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langues; à l'impératif et à l'infinitif, ils n'ont temps que le présent ; au subjonctif enfin » ils i point du tout. Or, bien qu'il soit aisé de répare faut de temps et de modes selon des règles cert rées des principes de la langue, et que Téléganc y trouve son compte , il n'en est pas moins vrai plus anciens écrivains ont négligé totalement ce: mettant sans distinction le futur pour le présenl le prétérit , et réciproquement le prétérit pour 1 se servant de l'indicatif pour l'impératif et poui jonctif ; donnant enfin naissance à une foule d'à logies.
Outre ces trois causes d'ambiguïté , j'en dois ci autres qui sont encore de plus grande conséqm première, c'est que l'hébreu n'a pas de voyelle! conde, c'est qu'il ne fournit aucun signe pour les phrases et prononcer les mots. Je sais bien remplacé tout cela dans la Bible par des points e cents; mais nous ne pouvons nous y fier, sach qu'ils ont été imaginés et introduits par des homr temps postérieur , dont l'autorité ne doit avoir valeur à nos yeux. Quant aux anciens Hébreuî parfaitement certain, par une foule de témoignag écrivaient sans points (je veux dire sans voyelles accents), de sorte que les interprètes venus plus ont ajoutés au texte suivant la manière dont ils daient : d'ox'i il suit qu'il n'y faut voir autre chose ç sentiments particuliers , et ne pas accorder à ce arbitraires plus d'autorité qu'à une explication ment dite. C'est faute de savoir toutes ces circo que plusieurs ne peuvent comprendre pourquoi de VÉ pitre aux Hébreux est parfaitement excusabl (au chap. xi, vers. 21) interprété le texte du cha vers. 31, delà Genèse tout autrement qu'il ne faud en suivant le texte ponctué. Je demande en effet si avait à s'adresser aux ponctuistes pour entendr ture. C'est bien plutôt ces ponctuistes eux-môn
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faut mettre en cause; et pour le prouver, et en même temps pour faire voir à chacun que cette divergence dans l'interprétation provient du défaut de voyelles , je vais exposer ici les deux sens qu'on a donnés à cet endroit de l'Écriture. Les ponctuistes ont entendu ainsi (par leur manière de ponctuer) : Et Israël se pencha sur, ou (en changeant hgain en aleph, lettre du même organe) vers lèchevetdeson lit. L'auteur de VÊpître a entendu , au contraire : Et Israël se pencha sur le haut de son bâton. Pourquoi cela? c'est qu'il a lu mate au lieu de mita, différence qui est tout entière dans les voyelles. -Or, maintenant, comme il ne s'agit dans le récit de la Genèse que de la vieillesse de Jacob, et non pas de sa maladie, dont il est parlé seulement au chapitre qui suit, il est vraisemblable que l'écrivain a voulu dire que Jacob se pencha sur le haut de son bâton, geste familier aux vieillards d'un âge très-avancé, etnon pas sur le chevet de son lit. Ajoutez que cette manière d'entendre le texte a encore un autre avantage , c'est qu'on n'est obligé de supposer aucune subalternation de lettres. Cet exemple peut donc servir, non-seulement à montrer l'accord de ce passage de VÊpître aux Bébreux avec le texte de la Genèse, mais à faire voir en même temps combien peu il faut se fier à la ponctuation et à l'accentuation actuelles de la Bible ; d'où il résulte qu'on doit les tenir pour suspectes, et revoir le texte tout de nouveau, si l'on veut interpréter sans préjugé les saintes Écritures.
Je reviens à mon sujet : il est aisé de reconnaître par la nature et la constitution de la langue hébraïque qu'aucune méthode n'est capable d'en éclaircir toutes les difficultés. Car il ne faut point espérer d'y réussir par la comparaison des passages, bien que ce soit le seul moyen de reconnaître le véritable sens de chacun d'eux , parmi une infinité de sens divers, que l'usage de la langue permet de leur donner. Mais d'abord ce n'est guère que par hasard qu'un passage peut servir à en éclaircir un autre , nul prophète n'ayant écrit dans le dessein d'expliquer
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ses propres paroles ou celles de ses devanciers. De plus, nous ne pouvons pas déduire la pensée d'un prophète, d'un apôtre , etc. , de celle d'un autre prophète ou d'un autre apôtre , si ce n'est dans les choses qui regardent la pratique de la vie; mais dès qu'il s'agit de choses spéculatives, ou de récits historiques et miraculeux, cela est absolument impossible. Et il me serait aisé de montrer ici par plusieurs exemples qu'il y a dans l'Écriture une foule de passages inexplicables; mais j'aime mieux ajourner présentement cette espèce de preuve, afin de terminer v ce qui me reste à dire sur les difficultés et les défauts qui se rencontrent dans la méthode que je propose ici pour interpréter l'Écriture. Cette méthode nous impose la nécessité de connaître l'histoire de la destinée de tous les livres de l'Écriture ; or cette histoire nous est le plus souvent inconnue; car, ou bien nous ne savons pas du tout quels ont été les auteurs de ces livres, ou, si l'on veut, les personnes qui les ont écrits, ou bien nous avons au moins des doutes sur ce point. De plus, ces ouvrages dont les auteurs nous sont inconnus, nous ignorons à quelle occasion et en quel temps ils ont été écrits. Mais ce n'est pas tout : nous ignorons encore quelles mains les ont recueillis , quels exemplaires ont fourni des leçons si diverses; nous ne savons pas enfin si d'autres exemplaires ne renfermaient pas d'autres leçons. Or nous avons fait voir ailleurs combien il serait important d'être instruit de toutes ces circonstances. Mais n'en ayant dit que peu de rfiots , c'est ici le moment d'en parler avec quelque étendue.
Supposons qu'on vienne à lire dans un ouvrage des choses incroyables, ou incompréhensibles, ou écrites en termes obscurs, que l'auteur en soit inconnu, et qu'on ignore en quel temps et à quelle occasion il les a écrites, il est clair qu'on chercherait en vain à s'assurer du véritable sens de ses paroles, puisqu'il serait impossible de savoir quelle a été, quelle a pu être l'intention qui les a dictées. Si, au contraire, l'on est parfaitement informé
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sortons ces points, on pent alors débarrasser son esprit de tout préjugé, et déterminer exactement ce qu'il faut et ce qu'il ne fant pas attribuer à l'auteur de cet ouvrage on à celui qui l'a inspiré ; on a une règle entre les mains pour interpréter son livre , et n'y rien supposer que ce qu'il contient effectivement et ce que comportent le temps et les circonstances où il a été composé. Tout cela ne sera certainement contesté de personne. C'est en effet la chose du monde la plus ordinaire de lire des récits du même Renre en divers ouvrages, et d'en juger tout diversement suivant l'opinion qu'on s'est formée des auteurs, le me souviens d'avoir lu autrefois quelque part qu'un certain personnage nommé Roland furieux traversait les régions de l'air sur un monstre ailé qu'il menait à son gré, massacrant un nombre infini d'hommes et de géants , et mille autres récits fantastiques tout à fait inconcevables pour la raison. Or, il y a dans Ovide une histoire toute pareille de Persée ; et dans les livres des Juges et des Mois, il est dit que Samson , seul et sans armes, tua des milliers d'homme», et qu'Élie fut enlevé au ciel sur un char enflammé et traîné par des coursiers de feu. Je dis donc Vie toutes ces histoires sont exactement semblables ; et néanmoins nous en portons des jugements très-divers ; car nous disons que l'auteur de Roland furieux a écrit pour se jouer, et qu'Ovide a eu des vues politiques ; mais le troisième historien nous expose des choses sacrées. D'où vient cette différence ? uniquement des opinions que nous nous sommes formées à l'avance touchant ces trois écrivains. Il est donc certain que , pour interpréter des ouvrages qui contiennent des choses obscures et incompréhensibles , il est particulièrement nécessaire d'en connaître .les auteurs. Et de même aussi , par des raisons toutes semblables, on conçoit qu'il ne serait pas possible de discerner, parmi tant de leçons diverses qui se rencontrent dans les histoires obscures, quelles sont les véritables, à moins de savoir en quels exemplaires ces leçons ont été trouvées, et s'il n'y a pas d'autres leçons
données par des hommes d'une plus grande a Une autre difficulté que rencontre notre méthot l'interprétation de certains livres de l'Écriture, c* nous ne les avons plus dans la même langue où été écrits. C'est une opinion généralement reç Y Évangile selon, saint Matthieu et même VÉpl Hébreux ont été écrits en langue hébraïque; or '. primitif n'existe plus. De même on ne sait pas 1 quelle langue a été écrit le livre de Job. Aben He2 tient en ses commentaires qu'il a été traduit d'un langue en hébreu, et il en explique ainsi les obs< Je ne dis rien des livres apocryphes; car ils n'on beaucoup près la même autorité.
Voilà toutes les difficultés qu'on a à surmonter on veut interpréter l'Écriture en se fondant s histoire. Elles sont si grandes que j'ose affirme faut savoir ignorer le véritable sens d'une foule < sages des livres saints, si l'on ne veut se payer de conjectures. Toutefois il faut bien remarquer q difficultés ne se présentent que lorsqu'il s'agit di prophètes de choses incompréhensibles pour la i ou qui ne s'adressent qu'à l'imagination; car p< choses que l'entendement peut atteindre d'ur claire et distincte1, et qui sont concevables pai mêmes, on a beau en parler obscurément, nous les dons toujours sans beaucoup de peine, suivant verbe: A qui comprend, un mot suffit. Euclid exemple, qui n'a traité dans ses livres que d'obje . simples et parfaitement intelligibles, se fait comp < en toute sorte de langues par les moins habiles ; et point du tout nécessaire, pour pénétrer dans sa et être certain du véritable sens de ses paroles, c séder parfaitement la langue où il a écrit; il suf avoir une connaissance très-ordinaire et dont un serait capable. Ce n'est pas non plus une chose née
J . Voyez kl Noto de Spinoza, note 9.
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de connaître la vie de cet auteur, ses mœurs, ses préjugés, le temps et la langue où il a composé ses ouvrages, â qui il les a adressés, les diverses fortunes qu'ils onl subies, les diverses leçons qu'ils ont reçues, comment enfin et par qui leur autorité scientifique s'est établie. Or ce que nous disons d'Euclide se peut étendre à tous les auteurs qui ont traité de choses concevables par ellesmêmes. D'où je conclus qu'il n'est rien de plus aisé que de comprendre l'Écriture au moyen de son histoire, et djen établir le véritable sens en tout ce qui touche les vérités morales ; car les principes de la véritable piété, étant communs à tous, s'expriment dans les termes les plus familiers à tous, et il n'est rien de plus simple ni de plus facile à comprendre; d'ailleurs, en quoi consiste le salut et la vraie béatitude, sinon dans la paix de l'àme? Or l'âme ne trouve la paix que dans la claire intelligence des choses. Il suit donc de là de la façon la plus évidente que nous pouvons atteindre avec certitude le sens de l'Écriture sainte en tout ce qui touche à la béatitude et au salut. Et s'il en est ainsi, pourquoi nous mettre en peine du reste ? Comme il faut beaucoup d'intelligence et un grand effort de raison pour pénétrer jusqu'à ces matières, c'est un signe assuré qu'elles sont plus faites pour satisfaire la curiosité que pour procurer une- utilité véritable.
J'ai exposé, dans ce qui précède, la vraie méthode pour interpréter l'Écriture, et il me semble que ma pensée doit paraître suffisamment éclaircie. Aussi je ne doute pas que chacun ne s'aperçoive que cette méthode ne demande aucune autre lumière que celle de la raison naturelle, dont la fonction et la puissance consistent surtout, comme on sait, à conduire l'esprit par des conséquences légitimes de ce qui est connu ou donné comme tel à ce qui est obscur et inconnu. Or notre méthode ne requiert point d'autre procédé que celui-là, et si elle n'est pas capable, comme nous le reconnaissons nous-môme, de surmonter toutes les difficultés qui se 11. * 13
rencontrent dans l'interprétation des livres saints, ce n'est point à elle qu'il faut reprocher cette insuffisance; la difficulté tient à ce que les hommes n'ont pas toujours suivi la voie droite et légitime ; et cette voie, ainsi abandonnée de tous, est devenue avec le temps si difficile et si obstruée qu'il est presque impossible de s'y frayer un passage. C'est ce dont on peut s'assurer, je crois, en considérant la nature des difficultés qui ont été signalées tout k l'heure.
11 ne nous reste plus qu'à examiner les opinions de ceux qui combattent la nôtre. La première qui se présente consiste à prétendre que ^'interprétation de l'Écriture surpasse la portée de la raison naturelle, et qu'une lumière surnaturelle est absolument nécessaire pour comprendre les livres saints. Qu'entendent-ils par cette lumière surnaturelle ? c'est un point dont je leur laisse l'explication. Quant à moi, je n'y vois autre chose que cet aveu, déguisé il est vrai sous des termes obscurs, qu'ils ont les mêmes doutes que nous sur un grand nombre de passages de l'Écriture. Que l'on examine en effet d'un œil attentif les explications qu'ils nous donnent; bien loin d'y trouver un caractère surnaturel, on n'y verra que de simples conjectures. Et si on compare ces conjectures avec l'interprétation de ceux qui avouent ingénument qu'ils ne sont éclairés d'aucune lumière surnaturelle, on se convaincra que tout est parfaitement égal de part et d'autre, et qu'il n'y a des deux côtés rien autre chose que des explications humaines, trouvées avec effort après de longues méditations. Nos adversaires soutiennent, il est vrai, que la lumière naturelle est trop faible pour pénétrer jusqu'à l'Écriture sainte ; mais n'avons-nous pas déjà démontré que la difficulté d'entendre les livres saints ne provient pas de la faiblesse de la raison, mais de la paresse (pour ne pas dire de la malice) de ceux qui ont négligé de nous transmettre, quand la chose était possible et facile, une histoire fidèle de l'Écriture? De plus, la lumière surnaturelle dont on
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nous parle est, au sentiment de tout le monde, un don
divin qui n'est accordé qu'aux fidèles. Or ce n'est pas
aux seuls fidèles que les prophètes étaient habitués à
s'adresser, mais plus particulièrement aux infidèles et
aux méchants, qui à ce compte eussent été incapables
de comprendre les paroles des apôtres et des prophètes.
D semblerait donc que ces envoyés divins avaienl mis-:
sion de prêcher seulement aux enfants, et non pas à des'
hommes doués de raison. Je demande aussi à quoi il
aurait servi que Moïse établît des lois, si les fidèles seuls,
qui n'ont besoin d'aucune loi, eussent été capables de les
entendre. Il paraît donc bien certain que ceux qui, pour
entendre les prophètes et les apôtres, cherchent une
lumière surnaturelle ne sont pas suffisamment éclairés
delà naturelle; tant s'en faut qu'ils aient reçu des dons
supérieurs et divins.
Maimonidé a adopté des sentiments bien différents. Il a cru qu'il n*y a point de passage dans l'Écriture qui n'admette plusieurs sens divers et même contraires, et «ïu'ilest impossible d'être assuré du véritable, si l'on n'a la preuve quel'interpré!ation qu'on propose ne contient rienqui ne soit d'accord avec la raison. Car s'il se trouve Çue le sens littéral, quoique parfaitement clair en soi, choque la raison, il est d'avis qu'on le doit abandonner pour en chercher un autre ; c'est ce qu'il explique trèsexpressément au chap. xxv, part. 2, du livre More Nebuchim: « Sachez bien, dit-il, que si nous ne voulons pas admettre F éternité du monde, ce n'est point à cause des pasloges de V Écriture ou il est dit que le monde a été créé; car il y a fout autant de passages où Dieu nous est représenté comme corporel. Or, de même que nous avons expliqué ces endroits de l'Écriture de façon à éloigner de la nature de Dieu toute matérialité, nous aurions également trouvé moyen d'interpréter les passages sur la création dans un sens favorable à V éternité du monde ; et la chose même eût été pour nous plus facile et plus commode; mais ce qui nous a empêché cten user de la sorte et d'admettre que le monde est
éternel y ce sont les deux raisons que voici : 1° Il résulte dei plus claires démonstrations que Dieu n'est pas un être corporel et par conséquent il est nécessaire d'approprier à cette vérité tous les endroits de l'Écriture qui y sont littéralement cor* traires, puisqu'il est de toute certitude que l'interprétatif, littérale n'est pas véritable. Mais V éternité du monde n'e* établie par aucune démonstration; d'où il résulte qu'il n'y aucune nécessité de faire violence au texte de V Écriture po^A la mettre tfaccord avec une opinion tout au plus vrai&en blable, puisqu'il y a même quelque raison d'incliner v&* V opinion contraire. 2° Ma seconde raison c'est que le princil de rirfimatérialité de Dieu n'a rien de contraire à l'esprit « la loi, etc.; au lieu que l'éternité du monde, admise au s&* d'Aristote, détruit la loi par son fondement, etc. Tell« sont les propres paroles de Maimonide, et il est aisé ^ s'assurer que nous avons fidèlement rapporté sa doctrin ^ car si cet auteur eût admis par la raison que le mon* est éternel, il n'eût pas hésité à presser et à violenter texte de l'Écriture pour en tirer la confirmation de * principe. 11 eût même été immédiatement convaincu, ^ dépit de l'Écriture et contre ses déclarations les pi"* claires, qu'elle enseigne expressément l'éternité c3 monde. Il suit de là que, dans l'opinion de Maimonid * on ne peut ôlre certain du véritable sens d'un passagj de l'Écriture, si clair qu'il soit d'ailleurs, tant qu'on e£ en doute sur la vérité de la doctrine qu'il exprime. C^ pendant que ce doute subsiste, on ignore encore si l< sens littéral de l'Écriture est d'accord ou non avec U Vaison, et par conséquent s'il est ou non le véritable. Certes si Maimonide disait vrai, j'avouerais franchement que pour interpréter l'histoire il faut une autre lumière que celle de la raison naturelle. Car n'y ayant presque rien dans la Bible qui se puisse déduire de principes rationnels, il est clair que la raison ne peut nous être d'aucune utilité en ces rencontres pour entendre les livres saints, et dès lors une lumière plus haute sérail absolument nécessaire. Une autre conséquence de l'opi-
nion de Maimonide, c'est que le vulgaire, qui ne sait ce que c'est qu'une démonstration ou n'a pas le temps de s'y appliquer, ne pourrait connaître l'Écriture sainte que sur l'autorité et le témoignage des philosophes ; et, à ce compte, il faudrait les supposer infaillibles. Voici donc une autorité fort nouvelle dans l'Église, une nouvelle espèce de prêtres et de pontifes ; et certes elle inspirerait au vulgaire moins de vénération que de mépris. On dira que notre méthode exige, elle aussi, une connaissance que le vulgaire ne peut acquérir, celle de l'hébreu ; mais cette objection ne nous atteint réellement pas. Car -la masse des Juifs et des gentils, à qui s'adressaient autrefois dans leurs prédications et dans leurs écrits les prophètes et les apôtres , entendait parfaitement leur langage, et partant pouvait entendre leur pensée , au lieu qu'elle était incapable de saisir la raison des choses qu'on lui enseignait, ce qui était pourtant, suivant Maimonide, une condition nécessaire pour les comprendre. Ce n'est donc pas une suite nécessaire de notre méthode d'obliger le peuple à se soumettre au témoignage des interprètes de l'Écriture, puisque nous citons un peuple qui entendait la langue des prophètes et des apôtres ; et nous pouvons mettre Maimonide au défi d'en indiquer un qui soit capable de comprendre la raison des choses. Quant au peuple d'aujourd'hui, nous avons déjà fait voir qu'il lui est facile d'entendre en chaque langue toutes les choses nécessaires au salut, sans avoir besoin d'en connaître la raison ; elles ont en effet un caractère si général et un rapport si étroit à la vie corn- f mune qu'elles se font concevoir par elles-mêmes et indépendamment du témoignage des interprètes. Il en est tout autrement, je l'avoue, des passages des livres saints qui ne regardent pas le salut; mais ici le peuple et les doctes partagent la même fortune.
Je reviens au sentiment de Maimonide, aûn de l'examiner de plus près. Il suppose, en premier lieu, que les prophètes sont d'accord entre eux sur toutes choses, ot-
que ce sont même de grands philosophes et de g théologiens, puisque leurs opinions, suivant lui , soi jours fondées sur la vérité des choses; or, nous prouvé le contraire au chapitre n. Il suppose , en a lieu , que l'Écriture ne fournit point à qui veut 1 prêter les lumière? nécessaires, par la raison qu'< démontre rien, ne donne jamais de définitions, monte pas enfin aux premières causes, d'où il su ce n'est point en elle qu'il faut chercher la véri choses, et en conséquence que ce n'est point elle qi nous éclairer sur son propre sens. Mais cette se prétention est aussi fausse que la première , et nous également montré dans notre deuxième chapitre parla raison que par des exemples, que le sens de ture ne doit être cherché que dans l'Écriture elle-i lors même qu'elle ne parle que de choses accessihl lumière naturelle. Maimonide suppose enfin quï est permis d'interpréter l'Écriture selon nos préjug la torturer à notre gré, d'en rejeter le sens littéral, qi très-clair et très-explicite , pour y substituer un sens. Mais outre que cette licence est tout ce qu'il plus contraire aux principes que nous avons établi le chapitre déjà cité et dans les suivants, quinevoit< est excessive et téméraire au plus haut degré ? t dons-lui du reste cette extrême liberté ; de quoi li vira-t-elle? de rien assurément; car il sera toujou possible d'expliquer et d'interpréter par sa méthe passages obscurs et incompréhensibles qui compoi plus grande partie de l'Écriture , au lieu qu'il n'y au monde de plus facile, en suivant notre méthod d'éclaircir beaucoup de ces obscurités et d'abou; rement à d'exactes conséquences, ainsi que nous 1 déjà prouvé et par la raison et par le fait. Quai passages qui par eux-mêmes sont intelligibles, one naît assez le sens parla construction du discours. J dus de là que la méthode de Maimonide est absoli inutile. Ajoutez qu'elle ôte au peuple toute la cei
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ê çn'ilpeut tirer d'une lecture faite avec sincérité, et à tout ri* le monde la faculté d'entendre l'Écriture par une méthode ^ toute différente. Il faut donc absolument rejeter la méthodedeMaimonidecommeinutile,dangereuseet absurde. Si on nous propose maintenant la tradition des pharisiens ou l'autorité des pontifes de Rome , nous dirons que la première n'est pas d'accord avec elle-même ; et quant à la seconde , elle ne s'appuie pas sur des témoignages assez authentiques, et nous n'avons pas d'autre motif pour la rejeter. Car si l'Écriture nous montrait l'autorité .de ces pontifes aussi clairement qu'elle fait colle des pontifes de l'ancienne loi , peu nous importerait qu'il y ait eu des papes hérétiques et impies, puisqu'il s'en est également rencontré parmi les Hébreux qui ne valaient pas davantage, et qui se sont emparés du pontificat par des moyens illégitimes, ce qui ne les a pas empêchés d'exercer le pouvoir suprême d'interpréter la loi. On peut en voir la preuve dans Y Exode, chap. xvn, vers. 11 et 12; chap. xxxiii "vers. 10; et dans Malachie, chap. n, vers. 8. Or, comme nous ne rencontrons dans l'Écriture aucun témoignage semblable en faveur des pontifes romains, leur autorité deineure à nos yeux fort suspecte. On dira peut-être que la religion catholique n'a pas moins besoin d'un pontife que l'ancienne loi ; mais ce n'est là qu'une illusion; car il faut remarquer que la loi de Moïse étant pour les Hébreux le droit public de la patrie , elle ne pouvait subsister sans une autorité publique ; car s'il était pertnfe à chaque citoyen d'interpréter à son gré les droits des autres citoyens , il n'y a point d'État qui fût capable de se maintenir. Le droit public ne serait plus que le droit particulier, et l'ordre social s'écroulerait incontinent. Mais il en va tout autrement en matière de religion : car comme die consiste moins dans les œuvres extérieures que dans lar simplicité et la pureté de l'âme , elle n'a besoin d'être protégée par aucune autorité publique. Ce n'est point en effet l'empire des lois , ce n'est point la force publique, qui donnent aux cœurs cette droiture et cette
pureté; et personne ne peut être contraint par la forcer à suivre les voies de la béatitude. Des conseils frat— ternels et pieux, une bonne éducation , et avant toixt la libre possession de ses jugements , voilà les seuls moyens d'y conduire. Ainsi donc, puisque chacun a pleinement le droit de penser avec liberté, même en matière de religion, et qu'on ne peut concevoir que personne renonce à l'exercice de ce droit, il s'ensuit que chacun dispose d'une autorité souveraine et d'un droit absolu pour prendre parti sur les choses religieuses , et par conséquent pour les expliquer lui-même et en être l'interprète. Car de même que le droit d'interpréter les j lois et la décision souveraine des affaires publiques n'ap- j partiennent au magistrat que parce qu'elles sont du droit ^ public , de même chaque particulier a une autorité abso- 3 lue pour décider de la religion et pour l'expliquer, parce \ qu'elle est du droit particulier. Il s'en faut donc beaucoup 5 qu'on puisse inférer de l'autorité qu'exerçaient jadis les jj pontifes hébreux dans l'interprétation des lois du pays, j que le pontife romain ait le même droit pojir interpréter ^ la religion ; tout au contraire , on est mieux fondé àea i conclure que chacun a ce droit pour ce qui le concerne, et nous tirons de là une preuve nouvelle de l'excellence de notre méthode. Car puisque chacun a le droit d'interpréter l'Écriture, il en résulte que la seule règle dont il faille se servir, c'est la lumière naturelle commune à tous les hommes, et par suite que toute lumière surnaturelle, toute autorité étrangère, n'y sont nullement nécessaires. Il ne faut point en effet que l'interprétation des livres saints soit si difficile qu'elle ne puisse être pratiquée que par de très-subtils philosophes; il faut au contraire qu'elle soit proportionnée à la portée commune et à l'ordinaire capacité des esprits; or c'est là justement le caractère de notre méthode , puisque nous avons montré que ce n'est point à elle qu'il faut s'en prendre de toutes les difficultés qui se rencontrent dans l'explication des livres saints, mais à la négligence des hommes.
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