‹ Œuvres, tr (volume 2)Chapitre 8 sur 150 · L4 VIE DE SPINOZA. VII · texte numérisé non relu

L4 VIE DE SPINOZA. VII

Mi ayoir fait auparavant une sévère réprimande et l'avoir forte- ^ Mnent exhorté à se repentir et à se mettre en état d'obtenir le pardon de sa faute. A quoi n'ayant pas satisfait, on lui donnait encore trente jours ou un mois pour rentrer en lui-même.

Pendant ce temps-là il lui était défendu d'approcher personne plus près de huit ou dix pas, et personne n'osait non plus avoir aucun commerce avec lui, excepté ceux qui lui apportaient à boire et à manger; et celte interdiction était nommée l'excommunication mineure* M. Hofmau, dans son Lexicon, tome II, page 21 3, ajoute qu'il était défendu à un chacun de boire et manger avec un tel homme ou de se laver dans un môme bain ; qu'il pouvait cependant, s'il voulait, se trouver aux assemblées pour y écouter seulement et pour s'instruire. Mais si, pendant ce terme d'un mois, il lui naissait un fils, on lui refusait la circoncision ; et si cet enfant venait à mourir, il n'était pas permis de le pleurer ni d'en témoigner aucun deuil ; au contraire, pour marque d'une éternelle inlamie, ils couvraient d'un monceau de pierres le lieu où il était inhumé, ou bien ils y roulaient une seule pierre extrêmement grosse dont ce même lieu était couvert.

M. Goerée, dans son livre intitulé Antiquités judaïques, tome I, page 641, soutient que parmi les Hébreux personne n'a jamais été puni d'une interdiction ou excommuuication particulière, n'y ayant rien de semblable parmi eux qui fût en usage; mais presque tous les interprètes des saintes Écritures enseignent le contraire, 1 et on en trouvera peu, soit juifs ou chrétiens, qui approuvent son sentiment.

La seconde espèce d'interdiction ou excommunication était appelé Cherem. C'était un bannissement de la synagogue accompagné d'horribles malédictions, prises pour la plupart du ûeutérouome, chaptre 28, c'est là le sentiment du docteur ûilherr, qu'il explique au long au tome II, DUp. Re. et Philolog., page 319. Le savant Lightfoot, sur la première Épitreaux Corinthiens, 5, 5, au tome II de ses oeuvres, page 890, enseigne que cette interdiction ou bannissement était mise autrefois en usage lorsque, le terme de trente jours expiré, le coupable ne se présentait point pour reconnaître sa faute; et c'est là, selon son sentiment, la seconde branche de l'interdiction ou excommunication mineure. Les malédictions qui y étaient insérées étaient tirées de la loi de Moïse, et elles étaient prononcées solennellement contre le cow^aiAs eu v&*&b£&

Vni LA VIE DE SPINOZA.

des juifs, dans une de leurs assemblées publiques. On allumait alors des cierges ou chandelles, qui brûlaient pendant tout le temps que durait la lecture de la sentence d'excommunication; laquelle étant finie, le rabbin éteignait les cierges, pour marquer par là que ce malheureux homme était abandonné à son sens réprouvé et entièrement privé de la lumière divine. Après une pareille interdiction, il n'était pas permis au coupable de se trouver aux assemblées, même pour s'instruire et pour écouter. Cependant ou lui donnait encore un nouveau délai d'un mois, qui s'étendait ensuite jusqu'à deux et trois, dans l'espérance qu'il pourrait rentrer en lui-même et demauder pardon de ses fautes; mais lorsqu'il n'en voulait rien faire, on fulminait enfin la troisième et dernière excommunication.

C'est cette troisième sorte d'excommunication qu'ils appelaient Schammatha. C'était une interdiction ou bannissement de leurs assemblées ou synagogues, sans espérance d'y pouvoir jamais rentrer; c'était aussi ce qu'ils appelaient d'un nom particulier leur grand an a thème ou bannissement. Quand les rabbins le publiaient dans l'assemblée, ils avaient, dans les premiers temps, accoutumé de sonner du cornet, pour répandre ainsi une plus grande terreur dans l'esprit des assistants. Par cette excommunication, le criminel était privé de toute aide et assistance de la part des hommes, aussi bien que des secours de la grâce et de la ^ miséricorde de Dieu, abandonné à ses jugements les plus sévères, ] et livré pour jamais à une ruine et une condamnation inévitables,, 1 Plusieurs estiment que cette excommunication est la même que J «elle dont il est fait mention en YÉjdtre I aux Corinthiens, chapitre 16, verset 22, où l'apôtre la nomme Maranatha. Voici le passage:.«S'il y a quelqu'un qui n'aime pas le Seigneur Jésus, qu'il soit » anathème maharam motha ou maranatha; » c'est-à-dire qu'il soit ana thème ou excommunié à jamais; ou, suivant l'explication de quelques autres, le Seigneur vient, à savoir, pour juger cet excommunié et pour le punir. Les juifs avancent que le bienheureux Enoch est l'auteur de cette excommunication, et que c'est de lui qu'ils la tiennent, et qu'elle a passé jusqu'à eux par une tradition certaine et incontestable.

A l'égard des raisons pour lesquelles quelqu'un pouvait être excommunié, les docteurs juifs en rapportent deux principales, suivant Je témoignage de Lightfoot au lieu même que nous avons

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