XLVI
On devait faire une information pour faire connaître au nonce ce qu'on a fait à ce saint frère Jean, innocent , qui est une chose déplorarable. Dites-le à frère Germain , car il le fera, lui qui est très-zélé et courageux
NOTES
Dans les quatre fragments qui précèdent, sainte Thérèse parle des persécutions qu'on suscita à S. Jean de la Croix, et de son emprisonnement à Médina. Le XLV1* numéro est un fragment d'une lettre de sainte Thérèse, en date du 19 août 1578, peu de temps après que ce père eut été mis en liberté. Comme la Sainte ignorait cette circonstance, elle prenait des moyens d'obtenir sa mise en liberté. Le frère Germain fut le compagnon de saint Jean de la Crois ; quoiqu'il fut très-doux et trèspatieni, il montrait une grande ardeur pour défendre l'innocence du P. Jean.
1. Les huit écus que m'a donnés Alonzo Ruiz pour que je vous les envoie, vous sont portés par frère Ambroise. Je lui en ai retenu deux pour de bonnes raisons. Je crois qu'il faudra me mettre à demander ouvertement, c'est pour moi une chose bien nouvelle, et je n'en suis nullement morliOée : à la vérité , comme c'est pour des personnes de l'ordre, je tiens que je fais peu de chose. Que Notre-Seigneur vous
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rende très-saint , comme je l'en supplie. La mère prieure se recommande beaucoup à vous. Si ces pères ont tant de froid dans la maison qu'on achète, que sera-ce des sœurs? leur foi les sauvera, j'en ai certainement peu en ce qui regarde cette maison.
C'est le premier décembre.
2. Dites-moi comment vous avez les pieds ; car vous devez souffrir beaucoup du froid. Je crois maintenant... que ce mal ne vient pas d'ailleurs. Je vais assez bien, quoique très-fatiguée. Toutes se recommandent à vos oraisons, mon père, et Thérèse en particulier- Elle est trèscontente de son Diurnal, et l'autre, de ses livres.
NOTES
Sainte Thérèse adressait ce billet d'Avila au P. Gracian, qui se trouvait à Salamanque, en 1581. Ambroise devait être le P. Ambroise de Saint-Pierre, qui fut supérieur à Almodovar. Il s'agit du collège de Salamanque. L'adresse de cet écrit porte : A N. R. P. Jérôme Gracian de la Mère de Dieu, provincial des carmes déchaussés, mon Père, à Salumanque.
Je reçus hier une lettre de Valladolid : notre Marie de Saint-Joseph se porte très-bien et elle est très-contente et joyeuse. On m'écrit de mon Isabelle de Jésus des choses dont il y a de quoi louer Notre-Seigneur. Faites-le vous-même, vous qui avez là-bas deux anges pour vous recommander sans cesse à sa divine majesté.
Vons saurez, madame, que depuis longtemps toutes mes oraisons avaient pour objet de demander à Dieu des travaux et des peines avec une grande ardeur. Je voyais que c'était le moyen de disposer sa divine majesté à ceux qu'il devait me donner, et ont-ils été grands! Que son nom soit béni. Il s'agit maintenant d'en tirer un tel profit pour l'âme . que tout le monde reconnaisse qu'il nous a fait une grâce.
NOTES
Dans ces deux fragments, la Sainte s'adresse à madame dona Jeanne Dantisque, mère de Gracian. Dans le premier, elle lui donne de bonnes nouvelles de deux de ses filles déchaussées, de. Marie de Saint-Joseph et de la petile Isabelle de Jésus, qu'elle appelle les deux anges de cette bonne mère.
Dans le second, elle lui dit qu'elle a demandé àDieu des peines, et que ses prières ont été exaucées. Quel motif de bien prendre les souffrances ! de quel droit se plaindrait-on, lorsqu'on a ce qu'on a demandé? maintenant que l'on a de quoi mériter, comme les âmes, dit-elle, vont faire des progrès!