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traiter le second point de ce chapitre, et faire voir sous quel rapport il est nécessaire de croire aux récits historiques contenus dans l'Écritur^. Or, pour éclaircir cette matière par la lumière naturelle, je crois qu'il faut procéder comme il suit.
Quiconque aspire à persuader les hommes et prétend leur faire embrasser une doctrine qui n'est pas évidente d'elle-même est tenu de s'appuyer* sur une autorité incontestée, comme l'expérience ou la raison ; il doit invoquer le témoignage des faits que les hommes ont constatés par les sens, ou bien partir de principes intellectuels, d'axiomes immédiatement évidents. Mais il faut observer, quand on se sert de preuves fondées sur l'expérience, que si elles ne sont point accompagnées d'une intelligence claire et distincte des faits, on pourra bien alors convaincre les esprits , mais il sera impossible, surtout en matière de choses spirituelles et qui ne tombent pas sous les sens, de porter dans l'entendement cette lumière parfaite qui entoure les axiomes, lumière qui dissipe tous les nuages, parce qu'elle a sa source dans la force même de l'entendement et dans l'ordre de ses perceptions. D'un autre côté, comme il faut le plus souvent, pour déduire les choses des seules notions intellectuelles, un long enchaînement de perceptions, et en outre une prudence, une pénétration d'esprit et une sagesse fort rares, les hommes aiment mieux s'instruire par l'expérience que déduire toutes leurs per-( ceptions, en les enchaînant l'une à l'autre, d'un petit nombre de principes. Que résulte-t-ii de là? c'est que quiconque veut persuader une doctrine aux hommes et la faire comprendre , je ne dis pas du genre humain, mais d'une nation entière , doit l'établir par la seule expérience, et mettre ses raisons et ses définitions à la portée du peuple, qui fait la plus grande partie de l'espèce humaine ; autrement, s'il s'attache à enchaîner ses raisonnements et à disposer ses définitions dans l'ordre le plus convenable à la liaison rigoureuse des idées, il
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n'écrit plus que pour les doctes, et ne peut plus être compris que d'un nombre d'individus très-petit par rapport à la masse ignorante de l'humanité.
On conçoit maintenant que l'Écriture sainte ayant été révélée pour la nation juive et même pour tout le genre humain, les vérités qu'elle contient aient dû être mises à la portée du vulgaire et fondées sur la seule expérience. Je m'explique. En fait de vérités spéculatives, l'enseignement de l'Ecriture se réduit à celles-ci : qu'il existe un Dieu, c'est-à-dire un Être qui a fait- toutes choses et qui les dirige et les maintient avec une extrême sagesse ; que ce Dieu prend grand soin des hommes, je veux dire de ceux qui vivent dans la piété et l'honnêteté, et qu'il accable les autres de supplices et les sépare d'avec les bons. Toutes ces vérités, l'Écriture les prouve par l'expérience, c'est-à-dire par une suite de récits ; elle ne fait pas de définitions ; elle proportionne ses paroles et ses preuves à l'intelligence du peuple ; et bien que l'expérience soit incapable de nous donner aucune connaissance claire des vérités qu'enseignent les saintes Écritures et 4e nous faire comprendre ce que c'est que Dieu, pourquoi il maintient et dirige toutes choses, pourquoi enfin il prend soin de l'humanité, elle a pourtant la force d'instruire et d'éclairer les hommes autant qu'il est nécessaire pour plier lés âmes à l'obéissance et à la dévotion.
Les principes que je viens de poser expliquent assez, ce me semble, sous quel rapport et à quelle sorte de personnes la croyance aux récite historiques de l'Écriture est nécessaire. On voit en effet que le peuple, dont le génie grossier est incapable de percevoir les choses d'une façon claire et distincte, ne peut absolument se passer de cçg récite. Une autre conséquence à laquelle nous sommes conduits, c'est que celui qui nie les récits de l'Écriture parce qu'il ne croit pas en Dieu ni en sa providence est un impie ; mais pour celui qui sans connaître ces récite M Laisse pas de savoir par J& tamtèrtml\tfç&fe
qu'il existe un Dieu, et d'être éclairé sur les autres vérités que nous rappelions tout à l'heure, s'il mène d'ailleurs une vie réglée parla raison, je dis qu'il est parfaitement heureux; et j'ajoute même qu'il estplusheureux que le vulgaire, puisqu'il possède non-seulement une croyance vraie, mais une conception claire et distincte de cette croyance. Il résulte enfin de nos principes qu'un homme qui ne connaît pas l'Écriture et n'est pas non plus éclairé sur les grands objets de la foi par la lumière naturelle, un tel homme est, je ne dis pas un impie, un esprit rebelle, mais quelque chose qui n'a rien d'humain, presque une brute, un être abandonné de Dieu.
Au surplus, qu'on le remarque bien, en disant que la connaissance des récits de l'Écriture est nécessaire au peuple, nous n'entendons pas parler de toutes les histoires qui sont contenues dans les livres saints, mais seulement des principales ; je veux dire de celles qui peuvent, sans le secours des autres, mettre en pleme lumière les vérités de la foi et ébranler fortement l'àme des hommes. Car si tous les récits de l'Écriture étaient nécessaires pour établir la doctrine qu'elle enseigne, et s'il fallait les embrasser tous à la fois pour en déduire une conclusion pratique, la connaissance de la religion surpasserait alors, je ne dis pas l'esprit du peuple, mais l'esprit humain, puisqu'il serait visiblement impossible de se rendre attentif à un si grand nombre de récits historiques, avec le cortège de leurs circonstances et des conséquences doctrinales qu'il faudrait en déduire. Pour moi j'ai peine à croire que ceux mêmes qui nous ont transmis l'Écriture telle que nous l'avons aient eu un génie assez puissant pour embrasser un si grand objet ; et je me persuade plus difficilement encore qu'on ne puisse entendre la doctrine de l'Ecriture sans connaître les troubles domestiques de la famille d'Isaac, les conseils d'Achitophel à Absalon, la guerre civile des enfants de Juda et de ceux d'Israël, et autres récits de ce genre ; car il faudrait croire alors que les premiers Juifs du
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temps de Moïse n'ont pu connaître la vérité sur Die avec autant de facilité que les contemporains d'Hesdras Mais tout ceci sera expliqué plus longuement dans 1 suite de cet ouvrage.
Le peuple n'est donc obligé de connaître que ceu:
d'entre les récits historiques de l'Écriture qui portent le
âmes avec plus de force à l'obéissance et à la dévotion
Or il n'est pas capable de faire lui-même ce discerne
ment, puisque ce qui le charme par-dessus tout, ce n'es
pas la doctrine morale contenue dans les récits, c'es
bien plutôt le récit lui-même, avec les circonstances sin
gnlières et imprévues qui s'y rencontrent. Voilà pour
quoi le peuple a besoin non-seulement de la connais
sance de l'Écriture, mais de pasteurs, de ministres d
l'Église, qui lui donnent un enseignement proportionn
à la faiblesse de son intelligence. Mais, pour ne poin
nous écarter de notre sujet, revenons à la conclusioi
que nous voulons établir, savoir : que la croyance au
récits historiques, quels que. soient ces récits, n'a rien .
voir avec la loi divine, et ne peut par elle-même con
duire les hommes à la béatitude; enfin, que cett
croyance n'a d'autre utilité que celle de la doctrine qui ;
est contenue, laquelle peut seule rendre certains récit
historiques préférables à d'autres récits. C'est sous c<
point de vue que les récits de l'Ancien et du Nouveai
Testament sont supérieurs à ceux de l'histoire profane
et se distinguent entre eux par des degrés divers d'ex
cellence, suivant qu'on en peut tirer des croyances plu
on moins salutaires. Si donc quelqu'un se met à lin
l'Écriture et ajoute foi à tous ses récits sans faire atten
tion à la doctrine qui en découle et sans s'appliquer i
devenir meilleur, c'dst exactement comme s'il lisait l'Ai
corail, ou des poèmes dramatiques, ou du moins ce:
histoires ordinaires que tout le monde lit avec distrac
tion ; tandis qu'au contraire celui qui ne connaît l'Écri
tore en aucune façon, mais dont l'âme est pleine d<
croyances salutaires et la conduite réglée \>a.t Va. ton&w
celui-là, dis-je, est véritablement heureux, et 1 esprit du Christ est en lui. C'est là justement le contraire du sentiment des Juifs : ils prétendent que les croyances vraies et la vraie règle de conduite ne servent de rien à la béatitude, tant que les hommes ne sont éclairés que de la lumière naturelle et ne connaissent pas la loi révélée à Moïse; Voici les propres paroles de M aimonides, qui ose professer puvertement celte doctrine (Rois , chap. vin, loi M) : « Quiconque reçoit les sept commandements ' et les exécute avec zèle doit être compté parmi les pieux des nations et les héritiers du monde à venir ; à condition toutefois qu'il reçoive et pratique ces commandements, parce que Dteu les a donnés dans sa loi et nous les a révélés par l'organe de Moïse, après les avoir déjà prescrits aux fils de Noé; mais s'il ne pratique les commandements de Dieu que par l'inspiration de la raison, ce n'est plus un habitant du céleste royaume, ce nyest plus un des pieux ni vn des savants des nations. » A ces paroles de Maimonides, R. Joseph, fils de Shem Tob, dans son livre intitulé Kelod Elohim, c'est-àdire Gloire de Dieu, ajoute qu'Aristote (le premier des auteurs à ses yeux, et qui dans sa morale est arrivé à la perfection), Aristote lui-même , bien qu'il ait embrassé tout ce qui se rapporte à la méthode véritable et n'ait rien oublié d'essentiel, n'a pourtant pas pu faire son salut, parce qu'il n'a pas connu les principes qu'il enseigne comme des enseignements divins révélés par la voix des prophètes, mais comme des données de la raison. Mais j'espère bien que tout lecteur attentif reconnaîtra que ce sont là de pures imaginations, qui n'ont de fondement ni dans la raison ni dans l'Écriture ; de sorte qull suffît, pour réfuter de semblables doctrines, de les exposer. Je ne veux pas non plus discuter l'opinion de ceux qui prétendent que la lumière naturelle n'a rien de bon à nous
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apprendre touchant le salut. Ces personnes ne s'aecordant pas à elles-mêmes une droite raison, il est tout simple qu'elles ne donnent aucune raison de leurs sentiments; et si elles se targuent d'une connaissance supérieure à la raison, ce n'est là qu'une chimère parfaitement déraisonnable, comme le montre assez leur manière ordinaire de vivre. Mais il est inutile de m 'expliquer ici plus ouvertement. Je me bornerai à dire en terminant qu'on ,ne peut connaître personne que par ses œuvres. Celui donc qui est riche en fruits de cette espèoe, c'est-à-dire <jui possède la oharité, la joie, la paix, la patience, la douceur, la bonté, la foi, la mansuétude, la continence, je Bis de lui avec Paul (aux Galates, chap. v, vers. 22) que la loi de Dieu n'est pas écrite contre lui ; et soit que la seule raison l'instruise ou la seule Écriture, je dis aussi que e'est Dieu qui véritablement l'instruit et lui donne le parfait bonheur. Voilà tout ce que j'avais à exposer sur la loi divine.