‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 344 sur 448 · LITRE II. CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

LITRE II. CHAPITRE XXIII

quefois se préserver de cette frayeur, en se recueillant prompteinent en elle-même.

Quelquefois Dieu permet que ce trouble et cette crainte durent longtemps : ce qui paraît à lame une plus grande peine que tous les tourments de celte \ie; le seul souvenir même suffit pour l'affliger extrêmement. Toutes ces choses arrivent de telle façon que l'âme n'y fait rien de sa part, et qu'elle ne peut ni les admettre ni les rejeter ; elle en souffre seulement l'impression. Mais il faut savoir que quand Dieu permet au démon de tourmenter ainsi l'âme, il a dessein de la purifier et de la disposer par ces rudes épreuves à quelque faveur considérable. Car jamais il ne mortifie que pour donner une plus grande vigueur, jamais il n'abaisse que pour élever davantage. Aussi L'âme se trouve ensuite dans une contemplation si spirituelle et si sublime, qu'il est impossible de l'expliquer.

Ce que nous avons dit jusqu'ici se doit entendre des dons que Dieu fait à I l'âme par le ministère du bon ange. De là vient qu'elle n'est pas alors ni si assurée ni si bien cachée, que son ennemi n'en connaisse quelque chose. Mais quand Dieu la comble immédiatement par luimême de ses grâces spirituelles, elle se dérobe entièrement à la vue de son adversaire, parce que Dieu, qui est son souverain Seigneur, demeure en elle, et ni les bons ni les mauvais anges ne peuvent y avoir entrée, ni découvrir les communications intimes et secrètes qui se font entre Dieu et l'âme. Elles sont toutes divines, elles sont infiniment élevées, elles sont en quelque sorte les sacrés attouchements des deux extrémités qui se trouvent entre Dieu et l'âme dans leur union : et c'est là où l'âme reçoit plus de biens spirituels qu'en tous les autres degrés de la contemplation [Cant., I, 1 . C'est aussi ce que l'épouse demandait, quand elle priait l'Epoux, divin de lui donner un saint baiser de sa bouche. En effet, comme cette union est la plus étroite qu'on puisse avoir en cette vie avec Dieu, et que l'âme désire d'y parvenir nonobstant les souffrances les plus dures, elle la souhaite plus ardemment et l'estime beaucoup plus que tous ses autres bienfaits. Aussi l'épouse, de quelques grâces que l'Epoux l'eût favorisée, ne s'en contentait pas, mais elle aspirait toujours à cette dernière marque de l'amour divin. Ali! s'écriait-elle, qui me donnera le moyen, mon frère, de vous rencontrer dehors et de vous donner un baiser, afin que personne ne me méprise Cant., VIII, 1), c'est-à-dire, de vous baiser de la bouche de mon âme, afin que nulle créature n'ait la présomption de m'altaquer et de me combattre? Elle déclare par ces paroles qu'elle désire la communication que Dieu fait par lui-même, après avoir exclu de ce commerce toutes les créatures : ce qui s'accomplit lorsque l'âme jouit de ces biens divins avec liberté d'esprit, avec douceur, avec paix, sans souffrir aucun empêchement de la part ni des seus ni du démon. Mais personne ne peut posséder ces biens immenses que par l'intime purgalion de l'âme, par un parfait dépouillement et par une entière séparation d'a- \ ec toutes les créatures; en sorte qu'on soit comme renfermé dans une prison, caché et inconnu à tout le monde. C'est dans celte obscurité que l'âme est établie et confirmée dans son union avec Dieu, comme elle le dit en ce vers :

Eiant bien cachée dans i'obscurilé.

Que s'il arrive que ces grâces spirituelles soient infuses dans l'âme secrètement, c'est-à-dire dans l'esprit seulement, et non dans les puissances, elle se voit, selon la partie supérieure, si éloignée de la partie inférieure, qu'il lui semble qu'elles n'ont rien de commun et qu'elles sont divisées l une de l'autre, comme si elles étaient en deux personnes différentes. En effet, cela est en quelque façon véritable; car l'âme n a

ÊVf^^RF^^^^Wf^^^'^^

Page 1