Toyei les Notes marginales de Spinoza, note
t. On remarquera que le mot hébreu Raphaim signifie Damnes; mais on pe croire, d'après les Paralipomènes, eh. xx, que c'est aussi on nom propre. Je pen donc qu'en cet endroit il marque le nom d'une famule. {Noie de Spinosa.)
THÉ0L0GIC0-P0LITIQUE. 157
tainement une addition de l'auteur du livre, destiné à éclaircir ce passage de Moïse qui précède immédiatement : « Toi fhnné Vautre moitié de Gilliad et tout le pays de Basvi, qui était le royaume d'Og, à la moitié de la tribu de Mariasse, ainsi que la juridiction a^Argob sur tout Basan, qui s'appelle terre des Géants. Il est hors de doute que les Hébreux, au temps où ce passage a été écrit, connaissaient très-bien les bourgs de Jaïr, tribu de Juda ; mais ils ne comprenaient pas ces mots: a juridiction iïArgob terredes Géants, » et voilà ce qui force l'historien à expliqner quels sont ces pays et les noms antiques qu'ils ont portés, et à expliquer en même temps -pourquoi on les appelle présentement du nom de Jaïr, qui était de la tribu de Juda, et non de celle de Manassé (voyez Paralipomènes, chap. n, vers. 21 et 22).
Nous venons d'exposer les sentiments d'Aben-Hezra et de produire les passages du Peutateuque sur lesquels il fait reposer sa doctrine ; mais il s'en faut infiniment qu'il ait épuisé le sujet, et il n'a pas même cité les endroits les plus importants. C'est une lacune que nous allons remplir.
i° L'auteur des livres du Pentateuque, outre qu'il parle de Moïse à la troisième personne, rend sur son compte un grand nombre de témoignages comme ceux-ci : « Dieu a parlé à Moïse ; Dieu s'entretenait face à face avec Moïse; Mme était le plus humble des hommes (Nombres, chap. xn, vers. 3) ; Moïse fut saisi de colère contre les chefs ennemis (ibid. chap. xxxi, vers. 14) ; Moïse était un homme divin [Deutéronome, chap. xxxiii, vers. 1) ; Moïse, le serviteur de Dieu, est mort ; aucun prophète ne s'est rencontré en Israël fui fût semblable à Moïse, » etc. Au contraire, dans le Deutéronome, où est exposée la loi que Moïse avait donnée m peuple et mise par écrit, Moïse parle de soi-même et iconte ses actes à la première personne : « Dieu m'a Htrlé » {Deutéronome, chap. h, vers. 1, 17. etc.); € j'ai Hé Dieu, » etc. Ce n'est qu'à la fin du livre que l'auteur, près avoir rapporté les paroles de Moïse , recommence ii - "
alliance avec Dieu, il s'empressa d'écrire les lois que Dieu lui avait inspirées ; et dès le commencement du jour, après avoir accompli quelques cérémonies, il lut les conditions du pacte sacré devant tout le peuple réuni, qui dut sans doute les comprendre, puisqu'il donna son plein consentement. Il est donc bien établi par ces deux raisons, savoir, le peu de temps employé par Moïse pour écrire ses lois, et l'intention qu'il avait en les écrivant de les faire servir à une alliance entre son peuple et. Dieu, il est, dis-je, bien établi que le livre dont nous parlons ne contenait rien de plus que ce que nous avons marqué tout à l'heure. Enfin c'est une chose très-certaine que dans la quarantième année après la sortie d'Egypte, Moïse expliqua de nouveau toutes les lois qu'il avait établies (voyez Deutéron., chap. i, vers. 5) et fit contracter au peuple, pour la seconde fois, l'obligation d'y être fidèle (ibid.y chap. xxix, vers. 14); puis il écrivit un livre où étaient consignées avec l'explication de la Loi le renouvellement de l'alliance (Deutéron., chap. xxi, vers. 9), el ce livre fut appelé Livre de la Loi de Dieu. Plus tard, Josué y joignit le récit du nouvel engagement qu'il fi contracter au peuple hébreu et qui fut la troisiènn alliance des Juife avec Dieu [Josué, chap. xxiv, vers. 25 26). Or, comme nous ne possédons aucun livre qui con tienne le second pacte de Moïse, ni celui de Josué, i s'ensuit nécessairement que le Livre de la Loi de Dieu péri ; à moins qu'on ne veuille donner dans les folle conjectures du paraphraste chaldéen Jonatan, et torture avec lui les saintes Écritures. Ce commentateur témérair a très-bien vu la difficulté ; mais il a mieux aimé altère la Bible qu'avouer son ignorance. Ce passage du livre d Josué (voyez chap. xxiv, vers. 26) : « Et Josué écrivit a paroles lians le Livre de la Loi de Dieu, » voici comment les traduit en chaldéen : « Et Josué écrivit ces paroles, t les garda avec le Livre de la Loi de Dieu. » Que dire à de interprètes de cette sorte, qui ne voient dans le texte d l'Écriture que ce qu'il leur plaît d'y trouver? N'est-c
es
THÉOLOGICO-POLITIQUE. 461
point comme s'ils supprimaient la Bible pour en fabriquer une autre de leur façon ? Concluons donc, sans nous arrêter à de semblables conjectures, que le Livre delà Loi de Dieu, qu'il est certain que Moïse a écrit, n'est point le Pentateuque, mais un livre tout différent que l'auteur du Pentateuque a inséré plus tard dans son ouvrage. Et cette conséquence, que nous déduisons rigoureusement de ce qui précède, va être confirmée d'une manière éclatante par tout ce qui suit. Au passage déjà cité du Deutéronome, quand il est dit que Moïse écrivit le Livre & la Loi, l'historien ajoute que Moïse le déposa entre les mains des prêtres, avec l'ordre de le lire au peuple à des époques déterminées ; ce qui prouve bien que ce livre avait une étendue beaucoup moindre que le Pentateuque, puisqu'il pouvait être lu tout entier dans le temps d'une seule assemblée, et compris de tout le monde. Il ne faut point aussi perdre de vue cette circonstance, que de tous les livres écrits par Moïse, celui de la Loi de Dieu est le seul, avec le Cantique (composé un peu plus tard pour être également appris par toutlcpeuple), que Moïse ait ordonné de conserver religieusement. Par la première alliance, en effet, Moïse n'avait fait prendre d'engagement aux Hébreux que pour eux-mêmes ; mais par la seconde, les Hébreux engageaient aussi leurs descendants (Deutéron., ch^p. xxix, vers. 14, 15) ; et c'est pourquoi Moïse ordonna que le livre où était déposé ce pacte nouveau fût religieusement transmis aux enfants des Hébreux, avec le Cantique, qui aussi regarde principalement l'avenir. Ainsi donc, d'une part, il n'est pas prouvé que Moïse ait écrit d'autres livres que ceux dont on vient de parler; de l'autre, il est certain qu'il n'a ordonné de transmettre à la postérité que le petit Livre de la Loi de Dieu et le Cantique: or, comme on rencontre en outre dans le Pentateuque un grand nombre de passages qui n'ont pu être écrits par Moïse, il cuit fie toutes ces preuves combinées que personne n'est en droit de dire que Moïse soit l'auteur du Pentateuque,
et même que cette opinion est contraire à la raison.
Ici, on me demandera peut- être si Moïse n'écrivit pas ses lois au moment même où elles lui furent révélées, c'est-à-dire si, durant l'espace de quarante années, de toutes les institutions qu'il avait données au peuple, il n'écrivit rien de plus que ce petit nombre de commandements qui étaient contenus, comme nous l'avons dit plus haut, dans le livre de la première alliance. Voici ma réponse : alors même que j'accorderais qu'il paraît vraisemblable à la raison que Moïse écrivit ses lois au lieu même et au moment où elles lui furent inspirées, il n'0B résulte nullement que nous puissions affirmer qu'il les ait effectivement écrites de cette façon ; car H a été étabh précédemment qu'il ne faut rien affirmer touchant l'Écriture que ce qui est donné par l'Écriture elle-même, ou ce qui peut en être légitimement déduit; et quant à la pure raison, elle n'a rien à démêler dans ces matières. Mais ce n'est pas tout , la raison n'est point ici contre nous, puisque rien n'empêche de supposer que le sénat communiquait au peuple, par écrit, les édits de Moïse; et dès lors l'auteur du Pentateuque aura pu les recueillir et les insérer, chacun en leur rang, dansl'histoire delà vie de Moïse. Voilà ce que j'avais à dire sur les cinq premiers livres de la Bible; il est temps de m'occuper des autres.
Les mêmes raisons qui viennent d'être exposées contre l'authenticité du Pentateuque s'appliquent au livre de Josué. Il est clair, en effet, que ce ne peut être Josué qui dit de soi-même que sa renommée s'est étendue par toute la terre (voyez Josué, chap. vn, vers. 1), qu'il n'omil rien de ce que Moïse avait ordonné ( îôid. , chap. vin , der nier vers. ; chap. xi , vers. 15), qu'étant parvenu à un âge avancé, il assembla tout le peuple hébreu, enfin qu'il rendit le dernier soupir. En second lieu , on trouve dans ce livre le récit de divers événements qui se sont passés après la mort de Josué. Il y est dit, par exemple, que le peuple adora Dieu , après la mort de Josué , tant que vécurent les vieillards qui avaient vu Josué vivant. Au
THÉOLOGJCO-POLITJQUE. 163
chap. xvi, vers. 10, nous lisons qu'Ephraïm etManassé ne chassèrent point les Chananéens qui habitaient Gazer, mais que les Chananéens ont habité jusqu'à ce jour avec les enfants iÊphraïm, et en ont été tributaires. Or ce fait est certainement le même qu'on trouve au chap. i du livre des Juges. Ajoutez que les mots jusqu'à ce jour marquent évidemment que Thistorien parle d'un temps très-éloigné du sien, Je citerai encore un passage tout semblable , où il est question des fils de Jélmda (chap. xv, dernier verset) , ainsi que l'histoire de Raleb (ibid., vers. 14 et suiv.). Il paraît également que le fait de ces deux tribus , qui s'unirent à la moitié d'une autre tribu pour élever un autel au delâdu Jourdain (chap. xxn , vers. 10 et suiv.) , s'est passé après la mort de Josué, puisque dans toute la suite du récit il n'est pas dit un mot de lui , et qu'on y voit au contraire le peuple délibérer seul sur les affaires de la guerre, envoyer, de son propre chef, des ambassadeurs, attendre leur réponse et l'approuver. Enfin il résulte clairement du vers. 14 du chap. x que le livre qui porte le nom de Josué a été écrit plusieurs siècles après sa mort. Ce verset porte en effet que ni avant ni après ce jour, aucun outre jour ne s'est rencontré où Dieu ait obéi à la voix d'un homme, etc. Concluons de toutes ces preuves que, si Josué a écrit quelque livre , ce n'est pas le livre que nous avons sous son nom , mais plutôt celui qui est cité dans le cours do même récit, au chap. x, vers. 13.
Quant au livre des Juges, je ne crois pas qu'aucun homme de bon sens se puisse persuader qu'il ait été écrit par les juges eux-mêmes, l'épilogue qui termine Je récit (chap. xxi) montrant assez que l'ouvrage entier a été composé par un seul historien. On remarquera en outre que l'auteur des Juges avertit en plusieurs endroits qu'aux temps dont il fait l'histoire, il n'y avait pas de roi en Israël ; ce qui prouve que ce livre a été écrit à l'époque où les Hébreux eurent desTois à la tôte du gottvernement Je ne m'arrêtera} pas non plus bien longtemps sur les
livres qui portent le nom de Shamnel , puisque le rèc\t qui y est contenu se prolonge fort au delà de la vie de ce prophète. Je prie seulement qu'on fasse attention que ces livres sont postérieurs à Shamuel de plusieurs siècles. Nous trouvons en effet au livre I (chap. ix, vers. 6) ut^ie sorte de parenthèse, où l'historien nous avertit qu'aw^ -arefois, en Israël , ceux qui se disposaient à aller consuE Me? Dieu disaient : Allons , rendons-nous auprès du Voyœ w^tt; car on appelait alors Voyant celui qu'aujourd'hui on nonrn, me Prophète.
Il ne nous reste plus qu'à dire un mot des livres c3es Rois; car il résulte de ces livres eux-mêmes qu'ils ont été formés de différentes pièces, savoir les livres des faite de Salômon (voyez Rois, I, chap. xi, vers 5), les chroniques des rois de Juda (voyez ibid., chap. xiv, vers. 19-20J, et les chroniques des rois d'Israël.
Concluons donc que tous les livres dont nous venons de parler successivement sont apocryphes , et que les événements dont on y trouve le récit sont racontés comme s'étant passés à une époque très-ancienne. Si l'on considère maintenant la suite et l'objet de tous ces livres, on n'aura pas de peine à reconnaître qu'ils sont l'ouvrage d'un seul historien, qui s'est proposé d'écrire les antiquités juives depuis les temps les plus reculés jusqu'à la première dévastation de Jérusalem. Ces livres, en effet, sont si étroitement liés qu'il est visible, par cet unique point, qu'ils forment un seul et même récit, composé par un seul et même historien. Aussitôt que l'histoire de la vie de Moïse est terminée, on passe immédiatement à celle de la vie de Josué en ces termes : « Et il arriva, quand Moïse, le serviteur de Dieu, fut mort, que Dieu dit à Josué, » etc. Parvenu à la mort de Josué, l'historien se sert de la même transition pour commencer l'histoire des juges. « Et il arriva, quand Josué fut mort , que les enfants d'Israël demandèrent à Dieu, » etc. Le livre de Ruth est rattaché comme une sorte d'appendice à celui des Juges : Et il arriva, au temps que les juges jii-
geaient, qu'il y eut famine en ce pays. C'est de la même façon que le premier livre de Shamuel est joint à celui de Buthy et la même transition revient encore pour aller de ce premier livre au second,* où l'histoire de David n'est pas terminée; cette histoire se continue au premier livre des Rois, qui en amène le second livre , comme il avait été amené lui-même par les livres précédents. Enfin l'ordre même et l'enchaînement des récits historiques marquent aussi l'unité de plan et d'historien. On commence en effet par nous exposer la première origine de la nation hébraïque; puis on arrive, en suivant l'ordre des temps, aux lois de Moïse, aux circonstances où il les donna aux Juifs , aux prédictions qu'il y ajouta ; on raconte ensuite comment le peuple hébreu, ainsi que Moïse l'avait prédit, entra dans la terre promise (Deutéron., chap. vu), et abandonna les lois de Dieu [ibid., ch. xxxi, vers. 16) aussitôt qu'il y fut entré, d'où résultèrent pour toi une foule de maux (ibid., vers. 17) ; comment il voulut parla suite se donner des rois (Deùtéron., chap xvii, verset 44), dont le gouvernement fut malheureux ou prospère, suivant qu'ils s'écartèrent de la loi ou y furent fidèles (ibid.y chap. xxvni, vers. 36 et dernier verset), jusqu'à ce qu'enfin l'empire hébreu fut détruit , comme l'avait également prédit Moïse. Pour tous les autres faits qui n'ont point de rapport à l'observation de la loi, on les passe sous silence, ou bien on renvoie le lecteur à d'autres historiens. 11 est donc évident que tous ces livres conspirent à une seule fin , qui est de faire connaître les paroles et les commandements de Moïse , et d'en prouver l'excellence par le récit des événements. Nous arrivons donc , par trois ordres de preuves , savoir : l'unité d'objet de tous ces livres, leur étroite liaison, et leur caractère apocryphe, nous arrivons, dis-je, à cette conclusion qu'ils sont l'ouvrage d'un seul historien.
Quel est cet historien? je ne £uis plus répondre ici d'une manière certaine ; toutefois, je suis très-porté à croire que c'est Hezras; et voici quelques raisons d'un
166 traité
certain poids qui autorisent ma conjecture. Premièrement, puisque cet historien, que nous savons être unique, continue son récit jusqu'au temps de la liberté de Joachim, et qu'il ajoute ensuite que lui-même a pris place à la table du roi tout le temps qu'il a vécu (est-ce Joachim, ou le fils de Nébucadnesor? c'est ce que Tonne peut dire , le sens du passage étant fort équivoque(, il s'ensuit que ces livres n'ont pas été écrits avant Hezras. Or l'Écriture ne dit point qu'il y ait eu à cette époque aucun personnage, hormis Hezras (voyez ffezras, ch. vn, vers. 10), qui se soit appliqué à la recherche de la Loi divine et qui ait été un scribe diligent dans la loi de Moïse (voyez ibid., veçs. 6). Je ne vois donc qu'Hezras qui puisse être l'auteur de ces livres. De plus, nous savons , par le témoignage que l'Écriture porte de lai , qu'il s'était appliqué , non-seulement à rechercher la loi de Dieu, mais aussi à la mettre en ordre; aussi trouvonsnous ces paroles dans Néhémias (chap. vin, vers. 9) : Ih ont lu le Livre de la Loi de Dieu' expliqué, et s'y étant rendus attentifs , ils ont compris l'Ecriture. Or, comme nous savons que le Deutéronome contient , non-seulement le livre de la loi de Moïse (ou du moins la plus grande partie de ce livre), mais encore une foule d'insertions ajoutées pour l'explication plus complète des choses , je suis porté à croire que le Deutéronome est justement ce livre de la Loi de Dieu, écrit, disposé et expliqué par Hezras, qui fût lu par les Juifs dont parle Néhémias. Que si on me demande de prouver qu'il se rencontre dans le Dem» téronome des passages insérés pour l'éclaircissement du texte, je rappellerai que j'en ai cité deux de cette espèce, quand j'ai discuté plus haut les sentiments d'Aben- Hezra, et j'en pourrais ajouter ici un grand nombre d'autres : par exemple , nous lisons au chap. n vers. 12 : « Quant au pays de Séhir, les Horites Vont habité autrefois, mais les enfants cTHésaû les ont chassés et exterminés, et ils se sont établis dans cette contrée, comme a fait le peuple d'Israël dans la terre que Dieu lui a donnée pour héritage. »
THÊOLOGICO-PQLITIQUE. 167
Ce passage est destiné à éclaircir les versets 3 et 4 du môme chapitre, c'est-à dire à expliquer comment les en- ^ fants d'Hésaù , en occupant la montagne de Séhir, qui leur était échue en partage, ne la trouvèrent pas inhabitée, mais la conquirent sur les Horites, qui en étaient avant eux les possesseurs, à l'exemple des Israélites, qui après la mort de Moïse chassèrent et détruisirent le peuple chananéen. De même encore les vers. 6, 7, 8 et 9 du chap. x du Deutéronome sont une parenthèse ajoutée aux paroles de Moïse. Tout le monde reconnaîtra en effet que le vers. 8, qui commence par ces mots : En ce temps-là Dm sépara la tribu de Lévi> etc., doit être rapporté au*j verset 5, et non point à la mort d'Aharon , dont Hezras ne parle ici qu'à cause que Moïse, dans le récit de l'adoration du veau, avait dit (voyez chap. ix, vers. 20) qu'il avait prié pour Àharon. L'auteur du Deutéronome explique ensuite le choix que Dieu fît, au temps dont parle ici Moïse, de la tribu de Lévi , et cela pour montrer la cause de cette élection et faire voir pourquoi les Lévites n'eurent point de part à l'héritage de leurs frères ; puis il reprend le fil de son histoire et la suite des paroles de Moïse. Ajoutez à tout cela les preuves qu'on tire de la préface du livre , et de tous les passages où il est parlé de Moïse à la troisième personne ; pour ne rien dire d'une foule d'autres passages qu'il est impossible aujourd'hui de reconnaître, mais qui ont certainement été retouchés par le rédacteur du Deutéronome , ou môme ajoutés par lai dans l'intention de rendre plus claires, pour les hommes de son temps, les paroles de Moïse. Et certes si nous possédions aujourd'hui le livre même que Moïse a écrit/ je suis convaincu qu'en le comparant à l'Écriture , nous trouverions de grandes différences, non-seulement dans les mots, mais même dans l'ordre et dans l'esprit des préceptes. Quand, en effet, je compare seulement le Dé* calogue du Deutéronome avec celui de V Exode ( où l'histoire du Décalogue a proprement sa place), je trouve, qu'ils diffèrent de tout point : ainsi le quatrième pré-
cepte, non-seulement n'est pas donné de la même façon dans les deux livres, mais il est beaucoup plus développé dans le Deutéronome ; et la raison sur laquelle il repose en ce dernier livre est toute différente de celle que donne Y Exode. Enfin Tordre dans lequel est expliqué le dixième précepte du Décalogue du Deutéronome n'est pas le môme ordre que Y Exode a suivi. J'incline donc à penser que toutes ces différences et d'autres semblables sont l'ouvrage d'Hezras, qui les a introduites en voulant expliquer la loi de Dieu aux hommes de son temps ; et par conséquent, j'admets que le Deutéronome n'est autre chose que le Livre de la Loi de Dieu commenté et embelli par Hezras. Je crois aussi que le Deutéronome est le premier livre qu 'Hezras ait écrit, et ce qui me porte à cette conjecture, c'est que ce livre contient les lois de la patrie, c'est-à-dire ce dont le peuple a le plus besoin. J'ajoute que le Deutéronome ne fait point suite , comme les autres livres de l'Écriture, à un ouvrage précédent; il commence en effet en ces termes, dégagés de tout lien avec un discours antérieur : « Voici les paroles que Moïse, » etc. Après avoir terminé ce livre et enseigné au peuple l'antique loi, Hezras s'occupa, si je ne me trompe , de composer une histoire complète de la nation hébraïque, depuis le commencement du monde jusqu'à la destruction de Jérusalem, et il inséra dans cette histoire, au lieu convenable, le livre précédemment écrit du Deutéronome; et s'il attacha aux cinq premières parties de son histoire le nom de Moïse, c'est probablement parce que la vie de Moïse en fait la partie principale. Par la même raison, il donna an cinquième livre le nom de Josué , au septième , le nom de livre des Juges, au huitième, le nom de Ruth, auneu< vième et peut-être aussi au dixième, le nom de Shamuel; enfin au onzième et au douzième, le nom de livres des Rois. On me demandera maintenant si Hezras mit la dernière main à son œuvre, et l'acheva selon son désir, c'est ce qu'on verra au chapitre suivant.