AVIS DE SAINTE THERESE A SES RELIGIELSLS. 21'J
périeur ne juge des choses que sur ce qu'on lui dit, il se persuade aisément d'avoir ajouté foi à ses raisons. Ainsi il ne remédiera à rien ; au lieu que, s'il pouvait voir de ses yeux ce qui se passe, il découvrirait aisément la vérité que la prieure lui déguise, sans en avoir peut-être le dessein , tant l'amour-propre fait que nous avons de peine à nous connaître et à nous condamner nous-mêmes. J'ai souvent vu arriver ce que je dis à des prieures fort vertueuses , en qui j'avais tant de confiance, qu'il me paraissait impossible que les choses allassent autrement qu'elles ne l'assuraient. Néanmoins, après avoir demeuré quelques jours dans ces maisons , je voyais avec étonnement , et quelquefois en des choses importantes , que c'était tout le contraire , quoique presque la moitié de la communauté m'eût assurée , ainsi que la prieure , qu'il y avait de la passion , au lieu que c'étaient elles qui se trompaient , et le reconnurent ensuite. Comme le démon trouve peu d'occasions de tenter les sœurs , je crois- qu'il tente les prieures, en leur donnant d'elles des opinions peu favorables, afin d'éprouver si elles le souffriraient avec patience, et tout cela tourne à la gloire de Dieu. Pour moi , je suis persuadée que le meilleur moyen d'y remédier, est de ne rien croire jusqu'à ce qu'on soit exactement informé de la vérité, et qu'alors il faut la faire connaître à celles qui sont dans l'erreur. Ceci n'arrive pas d'ordinaire en des choses fort importantes ; mais le mal peut augmenter, si on ne se conduit avec prudence. Je ne saurais trop admirer l'adresse dont le diable se sert pour faire croire à chacune d'elles qu'il n'y a rien de plus véritable que ce qu'elles assurent. C'est ce qui m'a fait dire qu'il ne faut pas ajouter une entière foi à la prieure ni à la religieuse, et que, pour être éclairci avec certitude de ce que l'on doit faire, il faut s'informer de la plus grande partie des sœurs , lorsque le sujet le mérite. Dieu veuille, s'il lui plaît, nous donner des supérieurs si prudents et si saints, qu'étant éclairés de sa céleste lumière, ils ne se méprennent point , mais qu'ils connaissent le véritable état de nos âmes, et qu'ainsi leur sage conduite les fasse augmenter de plus en plus en vertu pour son honneur et pour sa gloire