‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 140 sur 448 · CHAPITRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIÈME

Déclaration des autres vers de ce Cantique.

0 l'heureuse fortune !

Je suis sortie sans être aperçue,

Lorsque ma maison était tranquille.

L'âme se sert ici de la comparaison d'un esclave qui s'estime heureux de sortir de sa servitude, sans que personne l'empêche de prendre la fuite; car, depuis le péché originel, elle est esclave des passions du corps ; c'est pourquoi elle croit que son sort est heureux, quand elle se délivre de leur tyrannie, et surtout quand elle s'en affranchit de telle manière qu'aucune d'elles ne l'observe et ne lui fait obstacle. Il lui a été avantageux pour exécuter ce dessein de sortir pendant une obscure nuit, c'est-à-dire de se priver de la délectation des créatures, et de mortifier ses passions. Ce qu'elle a fait fort heureusement, lorsque sa maison était tranquille, c'est-à-dire lorsque sa partie sensitive, qui est la maison et la demeure des passions, jouissait d'une grande tranquillité ; parcequ'elles élaient mortiGées et assoupies, et qu'elles ne la troublaient plus comme elles faisaient auparavant : car l'âme n'acquiert jamais sa liberté, et ne repose point dans l'union de Dieu, avant qu'elle ail tellement éloufïe les passions et les mouvements de la partie animale, qu'ils ne s'opposent plus aux opérations de l'esprit et de la volonté.

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