XLII
Dieu pardonne à ceux qui ont établi un subside sur les fondations ; sans cela on venait à bout de tout; mais tant que les maisons n'aient élé pourvues, cet impôt leur a fait bien du tort : la divine majesté y mettra ordre : on ne peut en sortir à moins. Jusque-là il faut, mon père, que vous mettiez bien de la réserve à accorder des autorisations pour recevoir des religieuses et ne le faire que lorsqu'il y aura nécessité ou un grand avantage pour les maisons. Tout leur bien dépend de ce qu'elles ne soient pas en trop grand nombre pour pouvoir se maintenir, et si l'on n'y prend extrêmement garde, nous nous verrons dans des affaires irrémédiables.
Il vaudrait beaucoup mieux ne pas fonder que de prendre des sujets mélancoliques qui perdent les maisons.
NOTÉS
Prendre plus de religieuses que les moyens de la maison nele permettent est contraire au bien de la maison et aux décrets des conciles. La Sainte a donc bien raison de recommander à Gracian d'y prendre garde. Dans le fragment XLII, la Sainte devait faire allusion au couvent de Ségovie.ôù le nombre des religieuses était excessif, parce qu'on y avait accueilli celles qui étaient sorties de Pastranne.
Elle n'a jamais pu supporter les mélancoliques, et, tant qu'elle a pu, elle leur a fermé la porte de ses maisons. Ces caractères sombres et sauvages ne sont bons qu'à rendre la piété et la vertu haïssables. Ils paraissent en avoir, et ce n'est que de la mauvaise humeur et souvent une noire méchanceté.
LETTRES XLIV-XLVIIl.
Je le dis, je ne puis oublier ce qu'on a fait à frère Jean de la Croix et je ne sais comment Dieu souffre de pareilles choses. Vous n'en avez pas une entière connaissance. Il a passé neuf mois dans un étroit cachot où, tout petit qu'il est, il avait grand peine à tenir. Durant tout ce temps il n'a pas changé de vêtement, bien qu'il ait été à l'article de la mort. Trois jours avant d'être mis en liberté , le supérieur lui a donné une de ses chemises et une discipline très-rude , et personne ne l'a visité. Je lui porte une très-grande envie : sans doute que Notre-Seigneur a trouvé en lui un homme capable d'un tel martyre et qu'il est bon qu'on le sache, aQn de se tenir en garde contre de telles gens. Dieu le» pardonne. Amen.
xLT '
J'ai été bien affligée de ce qu'a souffert frère Jean, et de ce qu'après avoir été si mal, on l'a laissé aller sitôt là-bas. Plaise à Dieu pour nous qu'il ne meure pas. Ne manquez pas, mon père, de lui faire donner toutes sortes de soins à Almodovar; que, pour m'obliger, il y reste. Ne manquez pas de le lui recommander : prenez garde de ne pas l'oublier. Je vous dis que, s'il venait à mourir, il vous en resterait peu comme celui-là.