptes de la loi, son prépuce deviendra circoncision. » Plus bas (chap, iv, vers* 9) il dit que tous les hommes, les gentils comme les Juifs, sont dans le péché, et il n'y a pas de péché là Où il n'y a pas un commandement et une loi* La conséquence évidente de ce passage, c'est 'donc que la loi a été révélée à tous les hommes sans exception (comme nous l'avons prouvé déjà par le chap. xxvm de Job, vers, 28), et qu'ils ont tous vécu sous son empire; je parle de cette loi qui se rapporte uniquement à la pratique de la vertu, et mm de celle qui est établie pour le maintien de chaque em* pire et appropriée au génie de chaque nation. Voici doue la conclusion où Paul veut aboutir : c'est que Dieu étant le JDttai de toute» les nations, c'est-à-dire égalemeat fMK>»

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piee à tous les hommes, et tous tes hommes ayant éga* lemetit reçu la loi et également péché, Dieu a envoyé son Christ pour tous les hommes, afin de les délivrer tous de la servitude de la loi, et de leur faire pratiquer le bien désormais, non par Tordre de la loi, mais par une résolution inébranlable de leur 4me»

La doctrine de Paul s'accorde donc ici, à merveille avec la ndtre ; et lorsqu'il dit que les Juifs seuls ont eu le dépôt des paroles de Dieu, Ou bien il faut entendre que ces parties de Dieu n'avaient été écrites que chez les Juifs, les autres nations ne les ayant connues que m en» talemeht et par une révélation tout intérieure ; ou bien que Paul, qui n'a d'autre objet en cette rencontre que de repousser les objections des Juifs, se meta leur portée et s'accommode aux épurions du temps : fidèle à l'habitude qu'il avait prise, en parlant des choses qu'il avait vues et entendues, d'être Gtec avee le* Grec* et Juif avec les Jaifsv

H ne nous reste pins qu'à répondre à quelque* autres raisons que donnent les pharisiens pour se persuader à eux-mêmes que l'élection des Juifs n'a pas été tempo* raire et relative à l'établissement de leur empire, mais éternelle. Nous voyons les Juifs, disenHls, dispersés depuis la ruine de leur empire en mille endroits divers, et pendant tant de siècles rejetés des autres nations, aé maintenir et durer encore, ce qui n'est jamais arrivé à aucun peuple ; et de plus, l'Écriture sainte nous apprend en plusieurs endroits que Dieu a fait du peuple juif sott peuple élu pour toute l'éternité, d'où il résulte que mat gré la destruction de son empire il reste le peuple dé Dieu. Voici les passages qui témoignent le plus claire* ment, à leur sens, de cette élection éternelle: 1° Jérémie (chap. i, vers, 36) déclare que la race d'Israël reste» éternellement le peuple de Dkw, et il cottpam cette éleo* tion divine à l'ordre des rieuxet de toute la oatore; â*fiz6* chiei (chap. x*, vers, 32) semble assurer qu'ato» mène que tes Mb renonceraient m «ulto du Sel^efctiTO^tfe

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laissera pas de les tirer de tontes les régions où ils seront dispersés pour les conduire au désert des peuples, comme il conduisit leurs pères au* déserts d'Egypte; 'et que, ensuite, après les avoir séparés des rebelles et des faibles, il les fera monter sur la montagne de sa sainteté, où toute la maison d'Israël le servira. Outre ces deux passages, les pharisiens en produisent encore quelques autres du même genre ; mais je croirai avoir suffisamment répondu à tous si j'explique les deux que je viens de citer, ce qui ne sera pas fort difficile. Il est clair en effet, par l'Ecriture elle-même, que Dieu avait élu les Hébreux, non pour toujours, mais aux mêmes conditions qu'il avait fait auparavant les Chananéens, lesquels avaient aussi leurs pontifes, comme nous l'avons montré plus haut, et rendaient à Dieu un hommage religieux ; mais Dieu les rejeta dès qu'ils se furent plongés dans le luxe, les délices et l'idolâtrie. C'est pour cela que Moïse avertit son peuple de ne point se souiller d'incestes, comme avaient fait les Chananéens, de peur que la terre ne les vomît, comme elle avait vomi les nations qui habitaient jadis ces contrées. Dans un autre endroit il les menace dans les termes les plus exprès d'une ruine totale (Deutéron., chap. xvm, vers. 19, 20) : « Jevous p*oteste aujourd'hui que vous périrez comme les nations que Dieu fait périr devant vous. » On trouve ainsi dans la loi une foule de passages analogues qui marquent évidemment que l'élection des Hébreux n'avait rien d'absolu ni d'éternel. Si donc les prophètes leur ont prédit une alliance nouvelle et éternelle, alliance d'amour, de connaissance et de grâce, il est facile de se convaincre qu'elle ne regarde que les justes ; car nous avons vu dans le chapitre d'Ézéchiel cité plus haut que Dieu séparera d'avec les justes les faibles et les rebelles ; et Tséphonias dit formellement (chap. m, vers. 12 et 13) que Dieu détruira les superbes et sauvera les pauvres; et comme cette élection des pauvres est le prix de la vertu véritable, il n'y a aucune raison de croire qu'elle soit

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promise seulement aux justes d'entre les Juifs, à l'exclusion des autres justes. 11 faut croire au contraire que les prophètes des gentils (nous avons prouvé que toutes les nations ont eu des prophètes) l'ont également promise aux fidèles de leur pays et les ont consolés par cette espérance. Ainsi donc, puisque cette éternelle alliance de connaissance et d'amour est une alliance universelle, ainsi qu'il suit le plus évidemment du monde du chap.in de Tsépkonias (vers. 10 et il), il ne faut admettre aucune différence à cet égard entre les Juifs et les gentils, ni par conséquent aucune autre élection particulière du peuple hébreu. Que si les prophètes qui ont parlé de cette élection relative à la seule vertu y ont mêlé beaucoup de choses touchant les sacrifices et autres cérémonies, ainsi que sur le rétablissement du temple et de Jérusalem, c'est qu'ils ont parlé en prophètes (dont la coutume était d'envelopper les choses spirituelles sous ces figures), afin d'indiquer par là en même temps aux Juifs, dont ils étaient spécialement les prophètes, que leur temple devait être rebâti sous le règne de Cyrus et leur empire relevé. U ne faut donc point que les Juifs s'imaginent aujourd'hui avoir eu quelque avantage sur le reste des nations. Quant à leur longue dispersion, il n'est point surprenant qu'ils aient subsisté si longtemps depuis la ruine de leur empire, puisqu'ils se sont séquestrés des autres peuples et se sont attiré leur haine, non-seulement par des coutumes entièrement contraires, mais par le signe de la circoncision qu'ils observent très-religieusement. Or, que la haine des nations soit pour les Juifs un principe de conservation, c'est ce que nous avons vu par expérience. Un roi d'Espagne les ayant autrefois * contraints ou de quitter son royaume ou d'en embrasser la religion, il y en eut une infinité qui prirent ce dernier parti. Et comme en se faisant chrétiens ils devenaient capables de tous les privilèges des autres citoyens et dignes de tous les honneurs, ils se mêlèrent si étroitement aixx Espagnols qu'il ne reste plus d'eux aucune

c'est-à-dire de la Nature en tant qu'on la conçoit déterminée par la nature humaine, tout cela résulte, bien que nécessairement, de la puissance de l'homme : d'où il suit qn'onpeut dire, en un sens excellent, que l'établissement des lois de cette espèce dépend du bon plaisir des hommes. Elles dépendent en effet de leur puissance, à . ce point que la nature humaine, en tant qu'elle perçoit les choses comme vraies ou fausses, se peut comprendre très-clairement, abstraction faite de ces lois, tandis qu'elle est inintelligible sans ces autres lois nécessaires que nous avons définies plus haut. 2° Ma seconde raison, c'est que nous devons définir et expliquer les choses par leurs causes prochaines. Or, la considération du fatum en général et de l'enchaînement des causes ne peut nous servir de rien pour former et lier nos pensées touchant les choses particulières. J'ajoute que nous ignorons complètement la coordination véritable et le réel enchaînement des choses; et par conséquent il vaut mieux pour l'usage de la vie, et il est même indispensable de considérer les choses, non comme nécessaires, mais comme possibles. Je n'en dirai pas davantage sur la loi prise d'une manière absolue.

Mais comme ce mot de loi semble avoir été appliqué aux choses naturelles par extension, et qu'on n'entend communément par loi rien autre chose qu'un commandement que les hommes peuvent accomplir ou négliger, ^ parce qu'il se borne à retenir la puissance humaine en . des limites qu'elle peut franchir, et n'impose rien qui surpasse les forces de l'homme, il semble nécessaire de définir la loi dans un sens plus particulier : une règle de conduite que l'homme s'impose et impose à autrui pour une certaine fin. Toutefois, comme la véritable fin des lois n'est aperçue d'ordinaire que par un petit nombre, la plupart des hommes étant incapables de la comprendre et de régler leur vie suivant la raison, voici le parti qu'ont pris les législateurs afin d'obliger également tous les Sommes à l'obéissance: ils leur ont proposé une fin

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toute différente de celle qui résulte nécessairement de la nature des lois, promettant à ceux qui les observeraient les biens les plus chers au vulgaire, et menaçant ceux qui oseraient les violer des châtiments les plus redoutés ; et de telle sorte ils ont entrepris de maîtriser le vulgaire comme on fait un cheval à l'aide du frein. De là vient qu'où s'est accoutumé à appeler proprement loi une règle de conduite imposée par certains hommes à tous les autres, et à dire que ceux qui obéissent aux lois vivent sous leur empire et dans une sorte d'esclavage* Hais la vérité est que celui-là seul qui ne rend à chacun son droit que par crainte delà potence, obéit à une auto- S rite étrangère et sous la contrainte du mal qu'il redoute ; le nom de juste n'est pas fait pour lui. Au contraire, celui qui rend à chacun son droit parce qu'il connaît la véritable raison des lois et leur nécessité, celui-là agit d'une âme ferme, non par une volonté étrangère, mais par sa volonté propre, et il mérite véritablement le nom d'homme juste. C'est là sans doute ce que Paul a voulu nous apprendre quand il a dit que ceux qui vivaient sous la loi ne pouvaient être justifiés par la loi l. La justice en effet, selon la définition qu'on en donne communément» consiste dans une volonté ferme et durable de rendre à ehaenn ee qui lui est dû. C'est pourquoi Salomon a dit (Proverbes, chap. m, vers. 12) que l'exécution de la justice est la joie du juste et la terreur du méchant.

La loi n'étant donc antre chose qu'une règle de conduite que les hommes s'imposent à eux-mêmes ou imposent aux autres pour une certaine fin, il parait convenable de distinguer deux sortes de lois, l'humaine et la divine. J'entends par loi humaine une règle de conduite qui sert à la sûreté de la vie et ne regarde que l'État ; j'appelle loi divine celle qui n'a de rapport qu'au souverain bien, e'est-à-dire à la vraie connaissance et à l'amour ùe Dieu. Ce qui fait que je donne â cette dernière loi !,*

nom de divine, c'est la nature même du souverain bien, que je vais expliquer ici en peu de mots et le plus claire* ment qu'il me sera possible.

La meilleure partie de nous-mêmes, c'est l'entende* ment. Si donc nous voulons chercher ce qui nous est véritablement utile, nous devons nous efforcer de donner à notre entendement toute la perfection possible, puisque notre souverain bien consiste en cette perfection même. Or, comme toute la connaissance humaine et toute certitude parfaite dépendent exclusivement de la connais*sance de Dieu, soit parce que sans Dieu rien ne peut exister ni être conçu ', soit parce qu'on peut douter de toutes choses tant qu'on n'a pas une idée claire et distincte de Dieu % il s'ensuit clairement que c'est à la connaissance de Dieu, et à elle seule, qvte notre souverain bien et toute perfection sont attachés. De plus, rien ne pouvant être ni être conçu sans Dieu, il est certain que tout ce qui est d&ns la nature, considéré dans son essence et dans sa perfection, enveloppe et exprime le concept de Pieu; d'où il résulte qu'à mesure que nous connaisson-- davantage les choses naturelles8, nous acquérons d< Dieu une connaissance plus gratide et plus parfaite; en d'autre termes (puisque connaître l'effet par sa cause, ce n'est autre chose que connaître une des propriétés de cette cause), à mesure que nous connaissons davantage les choses naturelles, nous connaissons d'une façon plus parfaite l'essence de Dieu, laquelle est cause de tout le reste. Et, par conséquent, toute la connaissance humaine, c'est-à-dire le souverain bien de l'homme, non-seulement dépend de la connaissance de Dieu, mais y est contenu tout entier. Cette conséquence, du reste, peut aussi être déduite d'un autre principe, savoir : que la perfection de l'homme croit en raison de la nature et de la perfec-

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