‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 411 sur 448 · XXXIX CANTIQUE · texte numérisé non relu

XXXIX CANTIQUE

et tout pénétrés tic lumière, ne voient pas les choses divines ! O surdilé pitoyable des hommes, qui n'entendent pas des voix si puissantes ! Hélas! tandis qu'ils courent après la gloire et le vain éclat du monde, ils se rendent indignes de ces biens célestes, et demeurent dans leurs bassesses et dans leurs misères spirituelles. Le doux chant du rossignol.

Lorsque le froid et les pluies de l'hiver sont passés, et que le printemps est venu, le rossignol chante et nous réjouit agréablement. De même lorsque l'Epouse est délivrée du froid , des nuages et des pluies incommodes de ses péchés et de ses imperfections naturelles , elle entre dans le printemps d'un état nouveau , où son Epoux lui fait entendre une voix douce et charmante qui la récrée et la renouvelle : Levezvous, dit-il, Mtez-vous, mon amie, ma colombe, ma belle, et venez ; l'hiver est passé; les pluies sont cessées, les fleurs paraissent en notre terre, le temps de tailler est venu, on a entendu en notre terre la voix de la tourterelle (Cant., II, 10, 11, 12). Ces paroles marquent à l'Epouse la Gn de ses maux et le commencement de ses biens. Et parce qu'elle est à couvert sous la protection de son Epoux , et transportée des sentiments de joie qu'il excite en son cœur, animée de la grâce divine, elle parle aussi à Dieu et lui chante un nouveau Cantique. Car c'est à quoi son Epoux l'invite : Levez-vous , dit-il , mon amie, ma belle, et venez, ma colombe , montrez-moi votre face clans les trous de la pierre, dans les cavernes de la muraille; que votre voix se fasse entendre à mes oreilles; car votre voix est douce et votre face est belle (Ibid., 13, 14).

Les oreilles de Dieu signifient les désirs qu'il a de recevoir les louanges que nous lui devons : car c'est ce que l'Epoux prétend , lorsqu'il demande à son Epouse qu'elle lui fasse entendre sa voix. Les trous de la pierre et les cavernes de la muraille représentent la connaissance amoureuse des mystères de Jésus-Christ, laquelle porte l'Epouse à louer Dieu le plus parfaitement qu'il lui est possible. Cette voix, c'est-à-dire ces louanges sont douces tant à Dieu qu'à l'âme: c'est pourquoi l'Epoux ajoute : Votre voix est douce, comme s'il disait : Votre voix m'est douce aussi bien qu'à vous , parce que vous êtes , par l'union de l'amour, une même chose avec moi.

Le bois et son égarement.

La quatrième chose dont l'Epouse parle est un bois agréable. Par le bois, elle veut exprimer Dieu avec toutes les créatures qu'il contient en lui-même. -Car comme les arbres qui font une grande forêt sont plantés et vivent dans le fond de cette forêt, de même les créatures sont plantées et vivent en Dieu. De sorte que l'âme les connaît en lui comme en la cause de leur être et de leur vie, ne se mettant pas en peine de les connaître hors de lui.

De plus, elle souhaite de voir la beauté et les agréments de ce bois, c'est-à-dire les charmes que les créatures ont reçus de Dieu , et la beauté que leur disposition , leur correspondance mutuelle , toute leur harmonie, font dans le ciel et sur la terre. Ainsi l'Epouse connaît Dieu dans ses ouvrages avec une satisfaction admirable.

Pendant la nuit sereine.

Celte nuit est la contemplation dans laquelle l'Epouse désire connaître les créatures en Dieu. Car elle est obscure comme la nuit ; et pour cette cause on l'appelle la théologie mystique, la sagesse, la science secrète de Dieu , parce que Dieu instruit l'âme d'une manière secrète et cachée, sans le ministère des sens, dans un profond silence, dans le repos et les ténèbres de la nuit de l'esprit : tellement que l'âme ne sait pas comment ces opérations surnaturelles se font en elle , et que l'en-

EXPLICATION DES CAYriOl Ks SPIRITUELS.

tendemenl ne fiiit que recevoir les connaissances divines, sans avoir auparavant recours aux espèces de l'imagination.

Avec une llanmiequi consume et qui n'est pas factieuse. Celle flamme n'est autre chose que le parfait amour de l'âme pour Dieu. Il est consumant, parce qu'il transforme l'âme en lui-même ; il est doux, parce qu'il rend les volontés de l'Epoux et de l'Epouse conformes l'une à l'autre. Il n'y a plus rien de fâcheux ni de changeant, parce qu'il n'est pas sujet à l'accroissement ni à la diminution; car l'âme est alors semblable à un charbon qui est tout à fait ardent et changé en feu. qui ne fume plus et qui n'a plus de noirceur. De même elle est toute embrasée d'amour, elle n'a plus d'imperfections naturelles , elle csl toule amour. Cet amour la change de telle sorte, qu'elle ne fait plus que des actions divines. C'est dans la douceur et dans les transports de cet amour consommé que 1 Epoux doit mettre son Epouse en possession de tous les biens qu'elle désire.

QUARANTIEME CANTIQUE.

(jue nadie loniirava Aniiiiadrih, Tarn pueo parecia,

Y el cerco sossegava,

Y h cavalleria,

A visu dèlas agu.is descendis.

Amiiiadab n'était vu de personne, Et il ne paraissait pus ;

Le siège s'adoucissait, El la cavalerie descendait A la vue des eaux.

L'Epouse propose à son bien-ajLmé les quatre dispositions qu'elle a pour recevoir les dons desquels elle peut jouir en cette vie , et qu'elle lui a demandés avec de grandes inslances. La première est qu'elle est détachée des créatures; la seconde, que le démon est parfaitement vaincu ; la troisième, que toutes ses passions et tous ses appétits naturels ou spirituels sont assujettis à l'empire de la raison; la quatrième , que la partie inférieure est purifiée de telle sorte qu'elle se soumet à la partie supérieure; qu'elle lui est unie et conforme; que non-seulement elle n'empêche pas ses opérations , mais qu'elle s'unit à l'esprit et devient participante de ses biens. C'est tout ce que l'Epouse rapporte en

ce Cantique.

Aminadab u'était vu de personne.

Comme si elle disait : Je suis maintenant si éloignée de toutes les choses créées, soit supérieures et célestes, soit terrestres et inférieures, que j'en évite même les regards, et que je ne jette nullement les yeux sur elles. Etant aussi entrée avec vous dans une profonde récolleclion et dans une grande solitude, je ne sens ni la douceur ni l'amertume des créatures.

Et il ne paraissait pas.

Aminadab représente le démon ennemi de l'âme. Il la tentait autrefois violemment pour la détourner du recueillement intérieur et de l'union divine. Mais maintenant, après que, soutenue de ses vertus, elle l'a vaincu, il n'ose plus paraître devant elle , et il la laisse jouir paisiblement des faveurs divines.

Et le siège s'adoucissait.

Elle parle des passions qui assiégeaient l'âme et qui la combattaient avec fureur. Mais elle les a domptées de telle manière, qu'elles no lui font plus la guerre, et qu'elles ne lui donnent plus de peines.

Et la ca\alerie descendait A la vue des eaux.

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