‹ Œuvres, trChapitre 81 sur 159 · QUATRIEME PARTIE. —DE l'esclavage · texte numérisé non relu

QUATRIEME PARTIE. —DE l'esclavage

SCHOL. Ce que nous venons de montrer, Texpérience le Qnfirme par des témoignages si nombreux et si décisifis ue c'est une parole répétée de tout le monde : L'homme st pour l'homme un Dieu. Il est rare pourtant que les lommes dirigent leur vie d'après la raison , et la plupart 'envient les uns les autres et se font du mal. Cependant, ^^,. Is peuvent à peine supporter la vie solitaire , et cette léfinition de l'homme leur plaît fort : L'homme est un mimai sociable. La vérité est que la société a beaucoup »lns d'avantages pour l'homme qu'elle n'entraîne d'inionvénients. Que les faiseurs de satires se moquent donc ant qu'il leur plaira des choses humaines; que lesthéoogiens les détestent à leur gré , que les mélancoliques antent de leur mieux la vie grossière des champs, qu'ils méprisent les hommes et prennent les bêtes en admiraion; l'expérience dira toujours aux hommes que des ecours mutuels leur donneront une facilité plus grande se procurer les objets deleurs besoins, et que c'est seulelent en réunissant leurs forces qu'ils éviteront les périls uiles menacent de toutes parts. Mais je m'abstiens d'inslerici, pour montrer qu'il est de beaucoup préférable ' infiniment plus digne de notre intelligence de méditer ip les actions des hommes que sur celles des bêles. Tout la sera développé plus tard avec étendue.

Propos. 36. Le bien suprême de ceux qui pratiquent la ''tu leur est commun à tous , et ainsi tous en peuvent égalC" nt jouir. DiMONSTR. Agir par vertu , c'est agir sous la conduite

la raison {par la Propos. 2i,part. 4 ), et tout l'efifbrt 3 actions que la raison dirige ne va qu'à un seul objet i est de comprendre (par la Propos, 26, part, 4), et Méquemment (joar la Propos. 28, part. A), le bien [)rême de ceux qui pratiquent la vertu c'est de connaî-

Dieu , c'est-à-dire (par la Propos. 47 , part. 2 , et son kol.) un bien qui est commun à tous les hommes , et e tous , en tant qu'ils ont même nature , peuvent ^ ilement posséder.

^ ScHOL. On m'adressera peut-être cette question : Si le souverain bien de ceux qui suivent la vertu n'était pas commun à tous, ne s'ensuivrait-il pas , comme plus haut (par la Propos, 25 , part. 4) , que les hommes, en tant qu'ils vivent suivant la raison , c'est-à-dire {par la Propos. S^y part, 4), en tant qu'ils sont en conformité parfaite de nature, sont contraires les uns aux autres? Je réponds à cela que ce n'est point par accident , mais par la nature même de la raison, que le souverain bien des( hommes leur est commun à tous. Le souverain bien, en effet , est d€ l'essence même de l'homme en tant que raisonnable, et l'homme ne pourrait exister ni être conçu s'il n'avait pas la puissance de jouir de ce bien souverain, puisqu'il appartient à l'essence de l'âme humaine {park Propos, AT y part. 2) d'avoir une connaissance adéquate de l'essence éternelle et infinie de Dieu.

PfiOPOS. 37. Le bien que désire pour lui-même tout homnn qui pratique la vertu, il le désirera également pour les autm hommes , et avec d'autant plus de force qu'il aura une fbn grande connaissance de Dieu,

DÉMONSTR. Les hommes , en tant qu'ils vivent sous la conduite de la raison, sont très-utiles l'un à l'autre (pf le Coroll. idela Propos, 35, part, 4), et conséquemment {par la Propos. 19, part. 4) la raison nous déterminera nécessairement à faire que les hommes vivent sous la conduite de la raison. Or le bien que désire pour luimême celui qui vit suivant la raison , c'est-à-dire {par iê Propos. 24, part. 4) celui qui pratique la vertu , c'est de comprendre (par la Propos, 26 , part, 4). Donc ce môme bien qu'il désire pour lui-même , il le désirera aussi pour les autres hommes. £n outre , le désir , en tant qu'il se rapporte à l'àme , est l'essence même de l'àme (par là Déf. 1 despass.); or , l'essence de l'âme consiste dans la connaissance (par la Propos, 11 , part. 2), laquelle enveloppe la connaissance de Dieu(/wir la Propos, 47, part, 1), et ne peut , sans la connaissance de Dieu, ni exister, xÀ ôti^e conçue {par la Propos, 15, part, 1). Par consé^weaiti

OUATRIÈME PAETIE. — DE L'ESCLAVAGE. SIS

!$upe que l'essence de Tâme enveloppe une plus le connaissance de Dieu, Thomme vertueux désire plus de force pour les autres le bien qu'il désire pour ôme. C. Q. F. D.

FEE DÉMONSTR. Le bien que l'homme désire et aime lui , il l'aimera d'une façon plus ferme (par la Pro* impart. 3), s'il voit que les autres l'aiment aussi ; et tquemment ( par le Coroll. de cette même Propos, ) il jfifort pour que les autres l'aiment aussi ; et comme m est commun à tous {par Id Propos, précéd.) et que en peuvent jouir, il s'ensuit qu'il fera effort {par la raison) pour que tous en jouissent , et cela avec ant plus de force {par la Propos. 37 , part. 3 ) que ême jouira davantage de ce bien.

lOL. 1. Celui qui fait effort, uniquement par passion, que les autres aiment ce qu'il aime et pour qu'ils t à son gré , celui-là, n'agissant de la sorte que sous •ire d'une aveugle impulsion , devient odieux à tout mde , surtout à ceux qui ont d'autres goûts que les et s'efforcent en conséquence à leur tour de les partager aux autres. De plus , comme le bien me que la passion fait désirer aux hommes est soule nature à ne pouvoir être possédé que par un seul, résulte que les amants ne sont pas toujours d'accord eux-mêmes , et, tout en prenant plaisir à célèbre? langes de l'objet aimé, craignent de persuader ceux ts écoutent. Au contraire , ceux qui s'efforcent de lire les autres par la raison n'agissent point avec iiosité, mais avec douceur et bienveillance, €i là sont toujours d'accord avec eux-mêmes, it désir , toute action dont nous sommes nous-m6« a capse en tant que nous avons l'idée de Dieu , je pporte à la religion. J'appeUe joïV^^ le iésir de faire sn dans une âme que la raison conduit. Le désir de * aux autres par les liens de l'amitié , quand il posime àme qui se gouverne par la raison , je le nomme teté, et l'honnête est pour moi ce qui est 1 objet

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des louanges des hommes qne la raison gouverne, comncx. le déshonnête est ce qui est contraire à la formation ^i l'amitié. J'ai expliqué en outre quels sont les fondements de l'État, et il est aisé aussi de déduire de ce qui précède la différence qui sépare la vertu véritable de l'împuissance. La vertu véritable n'est autre chose , en effet, qu'une vie réglée par la raison; et par conséquent l'impuissance consiste en ce seul point que Thomme se laisse gouverner par les objets du dehors et déterminer par eux à des actions qui sont en harmonie avec la constitution commune des choses extérieures , mais non avec sa propre nature , considérée en elle-même. Tels sont les principes que , dans le Schol. de la Propos. 18, part. 4, j'avais promis d'expliquer. Ils font voir clairement que la loi qui défend de tuer les animaux est fondée bien plus sur une vaine superstition et une pitié de femme que sur la saine raison ; la raison nous ensei^ gne , en effet , que la nécessité de chercher ce qui nous est utile nous lie aux autres hommes , mais nullement aux animaux ou aux choses d'une auti*e nature que la nôtre. Le droit qu'elles ont contre nous j nous l'avons contre elles. Ajoutez à cela que le droit de chacun se mesurant par sa vertu ou par sa puissance , le droit des hommes sur les animaux est bien supérieur à celui des animaux sur les hommes. Ce n'est pas que je refuse le sentiment aux bêtes. Ce que je dis , c'est qu'il n'y a pas là de raison pour ne pas chercher ce qui nous est utile , et par conséquent pour ne pas en user avec les animanx comme il convient à nos intérêts, leur nature n'étant pas conforme à la nôtre , et leurs passions étant radicalement différentes de nos passions (voy. le Schol. de la Propos. ^1 y part. 3). Il me reste à expliquer en quoi consistent le juste , l'injuste, le péché et le mérite. C'est ce que je vais faire dans le Scholie suivant.

Schol. 2. J'ai promis, dans l'appendice de la première partie , d'expliquer en quoi consistent la louange et le blâme , le mérite et le péché , le juste et l'injuste. Pour

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