‹ ŒuvresChapitre 25 sur 30 · Livre sa jeune plume à la brise bénie · texte numérisé non relu

Livre sa jeune plume à la brise bénie

Et mêle au chant des flots sa goutte d'harmonie !

L'HitROPHANTE.

Il est , sur un sommet dans les airs suspendu , Parmi les fleurs d'un sol à vos pas défendu , Il est une fontaine où Taigle seul Tient boire , L*eau de science y coule en un bassin d'i?oire; Quand l'homme y veut gravir appuyé sur l'orgueil , Le vertige , veillant à la gardé du seuil , Du suprême échelon ou du faîte qu'il touche La fait rouler au fond d'un souffle de sa bouche.

LE GHOEOR.

Sur le front de l'Atlas nous avons mis n,os pieds;

Leur vol n'y porte pas les aigles effrayés.

Sur les glaciers béants qui nous tendaient leurs pièges

Mous avons sans ivresse aspiré l'air des neiges ;

Le fluide subtil qui flotte en haut des monts

N'a pu troubler nos yeux , ni brûler nos poumons ;

Et , debout sans frémir au bord du pic sublime ,

Nous avons soutenu les regards de l'abîme.

Va! nous pourrons gravir en creusant nos chemins

Tout sommet dont la base offre prise à nos mains !

-b-Sf 240 f^^

l'hiérophante.

Vous saurez, mais trop tard, ô cœurs que rien n'effraie,

De quel funeste prix la science se paie

Et comme on peut vieillir en un jour réyolo !

Mais venez !. . . qu'il soit fait ce que lliomme a touIu !

LE CHOEUR

Esprit.» réjouis-toi I ton attente est passée;

Voici la Vérité , ta belle fiancée ;

Avant l'heure d'hymen , au seuil de sa maison ,

Chante , oiseau plein d'amour, ta plus douce chanson !

Le prêtre, en gémissant , livre la porte sainte  ces hardis mortels ; eux traversent Tenceinte Où la foule s'arrête , et , sans couber.le front , Vont droit au sanctuaire où les voix parleront;

C'était un antre immense , aussi vieux que la terre »

Où les Titans vaincus cachaient leur culte austère ,

Un mont entier creusé des pieds jusqu'aux sommets;

L*Œil du jour et des Dieux n*y pénétra jamais;

Sculptés dans son granit , des monstres séculaires

Couvraient de longs troupeaux ses parois circulaires;

Sur un trépied de bronze , un vase empli de feu ,

Comme un astre immobile, en marquait le milieu ;

Seul flambeau de qui l'antre empruntait un jour pâle ,

La clarté se mourait près de ses fleurs d'opale.

Et , sans monter jamais jusqu'aux faîtes obscurs ,

Son reflet vague allait blanchir l'orbe des mur& f

^#? 243 Vè^

Le globe merveilleux ne laissait point d*issue

Par où l'on pût toucher à la flamme aperçue;

Sur ses larges contours un artiste pieux

Grava fidèlement les images des Dieux,

Leurs combats , leurs amours , les traits de leur sagesse,

Ce qu'adoraient enfin TOrient et la Grèce.

Le jour intérieur ne luisait au-dehors

Qu'en rayons adoucis sortant de leurs beaux corps ,

Et recevant d'eux seuls sa forme et ses limites ,

S^écfaappait en clarté sous le voile des mythes.

L'Olympe y semblait vivre avec ses habitants; L'homme y tenait sa place après les vieux Titans , Tel que l'avait conçu la foi du monde antique : C'était là du grand tout un abrégé mystique.

-fr^ 244 ^§9^

Zeus s*y manifegtait en ses règnes divers; Zeus , le père des Dieux , i*âme de l'univers , Roi toujours créateur jdans ses métamorphoses. Ici , sur TEurotas, sortant des lauriers-roses, Cygne voluptueux par Léda- caressé , - L'aile ouverte et le col dans ses bras enlacé , . - De deux guerriers jumeaux il rend Sparte féconde Par ce même baiser qui donne Hélène au monde. Autre part ,. pour aimer et pour créer encor, Sur une fleur captive ilpleut en gouttes d'or. Ailleurs son brds soutient, sans que leur poids Tentraine, L'effort de tous les Dieux suspendus à sa chaîne. Là, sa fondre aux titans défend l'abord des deux ; lÀ , taureau , sur sa .croupe il porte en des flots bleus,

Vers un monde à peupler dont elle sera mère , Europe aux pieds d*ai^eat que baise Tonde amère. Ainsi , dans ses projets pour l'amour ou Teffroi, Tout élément concourt à servir le Dieu-Roi.

Plus Ioin« Tardent Phœbus , le prince au triple empire, Archer qui tient aussi les rênes et la lyre.

Devant qui meurt toute ombre et pâlit tout flambeau , Apollon , le Dieu seul , sans rival , le Dieu beau , Séchant sous ses traits d'or un limoneux refuge, Perce Timpur Python, noir enfant du déluge.

Instruit par son oracle, un couple'abaùdonné Sème les cailloux vils dont un grand peuple est né. Déjà sous le regard de Téternel poète ' L'univers réveillé prend des habits de fête,

Et les hommes groupes antour du Dieo vainqueur Pour la première fois safent chanter en ebœur. La lyre enlève aux monts et range les murailles Des villes qui germaient dans leurs fortes entraiDes; Les sauvages tribus, accourant à sa voix , S'approchent en dansant au bord des sombres bois. Tout fleurit sous tes pas! Tu grandis, tu transformes, O Dieu de Tharmonie ! ô roi des belles formes ! Ton bras, libre des plis de ta chlamyde d'or, Montre le vieux serpent qui rampe et hurle encor; Un orgueil triomphant soulève ta poitrine.

Ouvre à demi ta lèvre et gonfle ta narine , Et sur ce monde neuf planant en souverain , Tu jettes sur ton œnvre un œil fier et serein !

Sans rompre encor le chant de son hymne étouffée , L'Ébre roule la tête et la lyre d'Orphée.

Sur les bords du torrent les arbres sont en pleurs; Les monstres des forêts hurlent dans leurs douleurs ; Et rhomme qui doit tout , arts et lois , au poète, Passe auprès, les yeux secs, sans qu'un tombeau s'apprête.

Là , c'est le froid Caucase ; au granit de son front , Avec des liens d'acier que d'autres Dieux rompront , Zeus, par la main d*Hermès, a rivé Prométhée; La foule au bas se chauffe à la flamme inventée , Et l'ongle du vautour fouillant ce noble sein Punit le vieux Titan du glorieux larcin.

Chantejar au front pensif que la grâce décore, Auprès d'flercale assis', le fils de Terpsichore, Linus , du nide athlète ose asserfir les doigts Au doux jeu de la lyre, et conduire sa voix.

Mais la corde est rétive aux mains du lourd élève : JaiHais en son gosier un son pur ne s'achève: Il fausse la cadence; et là cherchant en vain , Casse la fibre d'or ^e l'instrument divin. .

Retiens, ndaîtrê, retieds toute parole amère! Le stupide géant est prompt à la colère.

Il se lève , il écume ; ô douleur ! t'arrachant L'ivoire qui dans l'air jette un 30upir touchant , Frappe ta blonde tête où s'éteint le sourire , Et brise au même coup' le chanteur et la lyre. Étanchez dans les fleurs le sang de ses cheveux , Nynipheç ! Pleurez sur lui , sur ces hommes pieux

Qui voulant de leur âme animer la matière, Tomberont comme lui brisés par le vulgaire !

Si tu. crains le martyre , étouffe tes chansons, O poète ! La mort te paîra tes leçons..

Les peuples useront ta sagesse déçue :

N'offre jamais la lyre à qui tient la massue !

Tous étaient là gravés, Dieux, Demi -Dieux, Héros, La race des Titans,, et ses miUe travaux.

Comme Tastre qui point sous l'or sculpté des nues,. Un feu voilé perçait sous ces formes connues.

C'était Pallas donnant ses trésors et son nom Aux champs où doit surgir le divin Parthénon.

La vierge au casque d'or, forte , beUe et pennye , Frappe le sol d'Âttique, et fait jaillir l'olive.

Le front ceint de pavots , asràse snr les blés, Cérès offre aux humains ses seins de lait gonflés. Sous un gazon plus vert Rbéa cacbe les tombes. Apbrodi|e, bercée au vol de ses colombes , Au milieu des baisers indique au blond Éros Une place où le fer défend mal les héros.

Bacchus, le thyrse en main, et la face rougie. Excite l'univers à la mystique orgie.

Il se roule en chantant sur le crin des lions; La sève autour de lui bouillonne ; les sillons

Versent le grain à flots; les cratères s'alioment; Un baume acre et puissant jaillit des fleurs qui fument; Près du Dieu les volcans, les torrents et les bois Donnent tout ce qu*ils ont de feu , d*ombre et de voix ; Le Satyre hurlant se tord sous les caresses; Tous les êtres vivants confondent leurs ivre»es, £t notre terre enfin , dont Taxe est secoué, Semble être une Ménade , et crier : Èvohél

Dans Tombre, au bord d'une eau que le croissant argenté. Écartant doucement le cythise et Tacanthe , Gomme un rêve divin Pbébé vient s^ poser Près du pasteur chéri qu'éveille son baiser.

La déesse a d'abord du bois plein de mystère Chassé Faunes, Sylvains. Sa beauté solitaire.

Vierge pour toas les Dieux , garde ses doux secreu Au seul Ëndymion , fils rêveur des forêts.

Il n*est arbre enchanté , fleur et source magique. Que n*eût pas reproduit le ciseau liturgique : L*ume au corps diaphane offre sur ses contours Des eaux fuyant la main , des troncs saignant toujoorsi Là pleure le rocher, et Técorce palpite Quand la hache a blessé la nymphe qui lliabite. Là , par sa lai^ueur folle à la terre attaché , Sur son miroir Narcisse est à jamais penché, Et végète absorbé dans l'amour de luinnême.

Là , pour orner le front du jeune Dieu qui Taijne , Dn laurier abondant cache à demi Daphné.

Là» dès doigts de Lotis un fruit est déjà né,

Et son corps virginal, dont le pied prend racine»

Semble une fleur s*ouyrant sur sa tige divine.

Quelque chose d*humain transpire de partout , -

Et de Toiseau q^ui vole et de Tonde qui bout. ^^j

Chaque arbuste est paré d'une grâce ravie :

A le voir végéter, on comprend qu'il eut vie i

Que les êtres issus d'un souffle universel

Font entre eux de la forme un échange éternel.

Enfin du haut d'un mont « sous leâ pins et les chênes t

Pan, le riche berger, surveille ses domaines.

Les Nymphes près de lui sont assises en rond;

Deux rameaux verdoyants jaillissent de son front i

Sa main tient le syrinx appliqué sur sa lèvre ,

Et le gazon en fleurs couvre ses pieds de chèvre \

jSon Tûage relait ; Eiilie étoiles en feu Argentent comme un ciel sa poitrine : le Dieu Mêle ainsi dans son corps , peint suivant le Tieux rite , Ce qui vit ou végète avec ce qui gravite.

Autour, rherbe est épaisse et les bois sont touffus ; Les grands vallons sont pleins de murmures confus. Là , taureaux et brebis , loups , hydres , sphinx énormes , Hommes de divers sang , monstres de toutes formes , Dans rherbe , dans les blés , dans les marais épars » Semblent depuis mille ans paître sous ses regards. Au loin la mer blanchit sous les pas de la houle ; Au-dessus, dans Téther, comme un sable qui roule, Des milliers d'astres d*or luisent sur chaque lieu Du cercle universel dont Pan est le milieu.

Lui , qui fait obéir cet empire à sa flûte, Des éléments discords apaise ainsi la lutte.

Roi fort et pacifique, harmonieux pasteur, Modérant la vitesse et pressant la lenteur, Donnant le ton aux Toixderhomme, aux bruits champêtres, Il conduit en chantant le grand troupeau des êtres.

Les hommes admiraient ces tableaux merveilleux ; Et tandis qu*ë genoux ils priaient tous ces Dieux, Grave et haute , une voix — on eût dit Tantre même — Se mit à proférer l'enseignement suprême.

Ce qu'elle remua d'ombres et de clarté ^ De terreurs ou d'espoir, nul ne l'a raconté ; Mais tant qu'elle parla , ces mortels pleins d'audace Pâlirent en suant une sueur de glace.

-frgf 256 ?^

Quelques fantômes vains s*etfaçaient de leurs yeux : Aiaûs un jour effrayant creusait son vide en eux ; Et devant sa lueur, qui chassait des chimères , Ils voyaient s*éplipser bien des figures chères !

Quand Toracle se tut , une visible main Frappa le vase ardent , qui se rompit soudain , £t.de Dieux en débris la terre fut couverte.

S'élançant à grands jets de sa prison ouverte , La flamme inonde Tantre. Éblouis , aveuglés , Par ces vives splendeurs sentant leurs yeux brûlés , Regrettant l'ombre antique, et fuyant la lumière. Les hommes à grands pas sortent du sanctuaire.

L9 grève d*Éleusis entendit des sanglots

Se mêler, tout le soir, au bruit calme des flots ,

Et des pas retentir, et des voix désolées

Se plaindre en chœur dans Tombre ou gémir isolées.

^g-? 258 Vk^

LE CHOEUR

Ah ! la terre est déserte et le ciel dépeuplé !

Quel est ce Dieu secret dont l'oracle a parlé ?

Pourquoi s*enferaie-t-il en des lieux invisibles?

Les nôtres se montraient sous des formes sensibles , '

£t les hommes ravis adoraient sans efforts

Les esprits immortels vêtus de ces beaux corps !

Mais toi , Dieu solitaire au-delà des nuages ,

Qui saura pour Tautel nous tailler tes images,

De quelles fleurs te ceindre , et de quels traits t'armer,

Et, si nul ne te voit, qui donc pourra t'aimer ?

Grèce! si ces Dieux n'étaient rien que tes rêves, Quel doigt sculpta si bien les contours de tes grèves ? Est-ce pour y loger une ombre et de vains noms Que tes fils ont bâti les sacrés Partbénons?

Adore un Dieu plus fort , si Thomme Timagine , Que ceux qui t'ont donné Platée et Salamine; Pour l'immortel souper qu'attend Léonidas, Trouve un autre Elysée ouvert à tes soldats!

Quand on aura brisé les images des temples , De quels Dieux nos héros suivront-ils les exemples? Les autels vont crouler, les vertus avec eux... Âh ! s'il est temps encor, rendez-nous nos faux Dieux !

Page 1