‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 138 sur 448 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

Explication du second vers.

Enflammée d'un amour inquiet.

Après avoir expliqué le premier vers du canliquo que nous avons mis au commencement de ce livre, et où nous avons parlé de la nuit des sens, de sa nature et des moyens d'y entrer, il faut traiter de ses propriétés et de ses effets admirables, et déclarer le sens du second vers et des autres qui suivent.

L'âme dit donc qu'elle a passé par les inquiétudes d'un amour qui l'enflammait, et qu'elle est arrivée par la nuit obscure du sens à l'union de son bien-aimé ; car il était nécessaire, pour dompter toutes ses passions et pour refuser le plaisir de toutes les choses que la volonté aime, et dont elle veut avoir la jouissance; il était, dis-je, nécessaire que l'âme fût embrasée du saint amour de l'Epoux divin, afin qu'en y mettant tout son plaisir, elle en reçût assez de force et de constance pour rejeter l'amour des autres objets. De sorte que ce n'était pas assez, pour repousser l'impression des passions sensuelles, d'aimer son époux ; il fallait encore qu'elle fût lout-à-fait possédée de cet amour, et qu'elle en ressentît même les inquiétudes. En effet, la violence des passions émeut souvent la partie inférieure de l'homme, et l'applique aux objets matériels ; de telle sorte que si la partie supérieure ne sent des ardeurs pour les choses spirituelles, plus grandes que ces mouvements, elle ne peut vaincre le plaisir que les choses sensuelles lui causent, ni entrer dans la nuit du sens, ni demeurer dans l'obscurité, c'est-à-dire dans la privation des délices de la passion.

Je n'en dirai pas davantage sur ce sujet; aussi bien ce n'est pas le lieu de l'examiner, et même on ne peut exprimer les différentes inquiétudes de cet amour, auxquelles l'âme est exposée dans les commencements de son union avec Dieu, ni les soins et les adresses qu'elle

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