‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 430 sur 448 · ASPIRATION A DIEU NOTIIE-SEIGNEUR · texte numérisé non relu

ASPIRATION A DIEU NOTIIE-SEIGNEUR

Mon âme désire encore pour l'amour de vous, ô mon Dieu ! source de toutes mes douceurs, de donner des instructions pour parvenir à votre amour et pour recevoir vos lumières. Car quoique je n'en fasse pas les œuvres (car les œuvres vous plaisent davantage que les discours qu'on eu fait et que la connaissance qu'on en a), j'espère néanmoins que les

SENTENCES SPIRITUELLES

autres en relireront quelque fruit, pour se perfectionner en votre service et en votre amour, et que de cette sorte ils suppléeront à mes défauts en cet endroit. Ce sera aussi un sujet de consolation pour mou âme, que vous trouviez dans les autres ce qui lui manque à elle-même. Vous aimez, Seigneur, la discrétion ; vous aimez la lumière; vous aimez l'amour sur toutes les opérations de l'âme : c'est pourquoi ces instructions seront pleines de discrétion pour celui qui marche par ces routes, pleines de lumière pour découvrir le chemin, pleines d'amour pour faire le voyage avec ferveur. Loin d'ici les belles paroles du monde et l'éloquence pompeuse de la- sagesse humaine ; elles sont stériles, et vous ne les approuvez pas. Ne parlons que le langage qui se fasse entendre au cœur, et qui le remplisse de vos lumières et de votre amour : car c'est ce qui vous est le plus agréable. Vous délivrerez peut-être aussi, par ce moyen, plusieurs personnes du danger où elles sont de s'égarer par ignorance, s'imaginant qu'elles suivent sûrement votre très-doux Fils, Notre-Seigneur Jésus-Christ, et lâchant de se rendre semblables à lui en sa vie et en ses vertus, selon la règle de sa nudité et de sa pauvreté d'esprit. Mais, ô Père de miséricorde, je vous conjure d'achever ce grand ouvrage, puisque rien ne se peut faire sans vous et sans voire assistance particulière.

SENTENCES SPIRITUELLES

1. Appliquez-vous avec tout le soin et toute l'ardeur possible à imiter Jésus-Christ en toutes choses, et comportez-vous en chacune de vos actions comme il s'y fût comporté s'il l'eût f;iite lui-même.

2. Renoncez de tout votre cœur, pour l'amour de Jésus-Christ, à toutes les consolations et à tous les plaisirs qui se présenteront, puisqu'il a mis tout son contentement, en cette vie, à faire la volonté de son Père.

3. Portez-vous toujours de toutes vos forces à faire les choses, non pas les plus faciles, mais les plus difficiles; non pas les plus douces, mais les plus amères; non pas les plus élevées, mais les plus précieuses, mais les plus basses et les plus méprisables; non pas à désirer quelque chose, mais à ne rien vouloir du tout.

4. Il vaut mieux être chargé de peines en la compagnie de celui qui a de grandes forces, que déchargé de souffrances en la compagnie de celui qui a beaucoup de faiblesse. Lorsque vous souffrez, vous êtes pioche de Dieu, qui est votre force : Car il est près de ceux qui ont le cœur afflir/é (Psal. XXXIII, 19). Mais lorsque vous êtes exempt de croix, vous êtes très-proche de vous-même, qui êtes votre propre faiblesse, parce que la vertu et la force de l'âme s'augmentent et s'affermissent dans les afflictions les plus dures.

5. Celui qui veut vivre sans direction d'aucun père spirituel ressemble à un arbre qui est planté seul dans un champ, et qui n'appartient à personne. Tous ceux qui passent par là enlèvent ses fruits avant même qu'ils soient mûrs.

6. L'âme qui marche seule et sans directeur dans les voies spirituelles est semblable à un charbon allumé, mais séparé des autres, lequel, au lieu de s'embraser davantage, s'éteint tout à fait.

7. Celui qui va seul et sans guide, et qui tombe seul en chemin, demeure seul en sa chute, et il montre bien qu'il fait peu d'état de son âme, puisqu'il ose se fier à soi-même.

8. Si vous n'appréhendez pas de tomber étant seul, craignez du moins la difficulté que vous aurez à vous relever seul. Considérez, au reste, que deux peuvent plus qu'un seul homme.

jgp

fi ■

SENTENCES SPIRITUELLES

9. Celai qui tombe chargé d'an pesant fardeau, se relève difficilement avec sa charge. L'aveugle qui tombe ne se relève pas seul à cause de son aveuglement, et s'il se relève seul, il n'ira pas par le droit chemin.

10. Dieu estime plus le moindre degré de pureté de conscience que toutes les actions que vous pouvez faire pour son service.

11. Une âme bien résolue à recevoir pour l'amour de Dieu toutes les désolations intérieures et toutes les souffrances qui lui arrivent, est plus précieuse et plus chère à Dieu que toutes les méditations qu'elle pourrait faire, et toutes les sisites spirituelles ou visions qu'elle pourrait avoir.

12. Dieu aime mieux le moindre degré de votre obéissance et de votre soumission que tous les autres grands services que vous vous efforcez de lai rendre.

13. Défaites-vous de toutes sortes d'affections, et vous aurez ce que votre cœur désire. Après tout, comment pouvez-vous connaître si tous vos désirs sont conformes à la volonté de Dieu?

14. Puisque vous savez que l'accomplissement de votre volonté augmente la peine intérieure que vous sentiez auparavant, refusez-lui la satisfaction qu'elle demande, quoique vous prévoyiez que votre cœur demeurera ensuite dans ses premières amertumes.

15. Si l'âme qui va à Dieu nourrit en elle-même et entretient la moindre cupidité des choses du monde, elle tombe dans une plus grande indécence et dans une impureté plus grossière que si elle souffrait les tentations les plus honteuses et les ténèbres d'esprit les plus profondes qu'on puisse endurer, pourvu qu'elle ne donnât point son consentement à ces tentations.

16. Une personne qui se soumet, dans l'aridité et dans les peines, aux choses justes et équitables, est plus agréable à Dieu que celle qui, manquant de cœur dans les sécheresses, veut faire tous ses exercices spirituels avec beaucoup de douceurs intérieures.

17. Dieu agrée davantage une bonne œuvre faite en secret sans désirer qu'on la connaisse, que mille autres bonnes œuvres d'éclat et faites avec dessein d'en donner connaissance aux hommes.

18. Celui qui fait quelque chose pour Dieu par le mouvement d'un amour très-pur, ne laisserait pas de la faire avec joie, s'il était possible que Dieu ne la connût nullement.

19. Une œuvre pure et parfaite, entreprise et achevée pour l'amour de Notre-Seigneur, établit le royaume de Dieu dans le cœur tout pur de celui qui l'a faite.

20. Comme un oiseau qui s'est pris à la glu a deux peines : l'une de s'en débarrasser, l'autre de se nettoyer, de même celui qui satisfait son appétit sensuel doit travailler à s'en détacher et à se puriGer de son attache.

21. Celui qui n'obéit pas à ses passions volera eu esprit facilement vers Dieu, comme un oiseau vole librement quand il a les ailes entières et libres.

22. Un petit fil empêche aussi bien l'oiseau de voler qu'un gros fil : de même un petit attachement est à l'âme un aussi grand obstacle d'aller à Dieu, qu'un grand attachement.

23. Une mouche qui, voulant goûter la douceur du miel, y frotte ses ailes, ne peut plus voler. Ainsi l'âme qui veut se repaître de la douceur de l'esprit n'a plus la liberté de s'élever à la contemplation.

24-. Si vous souhaitez que la face de Dieu paraisse claire et simple eu votre âme, et y fasse briller son éclat, ne -vous trouvez point parmi les créatures; au contraire, videz-en parfaitement votre esprit, et alors vous marcherez au milieu des lumières divines.

25. Pourquoi différez-vous si longtemps à aller à Dieu, puisque vous

y yy g g y y yyy y yy yy y y y y yy

HœRomama^^

SENTENCES SHBITUELLES .

plus à la

pouvez en un moment occuper votre cœur à l'aimer?

26. Lorsque l'esprit est parfaitement purifie, il ne s'arrête superficie (les objets extérieurs, et ne s'embarrasse pas des respects humains, mais il se recueille en soi-même : éloigné des images des créatures, il converse seul en paix avec son Dieu.

27. L'âme qui aime Dieu est douce, humble et patiente; l'âme qui persiste en son amour-propre s'endurcit ordinairement le cœur.

28. Celui qui interrompt l'exercice et le cours de l'oraison, ressemble à un homme qui tient un passereau en la main et qui le laisse envoler: il ne peut le reprendre qu'avec peine.

29. L'unique pensée d'un homme vaut mieux que tout l'univers. C'est pourquoi Dieu seul mérite de l'avoir, et elle est due à Dieu seul. De sorte que c'est faire un larcin que de ne pas rapporter à Dieu toutes les pensées qu'on peut avoir.

30. Comme il doit y avoir de la proportion en toutes choses, ce qui ne se peut sentir regarde les choses insensibles; les sens ont du rapport ;ihï les choses sensibles, et notre esprit en a avec la pensée qu'on a de Dieu.

31. Considérez que voire ange gardien n'excite pas toujours voire appétit à opérer, quoiqu'il éclaire toujours votre raison. C'est pourquoi n'espérez pas d'avoir toujours des goûts sensibles dans vos opérations, puisque l'entendement et la raison suffisent pour agir.

32. Lorsque l'appétit de l'homme s'applique à quelque chose hors de Dieu, il forme un obstacle à la lumière dont l'ange se sert pour porter l'âme à la vertu.

33. Ce que vous désirez avec le plus d'empressement et de soin, vous ne le trouverez ni par toutes vos recherches, ni par la plus haute contemplation ; mais vous l'obtiendrez par une profonde humilité et par la victoire que vous remporterez sur votre cœur.

34. Ne vous fatiguez pas inutilement : vous ne goûterez pas la douceur d'esprit que vous souhaitez, à moins que vous n'embrassiez le renoncement de la chose même que vous désirez.

35. Plus une fleur est délicate, plus elle sèche facilement et perd sa beauté et son odeur. Ce changement si prompt et si facile à faire, vous apprend que si vous cherchez toujours les douceurs intérieures dans les voies spirituelles, vous serez changeant et inconstant.

36. Armez- vous toujours d'un esprit ferme, fort, inébranlable, et qui n'ait inclination à aucune chose; vous jouirez alors d'une consolation et d'une paix solide. Ce sera un fruit de durée et de bon goût, comme le sont les fruits qui viennent dans les pays froids.

37. Ce qui naît du monde est monde, et ce qui nait de la chair est chair. Le bon esprit naît de l'Esprit de Dieu. Ainsi Dieu ne se communique jamais, ni par le monde ni par la chair.

38. Entrez en compte avec votre raison, afin que vous exécutiez dans la voie de Dieu ce qu'elle vous dicte. Cet examen vous sera plus utile que toutes les actions que vous faites sans cette réflexion, et vous en tirerez plus de fruit que des faveurs spirituelles que vous recherchez.

39. Heureux est celui qui, méprisant et abandonnant ses goûts sensibles cl son inclination, regarde les choses de telle façon qu'il ne s'attache, en les faisant, qu'à la raison et à la justice.

40. Celui qui suit en ses œuvres la conduite de la raison ressemble à un homme qui se nourrit de viandes solides et substantielles; mais celui qui veut satisfaire le goût de sa volonté est semblable à un homme qui mange des fruits insipides et à demi pourris.

41. Si vous aviez affranchi votre âme des passions et des désirs déréglés qui se portent aux objets extérieurs et étrangers, vous coni-

èd

mmsumm

SENTENCES SPIRITUELLES

prendriez les choses spirituelles; et si vous aviez renoncé au penchant que vous y sentez, vous connaîtriez ce ou'il y a de véritable et de certain.

42. Celui-là sans doute a vaincu toutes les choses de ce monde qui ne reçoit plus ni de joie de leur douceur, ni de tristesse de leur amertume.

43. Si vous voulez entrer dans l'intérieur de l'âme et y demeurer avec Dieu, il est nécessaire que vous viviez de telle sorte que vous ne laissiez pas entrer dans votre cœur les choses extérieures, et que vous les renonciez dans une parfaite nudité et pauvreté d'esprit.

44. Celui-là ne pourra jamais arriver à la perfection, qui ne règle pas ses appétits, soit naturels, soit surnaturels, de telle manière qu'ils soient contents d'être privés de tout ce qui n'est pas Dieu. Cette privation est nécessaire pour jouir d'une paix parfaite et d'une entière tranquillité d'esprit.

45. Dieu étant en quelque façon inaccessible par ie moyen des créatures, il ne faut pas vous arrêter à ce que vos puissances peuvent connaître et vos sens peuvent sentir, de peur que vous ne vous contentiez de ce qu'il y a de plus petit devant Dieu, et que votre âme ne perde cette agilité spirituelle qui lui est nécessaire pour aller à son Créateur.

46. L'âme qui n'a pas éteint ses désirs et ses soins pour les choses du monde, n'a pas moins de difficulté d'aller à Dieu qu'un homme a de peine à traîner en haut un chariot fort pesant.

47. La volonté de Dieu n'est pas que l'âme reçoive de troubles et de peines. Si l'âme en souffre, cela vient de la faiblesse de sa vertu, puisque les personnes parfaites se réjouissent de ce qui attriste les personnes imparfaites.

48. Le chemin qui conduit à la vie ne demande pas beaucoup de travail; il exige davantage l'abnégation de la propre volonté que les rares connaissances. Plus quelqu'un aura d'attache pour les choses sensibles, moins il fera de progrès en cette voie.

49. Ne vous persuadez pas, ie vous prie, que plaire à Dieu consiste à faire beaucoup de bonnes œuvres : c'est à les faire avec une volonté droite, sans amour-propre et sans respect humain.

50. A la fin de votre vie on vous demandera compte de votre volonté et de votre amour. Occupez-vous donc maintenant à aimer Dieu comme il veut qu'on l'aime, et abandonnez en toutes choses votre inclination naturelle.

51. Gardez-vous de vous mêler des affaires d'aulrui, ni même de vous en souvenir, puisqu'à peine pouvez-vous remplir parfaitement votre devoir.

52. Ne méprisez pas les autres, et ne croyez pas que si les vertus que vous remarquez en eux n'éclatent pas, ils ne sont point agréables à Dieu pour d'autres choses auxquelles vous ne pensez nullement.

53. Comme l'homme ignore la véritable différence qui se trouve entre le bien et le mal, il n'a pas le secret de gouverner selon la raison sa joie et sa douleur.

54. Ne vous affligez pas des accidents et des adversités du monde. Vous ne savez pas, étant comme ils sont envoyés de Notre-Saigneur, quels biens ils apporteront aux justes pour leur utilité, et aux élus pour leur salut éternel.

55. Ne vous réjouissez pas des biens temporels et passagers; voas n'êtes pas assuré s'ils vous aideront à acquérir la gloire céleste.

56. Ayez recours à Dieu dans vos souffrances ; il vous consolera, il vous éclairera, il vous instruira.

57. Lorsque dans vos e-xercices spirituels la joie et la tendresse sa

*i^^*fc°e^fc***3M^****,*A»3sA***

SENTENCES Sl'IRITlEI.Li -

répandront dans votre cœur, recourez aussitôt à Dieu avec crainte et en vérité; vous ne tomberez jamais dans l'illusion ni dans la vanité.

58. Regardez Dieu comme l'époux de voire âme et comme votre ami, el marchez toujours en sa présence. Par ce moyen vous apprendrez à l'aimer très-purement ; vous vous défendrez du péché; et ce qui vous sera nécessaire vous réussira heureusement.

59. Si vous voulez vaincre sans peine tout le monde et vous assujettir toutes choses, oubliez-les; oubliez-vous aussi vous-même.

GO. Procurez-vous une pais solide et un repos inaltérable, en rejetant les soins superflus el en méprisant les accidents qui peuvent arriver. C'est ainsi que vous servirez Dieu avec satisfaction et avec joie.

6t. Considérez bien que Dieu ne règne que dans l'âme pacifique et dépouillée de ses propres intérêts.

62. Quoique vous fassiez plusieurs bonnes œuvres, néanmoins si vous n'apprenez à renoncer votre propre volonté, à vous soumettre, à quitter le soin de vous-même et de vos intérêts, vous n'avancerez pas dans le chemin de la sainteté.

63. L'âme gagne plus en peu de temps avec les moindres dons de Dieu, qu'elle ne pourrait acquérir dans tout le cours de sa vie avec ses qualités naturelles.

6i. On perd le secret et la pureté de sa conscience, quand on déclare aux hommes les biens qu'on y tient cachés, car on se contenle alors de recevoir des louanges frivoles pour récompense de ses bonnes œuvres.

65. 11 est surtout nécessaire de servir Dieu en observant le silence tant des passions et des désirs que de la langue. Car Dieu entend seul le langage de l'amour et du cœur.

66. Ne vous laissez pas emporter à la vaine joie, sachant combien vous avez commis de péchés énormes, et ignorant si vousélcs agréables à Dieu; mais craignez toujours et espérez en sa miséricorde.

67. MortiQez continuellement votre langue et vos pensées, et attachez sans cesse votre amour à Dieu. Votre cœur s'enflammera pour son Créateur d'une manière toute divine.

68. Efforcez-vous d'avoir et de conserver en votre cœur une tranquillité et une paix continuelle, accompagnée d'une connaissance de Dieu pleine d'amour; et quand vous serez obligé de parler, faites-le toujours avec cette paix et cette tranquillité.

69. Rappelez souvent en votre esprit la vie éternelle, et considérez que plus les hommes auront été méprisables en leur pensée, humbles et pauvres en ce monde, plus ils auront d'estime el de gloire dans le ciel.

70. Réjouissez-vous continuellement en Dieu qui est votre salut; examinez combien il est avantageux d'endurer patiemment tous les accidents de la vie pour l'amour de celui qui est inGniment bon.

71. Que sait celui qui ne sait pas souffrir pour Jésus-Christ? Certainement lorsqu'il s'agit de souffrances , plus elles sont nombreuses et désolanles, meilleure est la condition de celui qui les supporte.

72. Si quelqu'un tâchait de vous persuader une doctrine relâchée, quand il ferait des miracles pour l'appuyer, ne le croyez pas; au contraire, embrassez l'austérité de la pénitence et le renoncement des créatures.

73. Considérez combien il est expédient de vous faire la guerre à vous-même et d'aller à la perfection par la voie des macérations et de la pénitence; comprenez bien aussi que vous rendrez compte à Dieu de toutes les paroles que vous aurez uites contre les ordres de l'obéissance.

*Mf**f

il******

SEJTEXCES SPIRITLELLES.

ri

74. Si vous êtes crucifié avec Jésus-Christ dans l'intérieur et dans l'extérieur, vous aurez de la joie en ce monde; vous aurez l'âme contente et vous la posséderez par votre patience.

73. Ne vous éloignez jamais d'une amoureuse altenlion sur Dieu; mais ne désirez point d'en obtenir aucune chose singulière.

76. Ayez une continuelle confiance en Dieu et croyez qu'il estime sur toutes choses, dans vous et dans les autres, les biens spirituels.

77. Chassez de votre âme tout ce qui n'est pas spirituel de sa nature, car si vous le receviez, vous perdriez la douceur et le goût de la dévotion et du recueilleaient.

78. Contentez-vous de Jésus-Christ cruciGé; souffrez et reposez-vous avec lui; n'aimez ni souffrances, ni repos sans lui; étudiez-vous à détruire eu toutes choses l'esprit de propriété et d'attachement à vousmême.

79. Entrez dans votre intérieur très-souvent, et travaillez avec ferveur devant Dieu, qui est toujours présent et qui vous fait sans cesse du bien.

80. Faites en sorte que toutes les choses créées ne vous paraissent d'aucune importance, et que vous ne leur soyez vous-même d'aucune conséquence ; effacez-les toutes de votre esprit, et demeurez seul avec Dieu dans le secret de votre retraite.

81. Aimez extrêmement les souffrances et comptez pour rien d'eu supporter de très-grandes, alin que vous soyez par ce moyeu agréable à Notre-Seigneur, qui a bien voulu mourir pour vous.

82. Comme ou couvre de vêtements le pauvre qui est tout nu, de même Dieu revêtira des ornements de sa pureté, de sa douceur et de sa volonté, l'âme qui se sera dépouillée de ses passions et de ses désirs.

83. Dieu le Père n'a dit qu'une parole qui est son Fils, et il l'a dite dans un silence éternel ; l'âme doit aussi l'entendre dans un silence perpétuel.

84. Nous ne devons pas ajuster les souffrances à nous-mêmes, mais il faut nous ajuster nous-mêmes aux souffrances.

85. Qui ne cherche pas la croix de Jésus-Christ, rejette sa gloire ; si vous désirez posséder votre Sauveur, ne le cherchez pas hors de la croix.

86. Lorsque Dieu veut aimer l'âme, il ne regarde pas son excellence, mais son humilité et le mépris qu'elle fait d'elle-même.

87. Comme les cieux ne sont su jets ni à la corruption, ni à la génération, de même les âmes, étant d'une nature céleste, ne produisent et ne nourrissent pas les passions.

88. N'usez pas des aliments défendus de celte vie, puisque bienheureux sont ceux qui ont faim et soif de la justice parce qu'ils seront rassasiés.

89. Les passions fatiguent l'âme, l'obscurcissent, la tachent, l'affaiblissent.

90. La perfection ne consiste pas dans les vertus que chacun connaît en soi-même, mais en celles que Dieu approuve; ce qui est si caché aux yeux des hommes, que personne n'a sujet de présumer de soi-même, mais que chacun doit beaucoup appréhender.

91. L'amour ne lire pas son prix des grands sentimenls que les hommes peuveut avoir, mais de la grande pauvreté d'esprit et de la parfaite patience qu'ils ont pour Dieu leur bien-aimé.

92. L'âme ne doit pas répandre ses puissances et ses sens sur les choses extérieures; elle doit seulement les y occuper autant que la nécessité l'exige et abandonner le reste à Dieu.

s. th. m. 47

Ut

742 SENTENCES SPlRrrUELLES.

93. Nous avons trois marques (ie la récolleclion intérieure, lesquelles y doivent concourir ensemble. La première est que l'âme ne prenne plus de plaisir aux choses passagères et frivoles; la seconde qu'elle se plaise dans la solitude et dans le silence, et qu'elle cherche avec soin ce qui est le plus parfait ; la troisième, que la méditation et le discours qui l'aidaient auparavant, lui soient devenus un obstacle en ses exercices spirituels.

9V. Ne faire jamais attention aux défauts d'aulrui, garder le silence, et entretenir un commerce continuel avec Dieu ; c'est le moyen de dé- Ihrer l'âme de plusieurs imperfections et delà mettre en possession des vertus les plus éminentes.

95. N'ayez point de soupçons et ne faites point de mauvais jugements de votre frère, car vous perdriez la pureté de cœur.

96. Ni la prospérité n'arrête l'âme, ni l'adversité ne l'assujettit et la tient captive, lorsqu'elle se retire des objets extérieurs, et qu'elle renonce à sa volonté propre, dans la jouissance des choses , même divines.

97. Que vous sert de donner une chose a Dieu, lorsqu'il vous en demande une autre? Examinez quelle est sa volonté, afin que vous l'accomplissiez. Vous en recevrez plus de plaisir que si vous faisiez ce que vous désirez ardemment

98. Comment osez-vous avec tant d'intrépidité donner à vos passions tout le contentement qu'elles recherchent, puisque vous paraîtrez enfin au tribunal de Dieu, pour lui rendre compte de vos moindres paroles et de toutes vos pensées.

99. Pesez bien cette terrible vérité, que plusieurs sont appelés et peu sont élus; de sorte que si vous ne vivez avec beaucoup de précautions et de soins, votre perte est plus certaine que votre salut éternel.

100. S'il est constant, que quand il vous faudra répondre a uieu de toute votre vie, vous vous repentirez de n'avoir pas bien employé le temps en son service, pourquoi ne le réglez-vous pas maintenant de la manière que vous voudrez alors l'avoir consumé pour votre Créateur?

Hj Ml

fa

Page 1