MORALE DE SPINOZA
Du libre arbitre, — Du Bien et du Mal. — De l'amour (fc Dieu, — De l'immortalité de rame.
Spinoza a résumé d'un seul mot sa psychologie, quand il a dit : « L'âme humaine est un automate spirituel '. > Cet automate est mû par trois ressorts : le désir, la joie
t. De la Hefoime de l'Entendement, tome 11, pag. 30e«
DITRODUCnON. fi9
; la tristesse. Or, le désir, c'est l'être même de Fâme ; . joie et la tristesse, c'est l'être de l'âme, augmenté ou iminué par l'action des causes étrangères. L'âme ne appartient donc pas à elle-même, elle appartient à la ature' ; elle ne fait pas sa destinée^ elle la subit; et, our emprunter à Malebranche sa bizarre et forte exression, elle n'agit pas, elle est agie.
Se peut-il comprendre maintenant que le problème QOTal ait sa place dans la philosophie de Spinoza ? Ce woWème, en effet, le voici : comment l'homme doit-il égler sa destinée pour qu'elle soit conforme à l'ordre tau bien ? Le problème moral suppose donc deux coniKons : premièrement, que l'homme soit capable de îgler sa destinée , de diriger à son gré sa conduite , en D mot, que l'homme soit libre ; secondement, qu'il Liste un bien moral, un ordre absolu auquel l'homme oive conformer toutes ses actions. Ces deux conditions mt même si étroitement liées qu'une seule supprimée md l'autre inutile, de sorte qu'il suffit de nier, soit ordre moral, soit le libre arbitre, pour rendre toute lorale impossible. Qu'importe, en effet, qu'il existe une )i naturelle, si je ne suis pas le maître d'y obéir, et si je uis innocemment la violer? Et si je suis libre, mais 'une liberté sans règle, tout alors est légitime, et le evoir et le droit n'existent pas pour moi.
Interrogez maintenant Spinoza sur ces deux objets, le bre arbitre et l'ordre moral. Sa pensée est aussi claire, ussi tranchante, aussi résolue, sur l'un que sur l'autre; les nie tous deux, non pas une fois, mais en toute ren- [>ntre, à chaque page de ses écrits, et toujours avec une
* • *llne faut point s'imaginer, dit Spinoza, que l'homme soit dans la nature "»*»« un empiré dans un autre empire» t (Préface de \a paT\\e ^ dfcV ÉtK\ïv>»»\
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énergie si inébranlable, une conviction si profo&deet si calme, que l'esprit en est confondu et comme effiayé. C'est que le libre arbitre et le sentisi^t du bien et du mal ne sont, après tout, qœ des &its , et entre des^&iif et une nécessité logique, Spinoza n'hésite pas. Reste à comprendre qu'après ce démenti édataat donné à k conscience du genre humain au ncon de la logique, Sft noza vienne ensuite proposer aux hommes une monde dont il a par avance détruit les conditions. C'est ici cpi'il faut se donner le spectacle delà radicale insuffisaacedi spinozisme, et des puissaaoïts et inutiles efforts d'oDi grande intelligence dévoyée aux prises avec l'imposâbli.
Du libre arbitre.
Deux chemins divers peuvent conduire un philo6(q)te à nier le libre arbitre : ou bien on le déclare imposôkte a priori, parce qu'il est absolument inconciliable aW certains principes qu'on s'est formés sur la nature d« choses ; ou bien on le rejette a posteriori^ comme un fcit qui n'existe réellement pas, comme uim illusion du gsM humain dont le prestige se dissipe devsmt une obsemK tion approfondie de ta conscience.
Spinoza nie le libre arbitre a priori et a posterim; â priori, au nom de la nature de Dieu et de l'ordre ée sis développements; a posteriori^ au nom de cette math^ matique des passions qui soumet toutes les acti<His biH mainesà des lois invariables. Hais il ne le nie pas sente' ment dans l'homme; il le nie aussi en Dieu et dans toflte la nature il le nie, en un mot, de toutes les façons dont 012 peut le nier.
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)iea est libre, toutefois, dans ce système ; mtis on sait quelle liberté ' : elle consiste dans l'absolue nécessité m étemel déreloppement. Cette liberté toute metaysique, si (fiflférente de la liberté morale, Dieu seul la nède, surrant ^inoza. Car Dieu seul agit par une Bessité parfeite immédiatement inhérente à sa nature; it le reste agit par la nécessité de la nature divine, ist-à-dire par une nécessité plus ou moins imparfaite, moi qu'elle est fondée d'une manière plus ou moins Éfaite sur la suprême nécessité. A ce compte, soit ftfa entende la liberté au sens de Spinoza, soit qu'on itaKle au sens; de tout le m<mde, l'homme et tous les 3S8 de la nature en sont également privés.
Dn'y a rien de contingent dans l'ordre des choses ' ; car it ce qui existe et agit est dfterminé par Dieu même à xistence et à l'action'; et il est aussi absurde de supser qu'un être que Dieu ne détermine pas à l'action s'y terminera de soi-même, que de s'imaginer qu'une fois terminé par Dieu à l'existence et à l'action , cet être imra se rendre indéterminé *. L'action d'un individu k fondée sur son être; l'être d'un individu est fondé sur trede Dieu. Supposer qu'un individu trouvera autre «t qu'en Dieu le principe de son action, c'est supposer l'il trouvera hors de l'être le principe de son être, ce » implique.
Qu'est-ce donc qu'une chose contingente ^? est-ce une KWB qui puisse également être ou ne pas être, être ceci *être cela? Mais ce sont là des chimères de l'imagina-
'. DeDieu, Déûn. 7.
^' Jbid., Propos. 29.
'• iàid,, Propos. 26.
^' iàii,^ Propos. 27.
* ^^.; Schol. 1 de la Propos. 23.
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tioDy qui, ne voyant que les effets, nie les causes qu'elle neToit pas. Pour la raiscm, tout ce qui est, doit être; tout ce qui est de telle façon, doit être de cette &çon ; ce qui arrive à tel point précis du temps ne pouvait arriver use minute avant, ni une minute après, sans que Tordre entier des choses ne fût troublé, sans que le hasard n'en* vahit le développement divin, sans que Dieu cessât dêlre nécessaire, c'est-à-dire d'être Dieu '.
Dieu seul du reste est nécessaire, de cette nécessité étemelle, absolue, toujours égale à elle-même. Les chostt finies, tout en résultant nécessairement de la nature di* viue, ne peuvent exister que dans la durée d'une manièrebornée et successive. Elles apparaissent au jour marqué dans l'ét^nité, mais pour disparaître bientôt et céder la place à d'autres êtres. Rien d'arbitraire, rien de désordonné dans ce mouvement perpétuel qui crée, détruit et renouvelle sans cesse toutes choses; chaque être est déterminé à l'existence et à l'action par un autre être également déterminé à l'existence et à l'action par un être antérieur, et ainsi de suite à l'infini*. Les mouvements produisent les mouvements, les idées enfantent les idées, suivant une loi fondée sur la nature même de la Pensée et de l'Étendue, et dans une correspondance parfaite qui a pour base l'identité eu Dieu de l'Étendue et de la Pensée \ Celui donc qui pourrait embrasser dans sa totalité infinie le double développement de l'Étendue et de la Pensée, c'est-à-dire l'ordre entier des choses, n'y verrait rien de contingent, de libre, d'accidentel, mais une suite géométrique de termes liés entre eux par un6