‹ Œuvres, trChapitre 68 sur 159 · TROISIEME PARTI». — DES PASSIONS · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTI». — DES PASSIONS

a Propos. 29, part. 3 ) , et fat déjà fait observer que la tempérance, la sobriété et la chasteté marquent la puissance de 'âme, et non une affection passive. Et bien qu'il puisse arri" 1er qu'un homme avare, ambitieux ou timide s'abstienne de \Qut excès dans le boire, le manger et dans l'union sexuelle, tavarice, l'ambition et la crainte ne sont pas contraires pour cela à la luxure, à l'ivrognerie, au libertinage^ Car l'avare iàire le plus souvent se gorger de nourriture et de boisson, pourvu que ce soit aux dépens d'autrui. L'ambitieux, chaque fois qu'il espérera être sans témoin, ne gardera aucune mesure, îtffil vit avec des ivrognes et dès voluptueux, par cela même gu^tV est ambitieux^ il sera d'autant plus enclin à ces deux vkes. L'homme timide enfin fhit souvent ce qu'il ne voudrait pc» faire. Tbut en jetant ses richesses à la mer pour éviter la mort, il n'en reste pas moins avare. Et de même le voluptueux n'en reste pas moins voluptueux, tout en éprouvant de la tristesse de ne pouvoir satisfaire son penchant. Ainsi donc, en général, ces passions ne regardent pas tant l'action même de se livrer au plaisir de manger, de boire, etc., que l'appétit ou hmour que nous ressentons. On ne peut donc rien opposer à ces passions que la générosité et le courage, comme notes le nmtrerons par la suite.

/e passe sous silence les définitions de la jalousie et autres fluctuations de l'âme, soit parce qu'elles naissent du mélange des passions déjà définies^ soit parce qu'elles n'ont pas reçu de tusage des noms particuliers; ce qui prouve qu'il su/fit pour la pratique de la vie de connaître ces passions en général. Ihi reste, il résulte clairement de la définition des passions me nous avons expliquées, qu'elles naissent toutes du désir^ !? la joie ou de la tristesse; ou plutôt qu'elles ne sont que ces rois passions primitives, dont chacune reçoit de l'usage des oms divers suivant ses différentes relations et dénominations xtrinsèques. Si donc on veut faire attention à la nature de

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180 iTHIQUE.

<»r^ trois passimu fmmitives et à ce que nous avons déjà dit T'jiickaMi ia nature de fâmey on pourra définir les passions^ rm tant fm elles se rapportent à Fâme, de la manière sui^ rmnte:

B&nmriOH genéhale des passions.

Ce genre d'affection (pi'on appelle passion de l'âme, c*est une idée confuse par laquelle Tâme affirme que le eoips ou quelqu'une de ses parties a une puissance d'exister (dus grande ou plus petite que celle qu'il avait .wparaTant, laqueUe puissance étant donnée, l'âme est déterminée à pensera telle chose plutôt qu'à telle autre.

ExHJC. Je diséTabord çu une passion c'est une idée confuse; rar non; artms eu (Propos. 3, part 3) que tâme ne pâtit qii^en tant quelle a cfes idées inadéquates ou confuses. Je dis enskite : par laquelle l'àme affirme que le corps ou quelqu'une de ses parties a une puissance d'exister plus grande ou plus petite que celle qu'il avait auparavant ; car toutes les idées que nous avons des corps marquent bien plutôt (par le CoroU. S de la Propos. 16, part. 2) la constitution actuelle de notre propre corps que celle des corps extérieurs^ et fidée qui constitue Vessence ou forme de telle an telle passion doit exprimer la constitution de notre corps an ée quelqu'une de ses parties^ en tant que sa puissance d'agir ou f exister est augmentée ou diminuée^ favorisée ou ttmtrtariée. Mais il est nécessaire de remarquer que quand je êis tme puissance d^exister plus grande ou plus petite que celle qu'il avait auparavant, je n'entends pas dire que time compare la constitution actuelle du corps avec la prétédente^ nms seulement que l'idée qui constitue l'essence de telle ou telle passion affirme du corps quelque chose qui enveloppe plus ou moins de réalité que le corps nen avait aupa^ rainant. Or, cotnme l'essence de l'âme consiste (par les Propos* 11 et 13, part. 2) en ce qu'elle affirme l'existence actuelle de son corps, et que par perfection d'une chose nous entendons son essence même, il s'ensuit que l'âme passe â une

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