XIX
Assis au bord du lac, à l'ombre , sur la mousse ^
La soirée est si belle et la vie est si douce ,
Cette forêt de pins murmure un chant si pur,
Cette prairie exha|e une odeur si calmante,
En tons si délicats de cette onde dormante Les roses du couchant ont nuancé l'azur ;
P*un air si transparent la montagne est baignée; Mon âme de ta paix est si bien imprégnée , Que je ne songe plus, nature, à t'admirer; C'est un désir plus doux qu'avec l'air je respire; Je cherche autour de moi des yeux à qui sourire , Ma main cherche des mains que je voudrais serrer.
Que ne puis-je , ô nature! à tes autels en flammes , Convier avec moi toutes les saintes âmes ,
Avec elles goûter cette extase àgenoax!
Seul ainsi» s'enivrer de la beauté d'un monde , C'est un bonheur iini»e où l'amertume abonde, Et tout cet infini laisse du vide en nous.
Cette ivresse , pourtant, je la puise en Dieu même; Mais, pour y prendre part , où sont tous ceux que j'aime ? Mon cœur ici les nomme et parle à chacun d'eux; Jamais tant qu'à cette heure , à travers mes nuages, Si douce leur parole, et si doux leurs visages, N'ont échauffé mon cœur et lui devant mes yeux.
-8ff 224 ^^
La pensée a peut-être , affrontant ia distance , Des ailes pour voler vers ceux à qui l'on pense Sans se perdre à travers le monde aérien !
Vous tous , absents chéris » qui manquez à ma joie , Des effluves d'amour que mon cœur vous envoie , Ce vent et ce soleyl ne vous portent-ils rien ?
Où va donc , où va donc , si nul ne le devine ,
Ce qu'exhale mon sein d'émotion divine?
Pourquoi ce doux concert, s'il n'est pas entendu ?
Des plantes du désert qui respire la feuille?
Que deviennent ces fruits que nulle main ne cueille?...
Ponne tous tes parfums , mon cœur, rien n'est perdu !
Vois, chaque goutte d'eau , que la terre la boive , Que le vent sur son aile en Tapeurs la reçoive, Retourne à l'Océan, et s*y mêle à son jour; Ainsi chaque soupir, chaque extase cachée , Chaque larme pieuse au coin de l'œil séchée.
Vont enrichir au ciel les sources de l'amour.