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Lettre àJacobi, Voyez Jacohi'a Werke, tome IV, page

comme Jacobi Ta fort solidement remarqué •, sa méthode elle-même ; c'en est seulement Tenveloppe, et il y a vi une question tout autrement grave que celle de l'exposition et du style, c'est la question des véritables conditions de la science et de la portée même de l'esprit humain.

Spinoza veut que la science prenne son point d'appui dans l'objet le plus élevé de la pensée, et que, descendant ensuite par degrés des hauteurs de l'Être en soi et par soi, elle suive la chaîne des êtres et reproduise dans le mouvement et l'ordre de ses conceptions l'ordre vrai et le réel mouvement des choses. Si cette méthode est la véritable, il importe fort peu que Spinoza ait employé ou non la forme géoiùétrique. En connaît-on d'ailleurs quelqu'une qui soit mieux appropriée à une méthode essentiellement déductive, et qui paraisse plus capable d'en assurer la marche, d'en tempérer la hardiesse, d'en corriger les excès?

Si, au contraire, cette méthode n'est pas la véritable, il faut condamner alors, je l'avoue, la forme géométrique, mais avec elle et avant tout la méthode ambitieuse et téméraire qu'elle recouvre. Laissons donc de côté la forme géométrique des pensées de Spinoza, et rendonsnous compte de sa méthode.

Génie essentiellement réfléchi, élevé à l'école sévère de Descartes , Spinoza n'ignorait pas qu'il n'y a point en philosophie de problème antérieur à celui de la méthode. La nature et la portée de l'entendement humain, l'ordre légitime de ses opérations, la loi fondamentale qui les doit régler, tous ces grands objets avaient occupé ses

ft. JacobVs Werke, l.e.

premières méditations, et il ne cessa de s'en inquiéter pendant toute sa vie. Nous savons qu'avant d'écrire son Éthique^ ou, comme il l'appelle avec raison, m philosophie, il avait jeté les bases d'un traité complet sur la méthode*, ouvrage informe, mais plein de génie, plusieurs fois abandonné et repris sans jamais être achevé, où toutefois les vues générales de Spinoza sont suffisamment indiquées à des yeux attentifs par des traits d'une force et d'une hardiesse singulières.

Au commencement de cet ouvrage, Spinoza nous trace le tableau d'une âme à qui les biens périssables ne suffisent plus, et qui cherche, loin de la volupté, de la gloire, et de toutes les chimères dont la poursuite occupe et fatigue les âmes vulgaires, la sérénité durable et la paix.

« L'expérience, dit-il, m'ayant appris à reconnaître que tous les événements ordinaires de la vie commune sont choses vaines et futiles,.... j'ai pris enfin la résolution de rechercher s'il existe un bien véritable,.... un bien qui puisse remplir à lui seul l'âme tout entière, après qu'elle a rejeté tout le reste, en un mot, un bien qui donne à l'âme, quand elle le trouve et le possède, l'étemel et suprême bonheur*. »

Pourquoi de telles pensées au début d'un traité sur la méthode? c'est que Spinoza ne sépare point dans la science deux choses inséparables dans la réalité : la poursuite du vrai et celle du bien. A ses yeux, l'homme est essentiellement un être qui pense, et, pour prendre sa forte expression, une idée. Le bonheur d'un tel être

1. C'est le traité qui a pour Utiieî De to Réforme de l'EnUndement* Vojex notre tome IIl. v

î. Ibii., tome III, page 297.

ne peut se trouver que dans la pensée, et le plus haut degré de la connaissance humaine doit être le plus haut degré de Thumaine félicité. Le bonheur suprême n*est point un idéal fantastique, insaisissable à notre misère. Spinoza croit fermement que dès cette vie une âme philosophique y peut atteindre.

« La raison, écrit-il à Guillaume de Blyenbergh, la raison fait ma jouissance; et le but où j'aspire en cette vie, ce n'est point de la passer dans la douleur et les gémissements, mais dans la paix, la joie et la sérénité'. »

D'où viennent en effet les maux et les agitations de l'âme? « Elles tirent leur origine de l'amour excessif qui l'attache à des choses sujettes à mille variations et dont la possession durable est impossible. Personne, en effet, n'a d'inquiétude ni d'anxiété que pour l'objet qu'il aime , et les injures, les soupçons, les inimitiés n'ont pas d'autre source que cet amour qui nous enflamme pour des objets que nous ne pouvons réellement posséder avec plénitude ^

« Au contraire, l'amour qui a pour objet quelque chose d'éternel et d'infini nourrit notre âme d'une joie pure et sans aucun mélange de tristesse, et c'est vers ce bien si digne d'envie que doivent tendre tous nos efforts ^ »

Cet objet éternel et infini, l'âme ne peut l'aimer, si elle ne le peut connaître. Mais qu'il lui soit donné de le concevoir avec clarté, elle pourra dès lors le posséder avec plénitude, et la jouissance épurée de cette posses-

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