‹ Œuvres, tr (volume 3)Chapitre 19 sur 101 · Ibid.j F«iges · texte numérisé non relu

Ibid.j F«iges

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par conséquent le plus ride de tous * ; elle se ccmfoiiârait

a^ec ridée vague et confuse d*étre pur, unWersel, réalité et sans fond , pensée creuse et stérile, £int(h8te indécis, ouvrage des sens et de Timagination puisée*.

La Substance est indéterminée, en ce sens que tovte détermination est une limite et toute limite une négation'; mais elle est profondément et nécessair^nent déterminée, ta ce sens qu'elle est réelle et parfaite, et possède à ce titre des atMbuts nécessaires, tellenwBt unis à son essence qu'ils n'en peuvent être sépurét ft n'en sont pas même distingués en réalité; car Mes les attributs, vous ôtez l'essence de la Substance, vous dfei la Substance elle-même.

La Substance, l'Être infini, a donc nécessairement des attributs , et chacun de ces attributs exprime à sa manière l'essence de la Substance. Or, cette essence eotififinie, et il n'y a que des attributs infinis qui puissent exprimer une essenee infinie. Chaque attribut de la Substance est donc nécessairement infini. Mais de quelle infinité? d'une înBliité relative et non absolue. Si en effet un attribut de la Substance était absolument infinii S serait donc Tlnfini, il serait la Substance elle-même. Or fl n'est pas la Substance, mais une manifestation de la Substance, distincte de toute autre manifestation, part!-^ eulière et déterminée par conséquent, parfaite et infinie en elle-même, mais dans un genre particulier et détef-* miné d'mflnité et de perfection.

Ainsi, la Pensée est un attribut de la Substance; car

1. Ethique, part. î, Scbol. i de la Propos. 40* — Comp. Ibid», part. 4, Préambule.

2. Éthique j part. 2, Scbol. I delà Propos. 40. I. Lettre» j tome III, pages 416,417,418.

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elle est une manifestation de TÉtre. La Pensée est donc infinie. Mais la Pensée n'est pas FÉtendue, qui est a*f5ii une manifestation de TÊlre et par conséquent un autre attribut de la Substance. De même, TÉtendue n'est pas la Pensée. La Pensée et l'Étendue sont donc infinies, mais d'une infinité relative, parfaites, mais d'une per* fection déterminée; elles sont donc, pour ainsi parler, parfaites et infinies d'une perfection imparfaite et d'une infinité finie.

La Substance seule est l'Infini en soi, le Parfait en soi, r£tre plein et absolu. Or^il ne sufiit pas que chaque attribut de la Substance en exprime, par son infinité relative, l'absolue infinité; il faut, pour exprimer absolument une infinité vraiment abs^ue, non-seulement des attributs infinis, mais une infinité d'attributs infinis. Si un certain nombre, un nombre fini d'attributs infinis» exprimait complètement l'essence de la Substance, cette essence ne serait donc pas infinie et inépuisable; il y aurait en elle une limite, une négation, sinon dans cha« cune de ses manifestations prise en elle-même, au moins dans sa nature et dans son fond. Or, il y a contradiction que le fini trouve place dans ce qui est l'Infini môme , et que quelque chose de négatif puisse pénétrer dans ce qui est l'absolu positif, l'Être. Ce qui n'est infini que d'une manière déterminée n'exclut pas, mais au contraire implique quelque négation; mais l'Infini absolu implique au c(mtraire la négation de toute négation. Tout nombre, 8i prodigieux qu'on voudra, d'attributs infinis est donc infiniment éloigné de pouvoir exprimer l'essence infinie de la Substance, et U n*y a qu'une infinité d'attributs infinis qui soit capable de représenter d'une manière adéquate une nature qui n'est pas seulement infiniet

mais qui est Tlnfini même, VTrifini absolu, Tlnfini infiniment infini.

La Substance a donc nécessairement des attributs, une infinité d'attributs, et chacun de ces attributs est infini dans son genre. Or un attribut infini a nécessairement des modes. Que serait-ce en effet que la Pensée sans les idées qui en expriment et en développent Tessence? que serait-ce queTÉtendue sans les figures qui la déterminent, sans les mouvements qui la diversifient? La Pensée et FÉtendue ne sont point des universaux, des abstraits, des idées vagues et confuses ; ce sont des manifestations réelles de l'Être; et l'Être n'est point quelque chose de stérile et de mort, c'est l'activité, c'est la vie. De même donc qu'il faut des attributs pour exprimer l'essence de la Substance, il faut des modes pour exprimer l'essence des attributs; ôtez les modes de l'attribut, et l'attribut n'est plus, tout comme l'Être cesserait d'être, si les attributs qui expriment son être étaient supposés évanouis.

Les modes sont nécessairement finis ; car ils sont multiples. Or si chacun d'eux était infini, l'attribut dont ils expriment l'essence n'aurait plus un genre unique et déterminé d'infinité; il serait l'Infini en soi, et non tel ou tel infini ; il ne serait plus l'attribut de la Substance, mais la Substance elle-même. Le mode ne peut donc exprimer que d'une manière finie l'infinité relative de l'attribut, comme l'attribut ne peut exprimer que d'une manière relative, quoique infinie, l'absolue infinité de la Substance.

Mais l'attribut est néanmoins infini en lui-même, et l'infinité de son essence doit se faire reconnaître dans ses manifestations. Or, supposez qu'un attribut de la

lubstance n*eût qu'un certain nombre de modes, cet ttribut ne serait pas infini, puisqu'il pourrait être puisé; il y a contradiction, par exemple, qu'un certain ombre d'idées épuise l'essence infinie de la Pensée, u'une étendue infinie soit exprimée par une certaine randeur corpprelle, si prodigieuse qu'on la suppose.

La pensée infinie doit donc se développer par une infiité inépuisable d'idées, et l'étendue infinie ne peut être xprimée dans sa perfection et sa totalité que par une vaiété infinie de grandeurs, de figures et de mouvements.

Ainsi donc, du sein de la Substance s'écoulent nécesairement une infinité d'attributs, et du sein de chacun e ces attributs s'écoulent nécessairement une infinité de iodes. Les attributs ne sont pas séparés de la Substance, is modes ne le sont point des attributs. Le rapport de attribut à la Substance est le même que celui du mode l'attribut; tout s'enchaîne sans se confondre, tout se istingue sans se séparer. Une loi commune, une proortion constante, un lien nécessaire retiennent éterellement distincts et éternellement unis la Substance, Attribut et le Mode; et c'est là l'Être, la Réalité, Dieu.

Voilà l'idée-mère de la métaphysique de Spinoza. On e peut nier que ce vigoureux génie ne l'ait développée vcc puissance dans un riche et vaste système, mais il 'y est épuisé et n'a jamais dépassé l'horizon qu'elle lui raçait.

Ce qu'on doit surtout remarquer dans cette première esquisse du système, c'est l'effort de Spinoza pour n'y aisser pénétrer aucun élément empirique, aucune donlée de la conscience et des sens; tout y est, à ce qu'il ui semble, strictement rationnel, nécessaire, absolu.

Cette sévérité dans la déduction (à laquelle Spinoza n'a

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pas toujours été fidèle] lui était imposée parla métbdA qu'il avait choisie; elle consiste, comme on Ta Tu^àsê dégager des impressions passives et confuses des moB, des fausses clartésdani Vknagination nous abuse einons séduit, pour s'élever, par Factivité interne de la pensée^ à la région des idées claires, et pénétrer d'idée es idët jusqu'à ridée suprême, Tidée de TÊtre parfait. Pan^miu à ce sommet des intelligibles, le philosophe doity aatsk d'une main ferme les premiers anneaux de la chaîne d» êtres, et en parcourir successivement tous les aimesoi. inférieurs, saimjamaia lâcher prise, jusqu'à ce que Vofdre entier des choses soit clak à se» yeux.

L'expériaice n'a rien à faire ici*; elle ne poucssil que troubler de ses ténèbres la pureté de l'intuitiosi ii^ tcilectuelle et arrêter, par la force de ses impressions # ]» séduction de ses prestiges, le progrès de la déductiao métaphysique. Comme la dialectique platonicienne^ la méthode de Spinoza exclut toute donnée sensible; elto part des idées, poursuit avec les idées, et c'est encûfs par les idées qu'elle s^achève et s'accomplit \

Si Spinosa n'avait pas eu le dessein prémédité de se passer de l'expérience, si, pour ainsi parler, il ne s'était pas mis un bandeau devant les yeux pour n'y point re^ garder, aurait-il construit le système entier des êtres avec ces trois seuls éléments : la Substance, l'Attribut et le Mode? .

Certes, s'il est une réalité immédiatement observable pour l'homme, une réalité dont il ait le sentiment ésk»

i. Delà Béforme de l'EniMdemmt, tome III, pages 306, 307. 2. Comparez Spinoza, De la Béforme de l'Entendement, pages 308-3 if, et liitoii, Républiqw, lÎTre TI.

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gique et permanent, c'est la réalité du principe même qui le constitue, la réalité du moi. Cherchez la place du moi dans l'univers de Spinoza; elle n'y est pas, elle n'y peut pas être. Le moi est-il une Substance? non; car la Substance, c'est l'Être en soi, l'Être absolument infini. Le moi est-il un attribut de la Substance? pas davantage; car tout attribut est encore infini, bien que d'une infinité relative. Le moi est donc un mode; mais cela n'est pas soutenable; car le moi a une existence propre et distincte, et quoique parfaitement un et simple, il contient en soi une infinie variété d'opérations. Le moi serait donc tout au plus une collection de modes; mais une collection est une abstraction , une unité toute ma-* thématique, et le moi est une force réelle, une vivante unité. Le moi est donc banni sans retour de l'univers de Spinoza. C'est en vain que ia conscience y réclame sa place; une nécessité logique, inhérente à la nature du système, l'écarté et le chasse tour à tour de tous les degrés de l'existence.

Mais non-seulement Spinoza ne recule pas devant les diflScultés que le sens commun oppose à son système, fl semble quelquefois les provoquer lui-même et aller au-devant d'elles avec une sincérité et une hardiesse surprenantes.

Ainsi, c'est un point fondamental de sa théorie de la Substance , que nous n'en connaissons que deux attributs, savoir : la pensée et l'étendue. Il n'en démontre pas moins avec force que la Substance doit nécessaire^ ment renfermer une infinité d'attributs. C'est se préparer une énorme difficulté , et on ne supposera pas sans doute qu'un aussi subtil génie ne Tait point aperçue. En tout cas, elle n'avait point échappé à la sollicitude afiec-

tueuse et pénétrante de Louis Meyer, qui l'avait signalée à Spinoza, entre beaucoup d'autres également graves, dans le secret de T amitié ' .

Mais Spinoza n'était point homme à sacrifier une nécessité logique à un fait d'observation. C'eût été à ses yeux un dérèglement d'esprit, un renversement de l'ordre des idées et des choses. L'expérience donne ce qui paraît, ce qui arrive, ce qui est; la logique donne ce qui doit être. C'est donc à l'expérience à se régler suivant les lois nécessaires que lui impose cette logique toutepuissante qui gouverne l'univers et que la science aspire à réfléchir. Or, rien ne se déduit de l'idée de l'Être qu'une infinité d'attributs , et de l'idée des attributs, qu'une infinité de modes. La Substance renferme donc une infinité d'attributs, quelque petit nombre que nous en connaissions; et tout ce qui n'est pas la Substance, ou l'attribut ou le mode de la Substance, tout cela, en dépit de la conscience qui proteste, n'est absolument rien et ne peut absolument pas être conçu.

On doit comprendre maintenant qu'il serait inutile d'aller chercher dans Spinoza les preuves qui établissent, qui démontrent son système; ce serait peine perdue. Quiconque s'épuise à courir de théorème en théorème pour chercher l'argument capital, la preuve décisive sur laquelle repose le spinozisme, n'en a pas encore le secret. Lorsque Mairan, jeune encore, se passionna pour l'étude de Y Éthique et demanda à Malebranche de le guider dans cette périlleuse route, on sait avec quelle insistance, voisine de l'importunité, il pressait l'illustre Père de lui montrer enfin le point faible du spinozisme,

i. Lettres, tome in, page 444 et suit.

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Tendroit précis où la rigueur du raisonnement était en défaut, le paralogisme contenu dans la démonstration *. Malebranche éludait la question et ne pouvait assigner le paralogisme de Spinoza. C'est que ce paralogisme n'est pas dans tel ou tel endroit de Y Éthique, il est partout. Spinoza disposait d'une puissance de déduction vraiment incomparable, et à bien peu d'exceptions près, chacune de ses propositions, prise en soi, est d'une rigueur parfaite. Ce bourgeois de Rotterdam qui s'enflamma soudain d'une si belle ardeur pour la philosophie, ayant voulu, pour réfuter Spinoza, se mettre à sa place et faire sur lui-même l'épreuve de la force de ses raisonnements, se trouva pris au piège; le tissu de théorèmes où il s'était enfermé volontairement se trouva impénétrable, et il ne put plus s'en dégager'.

Le système de Spinoza est une vast^ conception fondée sur un seul principe qui contient en soi tous les développements que la logique la plus puissante y découvrira. La forme géométrique ne doit point ici faire illusion. Spinoza démontre sadoptrine, si l'on veut, mais il la démontre sous la condition de certaines données qui au fond la supposent et la contiennent. C'est un cercle vicieux perpétuel; ou pour mieux dire, au lieu d'une démonstration de son système, Spinoza s'en donne sans cesse à lui-même le spectacle, et il ne nous en présente dans son Éthique que le régulier développement. • * Déjà les premières définitions le contiennent tout entier. C'est qu'en efifet les définitions pour Spinoza ne sont^ point des conventions verbales, des signes arbitraires,

1. Voyex la Correspondance de Malebranche avec Dortous de Mairan publiée pour la première fois par M. Feuillet de Conches, in-S", 1841.

3. Voyez Bayle, Dict, crit., art. Spinoza. — Comp. Leibnits, Théodicéty partie 111, § 373.

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mais Feipressàon ligourouse derintuition immédiate des êtres réels. Les vrais principes, aux yeux de ce métaphysicien-géomètre, ce ne sent pas les axiomes, lesquels ne donnent que des vérités générales ; ce sont les défini* tions, car les définitions donnent les essences. ,

Voici les quatre définitions fondamentales :

« J'entends par Substance ce qui est en soi et est cooçu par soi, c'est-à-dire ce dont le concept peut être formé sans avoir besoin du concept d'aucune autre chose '.

« J'entends par Attribut ce que la raison conçoit dans la Substance comme constituanison essence *.

<fi J'entends par Mode les afifections de la Substance, oo ce qui est dans autre chose et est conçu par cette mêse chose *.

« J'entends par Dieu un être absolument infini, c'estr à-dire une Substance constituée par une infinité cf attributs infinis dont chacun exprime une essence étemeUe et infinie ^

« EXPUGATLON. Je dis absolument infini, et nou pal infini en son g6m*e; car tojEite chose qui est infinie seulement en son genre, on en peut nier une infinité ét'sMA* buts; mais quant à l'Être absolument infini, tout ce (fâ exprime une essence et n'enveloppe aucune négaUefl appartient à son essence. »

Toiit philosophe remarquera l'étroite connexion à9 ces quatre définitions. Mais il y a un théorème de l^pi* noza oà lui-même les a enchaînées avec une pr&:i8ion fit une force singulières; c'est dans \eDe Deo, lapfo|««

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