‹ Œuvres, trChapitre 78 sur 159 · QUATRIÈME PARTIE. — DE L'ESCLAVAGB · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE. — DE L'ESCLAVAGB

chacun en autre chose {par la Déf, 8, part. 4) qu'à vivre selon les lois de sa nature propre , et personne ne s'efforçant de se conserver {par la Propos. 7, part. 3 ) que d'après les lois de sa nature, il suit de là : premièrement i que le fondement de la vertu , c'est cet effort même que fait l'homme pour conserver son être , et que le bonheur consiste à pouvoir le conserver en effet ; secondement , que la vertu doit être désirée pour elle-même, et non pour autre chose , car il n'en est pas de préférable pour nous, ou de plus utile ; troisièmement , enfin , que ceux qui se donnent â eux-mêmes la mort sont des impuissants , vaincus par des causes extérieures en désaccord avec leur nature. U résulte , en outre , du Postulat 4 de la part. 2 , qu'il nous est à jamais impossible de faire que nous n'ayons besoin d'aucune chose extérieure pour conserver notre être, et que nous puissions vivre sans aucun commerce avec les objets étrangers. Si même nous ï'egardons attentivement notre âme , nous verrons que ûotre entendement serait moins parfait si l'âme était isolée et ne comprenait rien que soi-même. Il y a donc tors de nous beaucoup de choses qui nous sont utiles, et par conséquent désirables. Entre ces choses , on n'en pGut concevoir de meilleures que celles qui ont de la Souvenance avec notre nature. Car si deux individus de ^ême nature viennent à se joindre , ils composent par leur union un individu deux fois plus puissant que chas^Ui d'eux en particulier : c'est pourquoi rien n'est plus ^tile à l'homme que l'homme lui-même. Les hommes ne Peuvent rien souhaiter de mieux, pour la conservation de l^tir être , que cet amour de tous en toutes choses , qui f^t que toutes les âmes et tous les corps ne forment , pour ainsi dire , qu'une seule âme et un seul corps ; de telle façon que tous s'efforcent , autant qu'il est en eux, de conserver leur propre être et , en même temps , de chercher ce qui peut être utile à tous; d'où il suit que les hommes que la raison gouverne , c'est-à-dire les hommes qjû cherchent ce qui leur est utile , selon les conseils de

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la raison, ne désirent rien pour eux-mêues qu'ils ne désirent également pour lous les autres , et sont , par conséquent , des hommes justes , probes et honnêtes. Voilà les commandements de la raison, que je m'étais proposé de faire connaître ici en peu de mots , avant de les exposer d*une manière plus étendue. Mon dessein était en cela de me concilier l'attention de ceux qui pensent que ce principe : chacun est tenu de chercher ce qui lui est utile , est un principe d'impiété, et non la base de la piété et de la yertu. Maintenant que j'ai rapidement montré que la chose n'est point comme ces personnes le supposent , je vais exposer ma doctrine suivant la mèine méthode que j'ai pratiquée jusqu'à ce moment.

Propos. 19. Chacun désire ou repousse nécessairement, d'après les lois de sa nature, ce quHljuge bon ou mauvais*

Demonstr. La connaissance de ce qui est bon ou mauvais , c'est la passion même de la joie ou de la tristesse, en tant que nous en avons conscience {par la Propos, 8, part. 4), et conséquemment {parla Propos. 28, part. 3); chacun désire nécessairement ce qu'il juge bon, et repousse au contraire ce qu'il juge mauvais. Or, ce désif ou appétit , ce n'est autre chose que l'essence même de rhiomme ou sa nature (par /a Déf. de l'appétit, qu^tm trouvera dans le Schol. de la Propos. 9, part. 3, et dans la Déf. i despass.]. Donc chacun, par les seules lois de sa nature , désire ou repousse , etc. C. Q. F. D.

Propos. 20. Plus chacun s'efforce et plus il est capable iê chercher ce qui lui est utile, c'est-àrdire de conserver son étn^ plus il a de vertu ; au contraire, en tant qu'il néglige de cm^ server ce qui lui est utile, c'est-à-dire son être, il marqw soê impuissance.

Demonstr. La vertu, c'est la puissance de l'homme elle* même, laquelle (en vertu de la Déf. S, part. 4) se définii par la seule essence de l'homme, c'est-à-dire {en vertu de la Propos, 1, part. 3) par ce seul effort que fait l'homme pour persévérer dans son être. Plus par conséquent chacun s'efforce » et plus il est capable de conserver

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n être, plus il a de vorîu , et par iino suite nécessaire jyez les Propos, 4 et Q.part, 3), en tant qull néfçlige conserver son être , il marque son impuissance. Q. F. D.

ScuoL. Personne ne cesse donc de désirer ce qui lui t utile et ne néglige la conservation de son être que incu par les causes extérieures qui sont contraires à sa iture. Personne n*est donc déterminé par la nécessité 5 ^a nature, mais seulement par les causes extérieures, se priver d*alimcnls, ou à se donner lui-même la mort, iusi, celui qui lire par hasard son épée et à qui un autre isit la main en le forçant de se frapper lui-même au fiur, celuï-lâ se fue parce qu^il y est contraint par une ^use étrangère. Il en est de même d'un homme que irdre d'un tyran force à s'ouvrir les veines , comme ^oèque, afin d'éviter un mal plus grand. Enfin , il peut ^ver que des causes extérieures cachées disposent magination d'une personne et affectent son corps de lie façon que ce corps revête une autre nature contraire celle qu'il avait d'abord , et dont l'idée ne peut exister tus l'âme {par la Propos. iO, part. 3). Mais que l'homme sse effort par la nécessité de sa nature pour ne pas ister ou pour changer d'essence, cela est aussi impost>le que la formation d'une chose qui viendrait de rien ; il suffit d'ime médiocre attention pour s'en convaincre. ftiOPOS. 21. Nul ne peut désirer d'être heureux , de bien tr et de bien vivre , qui ne désire en même temps d'être , ijir et de vivre , c'est-à-dire d'exister actuellement. Âemonstr. La démonstration àe cette proposition, ou, inr mieux dire, la chose elle-même est de soi évidente ; die résulte aussi de la Déf. du désir. £n efî'et {par la ^f. des pass. ), le désir de bien vivre ou de vivre heunx , de bien agir , etc. , c'est l'essence même de lOBime, c'est-à-dire ( par la Propos. 7 , part. 3) l'effort ir lequel chacun tend à conserver son être. Donc nul ) peut désirer, etc. G. Q. F. D, PfeOiOS. 82. €n ne peut concevoir aucune vertu antériem^

à celle qui vient (Têtre définie {savoir j V effort de chacw^ pour se conserver soi-même).

DÉMONSTR. L'effort d'un être pour se conserver , c'e^ son essence même {par la Prop. Impart, 3). Si donc 5 pouvait y avoir une vertu antérieure à celle-là, il faudrajl concevoir l'essence de cet être comme antérieure à s(^5 même {par la Def, %, part. 4 ) , ce qui est évidemmes3 absurde. Donc nulle vertu , etc. C. 0* F* !>•

GoROLL. L'effort d'un être pour se conserver est \i premier et unique fondement de la vertu. Car aucui autre principe n'est antérieur à celui-là {par la Prop€>s* préced.), et sans lui {par la Propos. 21, part. 4) aucuxic vertu ne se peut concevoir.

Propos. 23. Quand l'homme est déterminé à faire quelqtee action parce qu'il a des idées inadéquates, on ne peut dire d'une manière absolue qu'il agisse par vertu. Cela ne se peut dire qu'en tant que l'homme est déterminé par des idées claires»

DÉMONSTR. En tant qu'il est déterminé à l'action parce qu'il a des idées inadéquates , l'homme pâtit {parlaPr(h pos, i, part. 3), c'est-à-dire {par les Déf. 1 et 2, part. 3) fait quelque chose qui ne se peut concevoir par sa seule essence , en d'autres termes ( par la Déf. 8, part. 4), qui ne suit pas de sa propre vertu. Au contraire, en tant qu'il est déterminé à quelque action parce qu'il a des idées claires, l'homme agit [par la Propos, i, part. 3), c'est-àdire {par la Déf. % part. 3) fait quelque chose qui se conçoit par sa seule essence, en d'autres termes {par la Déf» 8, part 4), qui résulte d'une façon adéquate de sa propre vertu. C. Q. F. D.

Propos. 24. Agir absolument par vertu, ce n* est autre cl^ que suivre la raison dans nos actions, dans notre vie, dans te conservation de notre être ( trois choses qui n'en font qi/une), et tout cela d'après la règle de l'intérêt propre de chacun*

DÉMONSTR. Agir absolument par vertu, ce n'est autre! chose {par la Déf. 8, part. 4) qu'agir d'après les propres lois de sa nature. Or nous n'agissons de cette sorte qu'en tant que nous avons des idées claires {par la Proposait

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part, 3 ). Donc , agir absolument par vertu , ce n'est autre chose pour nous que suivre la raison dans nos actions , dans notre vie , dans la conservation de notre Être, et tout cela (par le CorolL de la Propos, 22, part, 4) d'après la règle de l'intérêt propre de chacun. C. Q. F. D. Propos. 25. Personne ne s'efforce de conserver son être à cme d'une autre chose que soi-même.

DÉMONSTR. L'effort par lequel chaque chose tend à persévérer dans son être est déterminé par la seule essence de cette même chose (en vertu de la Propos, 7, part, 3), et résulte nécessairement de cette seule essence une fois donnée , et non de l'essence d'une autre chose (par la f^rcpos, 6, part. 3).

Cette proposition résulte évidemment aussi du CorolL de la Propos. 22, part 4. Car si un homme s'efforçait de ^nserver son être à cause d'une autre chose que soi- '^ême , cette chose serait évidemment le premier fonderaient de la vertu, ce qui est absurde (par le précéd. ^crolL). Donc personne ne s'efforce , etc. C. Q. F. D.

PfiOPOS. 26. Nous ne tendons par la raison à rien autre chose 9^à comprendre y et l'âme ^ en tant qu'elle se sert de la raison, ^ juge utile pour elle que ce qui la conduit à comprendre. DÉMONSTR. L'effort d'un être pour se conserver n'est ïîen autre chose que son essence (par la Propos. 1, partn 3), cet être, par cela seul qu'il existe de telle façon, étant conçu comme doué d'une force par laquelle il persévère dans l'existence (par la Propos. 6, part. 3) et agit suivant le cours nécessaire de sa nature déterminée (voy, la Déf. de V appétit dans le SchoL de la Propos, 9, part, 3). Or l'essence de la raison n'est autre chose que notre àme , en tantqu'elle comprend clairement et distinctement (voyez-en la Déf. dans le SchoL 2 de la Propos. AO, part. 2). Par conséquent (envertu de la Propos. ÂO,part. 2) tout l'effort de notre raison ne va qu'à un seul but , qui est de comprendre.

Maintenant , puisque l'effort de l'âme pour conserver son. être ne va, en tant qu'elle exerce sa raison, qu'à comprendre {comme on vient de le démontrer)^ cet effort vh 18

pour comprendre est donc {par le CorolL de la Propos, % part, 4) le premier et Tunique fondement de la vertu , ( eonséquemment ce ne sera pas en vue de quelque auti fin que nous nous efforcerons de comprendre les chose {parla Propos, 25, part, 4); mais, au contraire, l'âme, e tant qu'elle use de sa raison, ne pourra concevoir comm bon pour elle que ce qui sera un moyen de comprendr {par la Déf, i, part. 4). C. Q. F. D.

Pbopos. 27. Rien ne nous est connu comme certainemen bon ou mauvais que ce qui nous conduit à comprendre vérita blement les choses, ou ce qui peut nous en éloigner,

DÉMONSTR. L*âme, en tant qu'elle use de la raison, e désire rien autre chose que de comprendre , et ne ccmsî dère comme utile pour elle que ce qui la conduit à ce bu {par la Propos, précéd,). Or Pâme {par les Propos. 41 ettë part, 2, et leSchol. de la Propos. 43) ne connaît les chose avec certitude qu'en tant qu'elle a des idées adéquate» c'est-à-dire en tant qu'elle use de la raison { ce qui « la même chose par le SchoL de la Propos. 40). Donc rie ne nous est connu comme certainement bon que ce 51 nous conduit à comprendre véritablement les choses , i au contraire , comme certainement mauvais , que ce ip. peut nous en éloigner. C. Q. F. D.

Propos. 28. Le bien suprême de l'âme, (fest la comm tance de Dieu; et la suprême vertu de Vâmey (fest de cownaUt Dieu.

DÉMONSTR. L'objet suprême de notre intelligence, ci"e! Dieu , en d'autres termes {par la Déf. 6, part, i), 1% absolument infini et sans lequel {par la Propos. U part. 1 ) rien ne peut être ni être conçu ; et par cons^ quent {en vertu des Propos. 26 et 27. part. 4) l'iatéH suprême de l'âme ou son suprême bien {par la Déf. ^ part, 4), c'est la connaissance de Dieu. Or, l'âme (jm les Pi^pos, { et 3, part, 3) n'agit qu'en tant qu'elle eon prend ; et ce n'est aussi qu'à ce même titre qu'on pei; dire d'une manière absolue que l'âme agît par vertu <è v^rtu de la Propos. 23 , part. 4). Comprendre , voilà éen

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la vertu absolue de rame. Or , le suprême objet de notre intelligence, c'est Dieu (comme on l'a déjà démontré). Donc la suprême vertu de Tâme , c'est de comprendre ou de connaître Dieu. G. 0- F. D.

Propos. 29. Toute chose particulière dont la nature est ^fièrement différente de la nôtre ne peut ni favoriser ni mpêcher notre puissance d'agir , et il est absolument imposable tpixme chose nous soit bonne ou mauvaise si elle n'a avec «OMS rien de commun,

DÉHONSTR. La puissance d'exister et d'agir de toute chose particulière , et partant ( en vertu du CorolL de la Propos. 10, part. 2) celle de l'homme, ne peut être déter- Biinée que par une autre chose particulière {en vertu de la Propos. 28, part. 1) dont la nature se comprenne par son i^pport à ce même attnbut auquel se rapporte la nature hnmame (par la Propos. 6, part. 2). Par conséquent notre puissance d'agir , de quelque façon qu'on la conçoive , ne peut être déterminée et partant favorisée ou empêchée que par la puissance d'une autre chose parti- <^re qui ait avec nous quelque point commun , et elle ^ peut pas l'être par la puissance d'une chose dont la nature serait entièrement différente de la nôtre. Or , OQmme nous appelons bien ou mal ce qui est poujr nous ^»e cause de joie ou de tristesse (.par la Propos. 8, part. *)i e'est-à-dire {par le Schol. de la Propos. 11, part. 3), ce Vu augmente ou diminue , favorise ou empêche notre puissance d'agir, il s'ensuit qu'une chose dont la nature ^ entièrement différente de la nôtre ne peut nous être nihm&e ni «lauvaise. G. Q. F. D.

PaoPOS. 30. Aucune chose ne peut nous être mauvaise par * p^elle a de commun avec notre nature ; mais en tant !*Wfc nous est mauvaise , elle est contraire d notre nature.

Iteioi»Ta. Nous appelons mal ce qui est pour nous une ^^^m de tristesse (/MIT la Propos. 8, part. 4), e'est-à-dire {pturlaDéfin. que vous trouverez au Schol. de la Propos, ié, P^. 3 ) ce qui diminue ou empêche notre puissance d'^. Si doiic nne chose nous était ma\k^«\«% "^«t <^

qu'elle a de commun avec nous , elle pourrait donc détruire ou empêcher cela même qui lui est commun avec nous , conséquence absurde (par la Prop, 4, part. 3). Aucune chose ne peut donc nous être mauvaise par ce qu'elle a de commun avec nous-; mais, en tant qu'elle nous e5t mauvaise , c'est-à-dire {comme on Va déjà montré^ en tant qu'elle peut diminuer ou empêcher notre puissance d'agir, elle est contraire à notre naXure (par U Propos. 5, part. 3). C. Q. F. D.

Pkopos. 31. £n tant qu'une chose a de la conformité av& notre nature, elle nous est nécessairement bonne.

DÉMONSTR. En effet, en tant qu'une chose a de la corz formité avec notre nature, elle ne peut nous être mai:= vaise {par la Propos, précéd.). Elle nous sera donc bonn ou indifférente. Mais supposer qu'elle ne nous est "m bonne ni mauvaise, c'est supposer {par les Déf. 2 et ^ part. 4) qu'il ne résulte rien de sa nature qui serve à M conservation de la nôtre, c'est-à-dire {par hypothèse) la conservation de la sienne propre, conséquence aJ3 surde {par la Propos. 6, part. 3). Ainsi donc, en taJ3 qu'une chose a de la conformité avec notre nature, eLl< nous est nécessah^ement bonne. G. Q. F. D.

CoROLL. Il suit de là qu'à mesure qu'une chose a pli^ de conformité avec notre nature , elle nous est d'autaï^ plus utile, c'est-à-dire d'autant meilleure ; et réciproque ment, à mesure qu'une chose nous est plus utile, elle ^ plus de conformité avec notre nature. Car, en tant qu'elle n'a pas de conformité avec notre nature, elle en difflêr^ nécessairement ou elle lui est contraire. Si elle en diffère elle ne pourra nous être ni bonne, ni mauvaise {par lé. Propos. 29, part. 4). Si elle lui est contraire, elle ser^ donc contraire à ce qui a de la conformité avec notr^ nature; en d'autres termes {par la Propos, précéd.)^ cou.traire à notre bien, ou mauvaise. Aucune chose ne pea'^ donc nous être bonne qu'à condition d'avoir de la con^ formité avec notre nature ; et par conséquent, à mesura que cette conformité est plus gtaad^> la^cliose en question

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