‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 63 sur 448 · LE SAMEDI · texte numérisé non relu

LE SAMEDI

Aujourd'hui vous penserez à la gloire des bienheureux, afin d'élever par ce moyen votre cœur au mépris du monde et au désir de la compagnie des saints. Pour entendre quelque chose de ce bonheur, vous pourrez considérer entre autres, les cinq choses suivantes qui s'y rencontrent, savoir: l'excellence du lieu, la jouissance de la compagnie, la vision de Dieu, la gloire des corps, et enfin, la plénitude de tous les biens qui s'y trouvent réunis.

Premièrement, considérez l'excellence du lieu et particulièrement sa grandeur qui est admirable. Quand on lit dans quelques graves auteurs qu'une étoile, laquelle que ce soit, est plus grande que toute la terre, et qu'il y en ade si prodigieusement grandes qu'elles égalent plus de 90 fois notre terre, si on lève les yeux vers le ciel et que l'on considère la multitude des étoiles et tous les vides où il pourrait en tenir autant et même beaucoup plus, n'est-on pas alors comme épouvanté? combien on se sent étonné et hors de soi ? mais que sera-ce si on veut mesurer l'immensité des cieux? Le moyen donc de soutenir la pensée du souverain Seigneur qui les a créésl ...

Leur beauté ne peut s'expliquer par des paroles ; mais si dans cette vallée de larmes, dans ce lieu d'exil Dieu a créé tant de choses et si admirables et si belles, que n'aura-t-il pas créé dans le lieu qui est le siège de sa gloire, le trône de sa grandeur, le palais de sa majesté, le séjour de ses élus et le paradis de toules les délices ?

Après l'excellence du lieu, considérez la noblesse de ceux qui l'habitent, leur nombre, leur sainteté, leurs richesses, leur beauté, qui surpassent tout ce que l'on peut imaginer. SaintJcan nous apprend que la multitude des élus est si grande que personne n'est en état de les compter. Saint Dcnys dit que le nombre des anges est si considérable qu'il surpasse sans comparaison celui de toutes les choses matérielles uu'il y a sur la terre. Saint Thomas, adoptant cette opinion, ajoute que

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TRAITÉ DE L'ORAISON ET DE LA MÉDITATION

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de même, que la grandeur du ciel surpasse sans comparaison celle de la tcrre.de même la multitude des esprits bienheureux, surpasse le nombre de toutes les choses matérielles qui se trouvent dans ce monde, et qu'ils le surpassent avec cet avantage. Eh quoi 1 peut-il donc y avoir rien de plus admirable? voilà certainement une chose, qui, bien considérée, suffirait pour jeter tous les hommes dans l'étonnement. Mais si chacun de ces esprits glorieux (même le moindre d'entre eux) est plus beau à voir que tout le monde visible, que sera-ce de voir un si grand nombre d'esprits si beaux, et de voir les perfections et les offices de chacun d'eux? Là, volent les anges, ministres des archanges ; là, triomphent les principautés ; là, les puissances sont dans l'allégresse; là, les dominations exercent la puissance ; là, brillent les vertus; les trônes sont environnés d'éclairs, les séraphins sont tout brillants, et tous ensemble chantent les louanges de Dieu. Maintenant, si la compagnie des gens de bien est si douce et si agréable, que sera-ce de s'entretenir avec une troupe si parfaite, d'entendre les apôtres, de converser avec les prophètes, d'avoir des communications avec les martyrs et avec tous les élus?

S'il est si honorable de jouir de la société des gens de bien, que serace de jouir de la présence de celui que louent les étoiles du matin , de celui dont la beauté émerveille le soleil et la lune ? devant le mérite de qui fléchissent les genoux les anges et tous les esprits célestes? Que sera-ce de voir ce bien universel en qui tous les mondes subsistent, qui n'étant qu'un est néanmoins toutes choses, et infiniment simple, embrasse toutes leurs perfections ? Si c'était une faveur si grande de \ oir le roi Salomon, que la reine de Saba s'écriât: Heureux ceux quijouissent de votre présence et de votre sagesse ! Que sera-ce de voir ce Salomon suprême, cette éternelle sagesse, celle grandeur infinie, celte inestimable beauté, celte bonté immense, et d'en jouir à j ;i mais! Telle est la gloire essentielle des saints, telle est leurfîn dernière et le port de tous nos désirs.

Considérez après cela la gloire des corps qui jouiront de ces quatre qualités, savoir : de la subtilité, de la légèreté, de l'impassibilité et de la clarté, qui sera si grande que chacun d'eux resplendira, comme un soleil, dans le royaume de son Père. Or, si un seul soleil au milieu du ciel suffit pour répandre la lumière et la joie dans le monde entier, quel sera donc dans le ciel l'effet de lant de soleils et de lumières ! Que dirons-nous encore de tant d'aulres biens qu'il y a dans ce séjour? Là, sera la santé exempte de maladies, la liberté sans crainte d'aucune servitude, la beauté sans laideur, l'immortalité sans corruption, l'abondance sans besoins, la tranquillité jamais troublée, la sécurité à couvert de toute crainte, la connaissance sans erreur, le rassasiement sans dégoût, la gaîlé sans tristesse, l'houneur sans contradiction. Là, selon saint Auguslin, la gloire sera véritable, et personne n'y sera loué faussement ni par flatterie. Là, l'honneur sera véritable, nul indigne n'y aura pari, aucun digne n'en sera exclus ; là, sera la paix véritable, personne ne sera inquiété ni par soi-même, ni par nul autre. La récompense de la vertu sera celui-là même qui donna la vertu et qui se promit pour son salaire. On le verra sans Gn, on l'aimera sans dégoût et on le louera sans se lasser. Là, le lieu est grand, resplendissant et sûr; la compagnie est excellente et agréable ; le temps toujours le même ; il n'est point divisé en malin et soir, mais continuel et simple comme l'éternité. Là, un printemps perpétuel, toujours rafraîchi par le souffle du Saint-Esprit, refleurit toujours ; là, ils sont tous dans l'allégresse , ils chantent tous et ils louent le souverain donateur de tous les biens, celui dont les largesses les font vivre, et ils régnent à jamais. 0 cilé céleste! demeure sûre, terre où vient tout ce qui cause les délices, peuple sans murmuraleurs, voisins paisibles, hommes sans aucun besoin ! Oh I si la guerre que je fais, pou-

TRAITE DE L ORAISON ET DE I. A MEDITATION

vail finir ! oh ! si je voyais finir les jours de mon exil! quand viendrajonc le dernier? quand est-ce donc que j'arriverai et que je paraîtrai devant la face de mon Dieu 111 ..

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