‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 58 sur 448 · LE LUNDI · texte numérisé non relu

LE LUNDI

Ce jour-là, vous pourrez rappeler vos péchés dans voire mémoire, et vous occuper à vous connaître vous-même, afin de voir, d'un côté, les maux que vous avez, et de l'autre, que vous n'avez aucun bien qui ne soit à Dieu, ce qui est le moyen d'acquérir l'humilité qui est la mère et la nourrice de toutes les vertus.

Pour cela, vous devez premièrement penser à la multitude des péchés de votre vie passée, particulièrement de ceux que vous avez commis dans le temps où Dieu était encore peu connu de vous. Si vous parvenez à les bien voir, vous trouverez qu'ils sont plus nombreux que les cheveux de votre tête, et que vous avez vécu en ce temps-là comme un daïen qui ne sait ce que c'est que Dieu. Faites ensuite un court examen sur chacun des dix commandements et des sept péchés capitaux, el vous verrez qu'il n'y en a aucun où vous ne soyez tombé plusieurs fois , par pensées, par paroles ou pa1- actions.

TRAITÉ DE L 0HAUOX ET DE LA MEDITATION

Secondement, passez en revue tous les bienfaits de Dieu et considérez tout le temps de votre vie passée; voyez à quoi vous l'avez employé, parce que vous en devez rendre compte à Dieu. Dites-moi , maintenant, comment avez-vous passé votre enfance? votre première jeunesse? l'âge suivant? en un mol, tous les jours de votre vie jusqu'aujourd'hui ? De quoi ont été occupés vos sens et les puissances de l'âme que Dieu vous a donnée pour le connaître? A quoi vous ont servi vos yeux, sinon à vous faire voir les vanités? votre ouïe, sinon à vous faire entendre le mensonge? votre langue, sinon à faire mille jurements et mille murmures?'» olre goût, votre odorat et votre toucher, sinon à prendre des satisfactions et des plaisirs sensuels?

Quel profit avez-vous retiré des sacrements que Dieu a institués pour vous servir de remède? quelle a été votre reconnaissance pour ses bienfaits? comment avez-vous répondu à ses inspirations? à quoi avezvous employé la santé, la force, les talents naturels, les biens que l'on nomme de fortune et les différentes choses qui servent aux commodités de la vie? qu'avez-vous fait pour votre prochain dont Dieu vous commande d'avoir soin? où sont ces œuvres de miséricorde qu'il vous prescrit à son égard? Que répondrez- vous donc au jour où vous rendrez vos comples, lorsque Dieu vous dira : Rends moi compte de l'administration que je t'ai confiée, car aujourd'hui je te relire cette charge. 0 arbre sec et préparé pour les tourments éternels! que répondrez- vous le jour où Dieu vous demandera compte de tout ce temps, de toutes ces heures et de tous ces moments de votre vie?

Troisièmement, pensez aux péchés que vous avez commis, et à ceux que vous commettez chaque jour depuis que vous avez ouvert les yeux à la connaissance de Dieu, et vous trouverez que jusqu'à présent Adam vit en vous avec une infinité de racines et d'habitudes anciennes. Voyez combien vous avez manqué de respect à Dieu, combien vous lui avez été ingrat, combien vous avez été rebelle à ses inspirations, combien vous avez été paresseux pour les choses de son service, que vous ne faites jamais avec cette promptitude, cette diligence et cette pureté d'intention que vous devriez avoir même pour les choses cl les intérêts de ce monde.

Considérez ensuite combien vous êtes dur pour le prochain et sensible pour vous-même, combien vous êtes attaché à votre propre volonté, à votre personne, à votre honneur et à tout ce qui vous intéresse. Voyez combien vous êtes encore orgueilleux, ambitieux, emporté, vaniteux, envieux, malin, délicat, inconstant, léger, sensuel, esclave de vos divertissements, curieux des conversations, des railleries el des caquets. Voyez encore combien vous êtes inconstant dans vos bonnes résolutions, combien vous êtes inconsidéré dans vos paroles, déréglé dans vos actions, et combien vous êtes lâche el pusillanime lorsque vous avez à faire quelque chose de pénible.

Quatrièmement, examinez dans cet ordre la multitude de vos péchés, considérez-en ensuite la gravité, afin de reconnaître combien votre misère s'est accrue sur loi»j les points. Pour la bien apprécier, vous devez premièrement vous arrêter à ces trois circonstances des péchés de votre vie passée, sa voir: contre qui vous avez péché, pour quel motif vous avez péché et de quelle manière vous l'avez fait. Si vous considérez contre qui, vous trouverez que vous avez péché contre Dieu, dont la boulé el la majesté sont infinies et dont les bienfaits et les miséricordes pour l'homme, surpassent tous les sables de la mer. Mais par quel motif avez-vous péché? Pour un point d'honneur, pour un plaisir des brutes, pour un intérêt d'un cheveu et bien des fois sans intérêt, par habitude et par mépris de Dieu. Mais en quelle manière avez-vous péché? Avec si peu de scrupule, si peu de crainte, avec tant de facilité, tant d'audace et plusieurs fois avec tant de contentement, que vous n'eussiez pas fait

TRAITÉ CE L'ORAISON ET DE LA MÉDITATION. 311

pis si Dieu n'était qu'un vain soliveau qui ne vît , ni ne sût rien de ce qui se passe dans le monde. Etait-ce donc là l'honneur que vous deviez à une si haute majesté? était-ce là la reconnaissance due à tant de bienfaits? est-ce ainsi que vous payez le sang précieux qui coula de la croix, les coups de fouet et les soufflets reçus pour vous? oh ! que vous êtes misérable de vous être perdu! que vous êtes misérable d'avoir fait ce que vous avez fait 1 mais combien n'étes-vous pas plus misérable si vous ne sentez pas votre perte !... Il sera maintenant d'un très-grand profit d'appliquer un peu votre attention à la considération de votre néant. Vous le savez, rien ne vous appartient en propre que !e néant et y péchés; tout le reste appartient à Dieu seul, car il est évident que les biens de la nature et les biens de la grâce, qui sont les plus grands, viennent tous de lui. De lui vient la grâce de la prédestination, qui est la source de toutes les autres grâces ; de lui vient la grâce de la vocation ; la grâce concomitante, la grâce de la persévérance et la grâce de la vie éternelle, viennent de lui. Qu'avez-vous donc dont vous puissiez vous glorifier, si ce n'est le néant et le péché ? Arrêtez-vous ici un peu à considérer le néant. Retenez-le seul pour vous et mettez tout le reste au compte de Dieu, afin de voir clairement et palpablement ce que vous êtes et ce qu'est Dieu; combien vous êtes pauvre, et combien Dieu est riche, et, par conséquent, combien vous devez vous défier de vous-même, vous mépriser vous-même, et vous confier en Dieu, i'aimer et vous glorifier en lui.

Après avoir considéré toutes les choses ci-dessus, prenez de vousnié:ne les sentiments les plus bas possibles. Songez que vous n'êtes qu'un roseau, jouet de tous les vents; que vous n'avez ni importance, ni vertu, ni force, ni stabilité, ni aucune manière d'être. Regardez-vous comme un Lazare mort depuis quatre jours, un corps fétide et abominable, rempli de vers et qui force les passants à se boucher le nez et les yeux pour ne pas le voir. Qu'il vous semble que c'est de cette manière que vous marchez devant Dieu et ses anges, et tenez-vous pour indignes de lever les yeux au ciel, de toucher la terre des pieds, de vous servir des créatures, même du pain que vous mangez et de l'air que vous respirez.

Jetez-vous avec la pécheresse aux pieds du Sauveur, le visage couvert de confusion et de honte, comme une femme inGdèle en présence de son mari, et le cœur gros de repentir et de douleur, demandez-lui pardon de vos égarements et priez-le, par son amour infini et par sa miséricorde, de daigner vous recevoir dans sa maison.

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